Les jeunes Palestiniennes mobilisées contre Israël

Lycéennes ou étudiantes, les Palestiniennes se radicalisent elles aussi dans la lutte contre Israël.

La Croix, mercredi 25 novembre 2015

Si les attaques au couteau, devenues quotidiennes, impliquent rarement des femmes, lundi 23 novembre deux écolières ont blessé un vieil homme avec une paire de ciseaux, et l’une d’elles a été tuée.

La tête couverte d’un keffieh, remonté sur le nez, des jeunes Palestiniennes crient leur ras-le-bol de l’occupation. « On vient dire à Israël d’arrêter de nous tuer et de nous rendre notre terre », explique Hala, 13 ans, alors qu’une bataille contre des soldats israéliens s’annonce dans le camp de réfugiés d’Aïda, près de Bethléem. Un petit groupe se prépare. « Venez les filles, on va lancer des pierres ! »

Parfois vêtues d’un jean slim à la mode et armées de smartphones, ces adolescentes sont là en cachette de leurs parents, mais n’hésitent pas à monter en première ligne pour lancer pierres et cocktails Molotov sur les soldats israéliens. « Les garçons nous empêchent de nous approcher de peur que l’on soit blessée, raconte Hala. Mais on n’a pas peur. »

« Au début, ils se moquaient de moi, confirme Sabreen, 25 ans, originaire de Ramallah. Ils disaient que j’étais venue pour les draguer… Mais quand ils ont compris que je n’avais pas prévu de partir, ils m’ont acceptée : eux restaient devant les soldats tandis que je faisais des allers-retours pour remonter des pierres de l’arrière. Je me sentais utile ! »

Aucune organisation politique

La particularité du mouvement de révolte est son absence d’organisation politique. « C’est une société qui suffoque. Elle exprime ses frustrations par des actes spontanés et individuels, explique Nadera Shalhoub-Kevorkian, universitaire palestinienne. Or, les femmes aussi font partie de cette société ! » Les actions sur le terrain sont liées avant tout à une classe d’âge, celle de l’après-Oslo, qui exprime sa colère et son désespoir.

Les lieux de confrontation restent majoritairement masculins. Cependant, lundi 23 novembre, deux écolières palestiniennes se sont attaquées à un vieil homme de 70 ans avec une paire de ciseaux à Jérusalem-ouest, le blessant. L’une d’elles a été tuée par les soldats israéliens, l’autre a été blessée.

Pour Nadera Shalhoub-Kevorkian, elles ne réagissent pas comme les hommes aux provocations. « Elles sont peut-être moins promptes à se défendre, explique la chercheuse, mais cela ne veut pas dire qu’elles ne résistent pas. Quand on est palestinienne, le simple fait de se rendre tous les jours à la fac en empruntant des routes militarisées, c’est un acte de résistance. »

Pour les postes clés, les hommes conservent le pouvoir

C’est le cas de Rim, 20 ans, qui étudie à l’université Al-Quds de Jérusalem. Elle ne se voit pas jeter des pierres, mais plutôt « aider (ses) frères en leur apportant du soutien moral ». En priant pour eux ? Peut-être… Ou en s’engageant dans un syndicat étudiant. En Cisjordanie, les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes à l’université, lieu privilégié pour forger une conscience politique.

Lors de la seconde Intifada en l’an 2000, les femmes étaient peu présentes. « Parce que c’était un soulèvement militarisé », précise Hanan Ashrawi, unique femme du comité exécutif de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine).

Mais pendant la première Intifada (1987-1993), beaucoup dirigeaient des comités de quartier. Hanan Ashrawi participait elle-même activement au soulèvement. Vingt-cinq ans plus tard, néanmoins, les femmes politiques de premier plan sont encore rares en Palestine.

« Tant qu’il s’agit de risquer sa vie pour le pays, personne n’empêche les filles de s’impliquer, même les partis islamistes, souligne Hanan Ashrawi. Mais pour les postes clés et les grandes décisions, les hommes conservent le pouvoir. J’espère que ces jeunes femmes sauront transformer leur mobilisation en action politique. Nous, leurs aînées, devrons les y aider. »

Mélinée Le Priol (à Ramallah, Cisjordanie)