Les médias israéliens sont déjà dans l’après-Olmert

Julie Connan, vendredi 9 mai 2008

Muselés sur la nou­velle affaire de cor­ruption qui écla­bousse le premier ministre israélien, les prin­cipaux médias et une partie de la classe poli­tique ne voient pas comment il pourrait éviter de démissionner.

Cinq jours après l’audition d’Ehoud Olmert par la police des fraudes, Israël attend tou­jours de savoir dans quelle nou­velle affaire de cor­ruption a trempé son premier ministre. Et surtout, s’il va quitter son poste, de gré ou de force.

A l’origine de cette frus­tration, le black out imposé depuis ven­dredi par un tri­bunal. Cette inter­diction de rendre public le moindre détail sur les soupçons pesant sur Ehoud Olmert a été pro­noncée à la demande de demande de la police qui l’a interrogé ven­dredi pendant une heure et demie, dans son bureau de Jérusalem.

Suite aux recours déposés par plu­sieurs journaux, le tri­bunal de Jéru­salem a seulement accepté de révéler qu’un « res­sor­tissant étranger » avait été interrogé comme témoin, sans dévoiler son identité.

Dans ce contexte, il est dif­ficile pour la presse de révéler autre chose que des infor­ma­tions par­cel­laires et non confirmées. Ven­dredi, la télé­vision publique israé­lienne avait assuré que l’affaire de cor­ruption dans laquelle Ehoud Olmert était interrogé était « nou­velle » et « grave ».

Pour le Yediot Aha­ronot, il est soup­çonné d’avoir reçu d’importantes sommes d’argent d’un homme d’affaires amé­ricain, semble-​​t-​​il pour financer des cam­pagnes élec­to­rales. Quant à la radio publique, elle a fait savoir que son ex-​​directrice de cabinet, Shoula Zaken, assignée à domicile depuis une semaine, avait été inter­rogée pour la qua­trième fois mardi matin. « Olmert est dans une situation grave. Il est peu pro­bable qu’il soit en mesure de conserver son poste », a estimé un haut res­pon­sable, sur Channel 1.

D’autres offi­ciels ano­nymes pré­viennent qu’une fois les accu­sa­tions révélées, le pays sera « sous le choc ».

« Se tenir prêt à des élections »

La classe poli­tique, de son côté, n’a pas attendu une éven­tuelle incul­pation par le pro­cureur général Menahem Mazouz, pour se pré­parer à son départ. Le ministre israélien de la Défense et chef du Parti tra­vailliste israélien a lui-​​même annoncé que son parti devait se tenir « prêt ». « Le parti tra­vailliste aspire à devenir le premier parti en Israël et doit tenir compte du fait que, dans notre situation poli­tique actuelle, des élec­tions anti­cipées peuvent arriver subi­tement et qu’il faut s’y pré­parer », a-​​t-​​il affirmé, lors d’un entretien à la radio publique.

Pour la radio mili­taire, c’est la ministre des Affaires étran­gères Tzipi Livni, membre de Kadima, un parti cen­triste dirigé par Ehoud Olmert, qui est la mieux placée pour lui succéder.

D’ores et déjà, des manœuvres en cou­lisse se mul­ti­plient. Les journaux ont ainsi indiqué que le parti ultra-​​orthodoxe Shass (12 députés sur 120), membre de la coa­lition, aurait d’ores et déjà fait savoir qu’il était prêt à rester dans un gou­ver­nement dirigé par Tzipi Livni à condition qu’elle ne remette pas en cause le « statu quo » qui régit les rela­tions entre reli­gieux et laïcs.

Le quo­tidien Haaretz affirme que des res­pon­sables de Kadima qui ne sou­haitent pas être entraînés dans la chute éven­tuelle du premier ministre ont com­mencé à évoquer dif­fé­rents scé­nario d’un « après-​​Olmert ».

Cette affaire n’aurait pas pu se pro­duire à un moment plus inop­portun, pour Ehoud Olmert : à l’occasion du 60e anni­ver­saire de la création de l’Etat d’Israël, il doit accueillir plu­sieurs chefs d’Etat, comme le pré­sident amé­ricain George W. Bush, le mois prochain.

Ehoud Olmert est déjà impliqué dans trois autres affaires portant notamment sur des soupçons de tran­sac­tions immo­bi­lières frau­du­leuses et de nomi­na­tions poli­tiques abusives. .