T. Hocine, mercredi 4 février 2009
Il y a quelque chose de vraiment anormal dans de nombreuses juridictions de pays européens qui avaient voté pour leurs justices respectives des lois dites de compétence universelle. Un merveilleux arsenal juridique pour traquer le crime et empêcher l’impunité, même si les crimes sont commis en dehors de leurs territoires, et les victimes, des ressortissants d’autres Etats.
Des criminels, ou supposés comme tels, ont été condamnés. Mais l’on va vite se rendre compte à quel point c’est une justice à sens unique, ou encore au cas par cas, et que des pays européens se sont retrouvés à amender leurs propres lois ou geler certains disposions pour ne pas juger les crimes israéliens. Même la toute nouvelle CPI (Cour pénale internationale) n’arrive pas à trouver ses marques, tant le périmètre dans lequel elle évolue a été limité de manière drastique, car selon ses lois, ne sont jugés que les Etats membres. C’est ce qui permet nombre d’exemptions et autant de cas d’injustices. Que pourra alors cette honorable institution faite donc pour juger les plus faibles, si l’on en juge par certaines procédures ? [1]
On sait depuis peu que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, mène un « examen préliminaire » sur les allégations de crimes commis à Ghaza par Israël lors de son agression contre ce territoire palestinien, selon les propos de son bureau à La Haye. Moreno-Ocampo a reçu des « communications » sur ce sujet, du ministre palestinien de la Justice, Ali Kashan, et de quelque 200 personnes et ONG, a précisé le bureau du procureur. « Le bureau du procureur va examiner attentivement tout ce qui est lié à ce sujet, y compris les problèmes de compétence », expliquent ses services dans une note écrite. « Cet examen préliminaire ne signifie pas qu’une enquête sera ouverte », a ajouté le bureau du procureur [2].
Nous y voilà donc. Moreno-Ocampo a rencontré M. Kashan à La Haye le 22 janvier, et les « allégations de crimes commis à Ghaza » ont été évoquées, selon son bureau. La CPI est compétente pour les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocides commis depuis 2002. Elle peut inculper un individu si les crimes ont été commis sur le territoire d’un Etat partie ou si cet individu est un ressortissant d’un Etat partie. Israël n’est pas un Etat partie de la CPI. Le procureur peut néanmoins se pencher sur la situation à Ghaza si le Conseil de sécurité de l’ONU le charge d’y enquêter, ce qui semble hautement improbable, ou si Israël reconnaît temporairement la compétence de la cour, ce qui là aussi semble exclu.
Que reste-t-il donc aux Palestiniens, car même l’enquête ouverte par la justice espagnole contre un ex-ministre et des responsables militaires israéliens pour un bombardement meurtrier à Ghaza en 2002 pourrait être classée. Et en ce sens, la justice espagnole s’en trouverait soulagée, prenant prétexte du fait que l’ambassade israélienne à Madrid lui a remis très récemment un rapport faisant état d’une autre procédure pénale, menée en Israël sur les mêmes faits, alors même que cet assassinat a été ordonné par les plus hautes instances politiques israéliennes. Un subterfuge, et rien d’autre, car il n’y aura jamais de poursuite en Israël pour de tels faits. Mais pour l’instant, le parquet espagnol est favorable à la poursuite de l’enquête car la haute instance pénale espagnole, l’Audience nationale, n’a pas encore pu vérifier officiellement l’existence d’une autre procédure, selon El Pais.
Le juge Fernando Andreu de l’Audience nationale avait jugé recevable, jeudi, une plainte du Centre palestinien pour les droits de l’homme, au sujet du bombardement qui, en juillet 2002, avait tué un dirigeant du Hamas, Salah Chehadeh et 14 civils palestiniens, « en majorité des enfants et des bébés ». Environ 150 Palestiniens avaient également été blessés pendant cette attaque par l’explosion d’une bombe d’une tonne larguée par un F-16 israélien à Ghaza, sur une maison du quartier Al Daraj. La plainte vise l’ex-ministre israélien, Benjamin Ben-Eliezer, et six hauts responsables militaires, dont l’ex-chef d’état-major Moshe Yaalon.
Cette enquête a provoqué la colère d’Israël. Le quotidien espagnol ABC affirme que suite à cette affaire, le gouvernement espagnol envisageait de limiter le principe de « justice universelle ». Une loi se trouverait donc amendée pour ne pas gêner Israël. C’est ce qu’on appelle se faire violence.
