Les mains vides de Biden

Yazid Alilat, dimanche 14 mars 2010

La visite au Proche-​​Orient du vice-​​président amé­ricain Joe Biden s’est achevée ven­dredi (12 mars) sur une note plutôt morose pour celui qui devait relancer le pro­cessus de paix dans la région, en panne depuis plu­sieurs années.

Una­ni­mement dénoncée par la com­mu­nauté inter­na­tionale, la ten­tative d’accélération de la colo­ni­sation d’Al-Qods a pris au dépourvu autant le vice-​​président amé­ricain que l’administration Obama, qui n’a pas vu venir cette tor­pille. Tout autant d’ailleurs que le Premier ministre israélien Neta­nyahu, accusé par la presse et les partis poli­tiques israé­liens de ne pas savoir ce qui se passe au sein même de son cabinet.

Mais pour les Pales­ti­niens, cela a sonné une fois de plus la charge pour d’abord geler les dis­cus­sions indi­rectes pour la relance du pro­cessus de paix, tant que le projet de construction de loge­ments à Al-​​Qods Est n’est pas retiré, ensuite pour enflammer la rue pales­ti­nienne, qui ne croit plus à l’option paci­fique pour reprendre ses droits et sa patrie spoliés.

En fait, c’est l’extrême droite israé­lienne qui contrôle le ministère de l’Intérieur à travers le parti Shas, qui est à l’origine d’un brusque froid entre l’administration Obama et Israël. Joe Biden, qui s’est senti trahi par l’extrême droite israé­lienne alors qu’il tentait de réchauffer le pro­cessus de paix israélo-​​palestinien, a aus­sitôt condamné la colo­ni­sation d’Al-Qods. Cela a fait mal au sein du cabinet Neta­nyahu et refroidi encore plus les rela­tions entre l’administration Obama et le gou­ver­nement israélien.

C’est inédit, cette condam­nation de Joe Biden, vice-​​président des Etats-​​Unis, d’Israël, même si, au fond, cela n’a pas le poids d’un tel geste qu’aurait pris le loca­taire du bureau ovale. Mais la sortie de Biden est assez symp­to­ma­tique des tur­bu­lences actuelles que tra­versent les rela­tions israélo-​​américaines [1] . L’affaire est tel­lement grave que Neta­nyahu a pré­senté ses « regrets » à l’administration US.

Pour autant, les enjeux de cette brouille, qui ne sera que pas­sagère de toute manière entre Washington et Tel-​​Aviv, sont ailleurs, au niveau même de la volonté d’Israël d’annexer com­plè­tement la ville sainte, et chasser de facto la popu­lation pales­ti­nienne. Car l’annonce de la pour­suite de la colo­ni­sation dans la partie Est d’Al-Qods a été faite sciemment par l’extrême droite israé­lienne pour saborder la relance du pro­cessus de paix. Parce que les Israé­liens ne veulent pas de cette paix, puisque la droite et les partis extré­mistes consi­dèrent Al-​​Qods occupée comme leur capitale « éter­nelle et indi­vi­sible », alors que les Pales­ti­niens veulent faire de la partie Est de la ville sainte la capitale du futur Etat de Palestine.

C’est là que se situent les enjeux actuels et futurs des négo­cia­tions de paix israélo-​​palestiniennes et de tout ce qui se fera autour de cette question, ainsi que la fronde de l’extrême droite qui a ridi­culisé le vice-​​président US en pleine tournée devant réchauffer un pro­cessus qui a perdu depuis long­temps de sa vigueur. Dans tout ce fatras qui remet les négo­cia­tions de paix à la case de départ, c’est très cer­tai­nement le camp des faucons et de l’extrême droite en Israël qui jubile, Joe Biden revenant les mains vides aux Etats-​​Unis alors qu’il pensait aller mois­sonner, la fleur aux dents, une « paix des braves » en terre conquise.

[1] voir aussi l’Orient le Jour 13/​​03/​​2010 :

Clinton accuse Neta­nyahu de saper les rela­tions avec Washington

Israël a bouclé hier la Cis­jor­danie occupée pour 48 heures, de crainte de vio­lences en réaction à la nou­velle impulsion donnée par les auto­rités israé­liennes à la colo­ni­sation. Le bou­clage strict a été décidé par le ministre de la Défense, Ehud Barak, « pour motifs sécu­ri­taires », compte tenu d’un risque d’attentats, selon un porte-​​​​parole mili­taire. Il a pris effet à 00h01 heure locale et pourrait être prolongé.

À Jérusalem-​​​​Est, la police a déployé des ren­forts et filtré stric­tement les entrées à l’esplanade des Mos­quées, dans la Vieille Ville, dont l’accès a été interdit aux hommes de moins de 50 ans pour la grande prière du ven­dredi. Des accro­chages spo­ra­diques ont eu lieu après la fin de la prière. Au moins quatre Pales­ti­niens ont été inter­pellés après des jets de pierres qui ont légè­rement blessé deux poli­ciers, a précisé la police.

L’armée israé­lienne boucle sys­té­ma­ti­quement la Cis­jor­danie pour chaque fête juive, mais c’est la pre­mière fois depuis plus d’un an qu’une telle mesure est prise alors qu’aucune célé­bration n’est prévue en Israël. En visite à Amman, le pré­sident du Par­lement européen, Jerzy Buzek, a affirmé que le bou­clage de la Cis­jor­danie « n’aide pas. Nous avons besoin aujourd’hui de tout signe de bonne volonté en vue d’une relance le plus tôt pos­sible des négo­cia­tions de paix ».

La tension a grimpé cette semaine avec le feu vert donné par le ministère israélien de l’Intérieur à la construction de 1 600 loge­ments à Ramat Shlomo, un quartier juif orthodoxe du secteur à majorité arabe de Jéru­salem, annexé en 1967. Cette mesure, annoncée en pleine visite du vice-​​​​président Joe Biden, a été res­sentie comme un camouflet par Washington éloi­gnant les pers­pec­tives, déjà pro­blé­ma­tiques, d’une relance du pro­cessus de paix via des négo­cia­tions indi­rectes. La secré­taire d’État, Hillary Clinton, a appelé le Premier ministre israélien, Ben­jamin Neta­nyahu, hier et lui a dit que l’annonce était « un signal pro­fon­dément négatif quant à l’approche par Israël de la relation bila­térale et contraire à l’esprit du voyage du vice-​​​​président », a rap­porté le porte-​​​​parole du dépar­tement d’État, Philip Crowley.

L’Autorité pales­ti­nienne a exigé l’annulation du projet contro­versé qui, selon elle, enlève tout sens à la négo­ciation. Depuis Tunis, le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas a réaf­firmé que les négo­cia­tions de paix avaient été « com­pro­mises en raison des récentes mesures israé­liennes ». Les Pales­ti­niens sont d’autant plus exas­pérés qu’un feu vert sem­blable a déjà été donné à deux autres projets de colo­ni­sation récemment : 600 loge­ments dans un autre quartier de colo­ni­sation à Jérusalem-​​​​Est et 112 loge­ments dans une colonie de Cisjordanie.

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