Le chef de la diplomatie suédoise à Ghaza
Le chef de la diplomatie suédoise, Carl Bildt, a effectué, hier, une visite dans la bande de Ghaza où il a pu constater une partie des dégâts provoqués par l’offensive israélienne de 22 jours dans le territoire palestinien. M. Bildt a visité une cimenterie détruite lors d’une attaque israélienne à la périphérie de Ghaza ville ainsi que l’hôpital Al Qods, sévèrement endommagé par des obus israéliens, dans un quartier de Ghaza. Ils s’est entretenu avec des responsables de l’ONU et de l’hôpital, mais aucune rencontre n’était prévue avec des responsables du Hamas, le mouvement islamiste qui contrôle Ghaza.
[1] selon l’AP relayée par Yahoo le 3 février,
L’Autorité palestinienne reconnaît la compétence de la CPI
L’Autorité palestinienne a reconnu mardi la compétence de la Cour pénale internationale, une mesure destinée à ouvrir la voie à une enquête sur de possibles crimes de guerre durant la récente offensive israélienne dans la bande de Gaza. Lire la suite l’article Articles liés
Le ministre palestinien de la Justice Ali Khashan a envoyé une brève missive reconnaissant la CPI le 21 janvier, le tribunal la rendant publique mardi.
La CPI ne peut enquêter qu’à la demande du Conseil de sécurité de l’ONU ou d’un Etat qui a reconnu la juridiction. Seuls les Etats peuvent reconnaître la CPI et on ne savait pas dans l’immédiat quelle valeur pouvait avoir la reconnaissance par l’Autorité palestinienne.
Le procureur de la juridiction internationale a précisé que ses services examinaient la question. "Mon rôle désormais est d’analyser si ceci est en accord avec la loi", a ajouté Luis Moreno-Ocampo, qui a prévenu que sa décision ne serait pas rapide.
Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits de l’homme accusent Israël, qui n’a pas reconnu la CPI, d’avoir commis des crimes de guerre durant son offensive dans la bande de Gaza, notamment en s’en prenant aux populations civiles et en ayant recours à des armes au phosphore, interdites. AP http://fr.news.yahoo.com/3/20090203/twl-justice-cpi-israel-palestiniens-gaza-951b410.html
[2] pourtant, les témoignages abondent. Voir Par Algérie presse service
Un journaliste espagnol prédit une « avalanche » de plaintes contre Israël
Le documentariste et journaliste espagnol, Alberto Arce, témoin d’exception de la barbarie militaire israélienne contre la population palestinienne de Ghaza, prédit une « avalanche » de plaintes contre Israël pour crime de guerre à Ghaza, depuis qu’un tribunal espagnol avait décidé récemment d’ouvrir une enquête similaire concernant une agression contre la même ville en 2002. Le journaliste espagnol veut mettre à la disposition de l’Audience nationale, la plus haute instance pénale espagnole, qui a décidé récemment d’ouvrir une enquête pour « crime contre l’humanité » contre Israël, (attaque contre Ghaza en 2002, ndlr), « plus de 40 heures d’enregistrement in situ » des attaques israéliennes. « Si l’Audience nationale considère que pour un bombardement dans lequel ont péri 14 civils, elle voit des indices raisonnables pour se déclarer compétente et ouvrir un procès pour génocide et terrorisme, elle fera de même aujourd’hui alors qu’il y a 1 500 morts et des milliers de blessés », a souligné à la presse Alberto Arce, qui a travaillé à Ghaza pour l’ONG Free Ghaza. Pour lui, la plainte contre les faits de 2002 « n’est que le début d’une série d’autres qui seront déposées. Il y a des centaines et des centaines de cas similaires qui vont être présentés, tant au niveau de l’Audience nationale que devant les tribunaux de toute l’Europe et la Cour internationale de justice de La Haye, par le Centre palestinien des droits de l’Homme avec le soutien de nombreuses ONG qui se présenteront comme partie civile ».
Le cinéaste espagnol, spécialisé dans le documentaire, a ajouté qu’il détenait des « preuves irréfutables et documentées des attaques systématiques et préméditées contre le Croissant-Rouge, des hôpitaux, des centres de refuge, des centres de stockage des aides humanitaires et des écoles placés sous la protection de l’ONU, ainsi que de l’attaque militaire disproportionnée et des dénonciations de tortures systématiques exercées contre des Palestiniens arrêtés ». Il a ajouté également que ces enregistrements « montrent crûment l’utilisation du phosphore blanc contre la population civile et les attaques contres des journalistes parfaitement identifiés qui ont été assassinés ». Alberto Arce, 32 ans, qui a déjà réalisé par le passé de nombreux documentaires sur l’Irak et la Palestine, compte réaliser un autre sur les dernières attaques militaires israéliennes sur Ghaza qui ont fait 1 400 morts et des milliers de blessés. Il a annoncé aussi son intention de constituer des archives photos qu’il mettra à la disposition des tribunaux, en tant que « preuves irréfutables », lors de possibles procès contre Israël. http://www.latribune-online.com/monde/11466.html