Les implantations israéliennes et le processus de paix

Daoud Kuttab, mercredi 28 novembre 2007

En ce qui concerne le « pro­cessus de paix » au Moyen-​​Orient, les res­pon­sables amé­ri­cains insistent tou­jours lour­dement sur le mot « pro­cessus ». Ce n’est que dans les der­niers 18 mois du deuxième mandat d’un pré­sident ou après un enga­gement mili­taire au Moyen-​​Orient que les USA com­mencent réel­lement à se pré­oc­cuper du mot « paix ».

Ce scé­nario semble devoir se répéter la semaine pro­chaine, lors de la confé­rence sur la paix au Moyen-​​Orient sous l’égide des USA qui se tiendra à Anna­polis dans le Maryland. Mais il y a une dif­fé­rence par rapport à la confé­rence de Madrid en 1991 après la pre­mière guerre du Golfe à l’initiative des Amé­ri­cains : elle inter­vient après ce qui est perçu comme une défaite amé­ri­caine en Irak.

Dans la mesure où le gou­ver­nement de Bush cherche réel­lement à réa­liser des progrès, il doit avoir un plan B en cas d’échec des négo­cia­tions. La prin­cipale pré­oc­cu­pation des Pales­ti­niens est d’éviter alors des consé­quences néga­tives pour eux. Contrai­rement à l’ancien pré­sident Bill Clinton qui avait rejeté sur Arafat la res­pon­sa­bilité de l’échec des négo­cia­tions de Camp David en 2000, le gou­ver­nement Bush doit tenir son enga­gement de ne pas dénoncer l’un ou l’autre camp et de les empêcher de mettre un échec éventuel au profit de leur propre stratégie.

Les négo­cia­teurs pales­ti­niens doivent prendre en compte trois para­mètres : le droit his­to­rique des Pales­ti­niens, les réa­lités d’aujourd’hui et le prix à payer s’ils refusent de conclure un accord. Pour les Pales­ti­niens, la « légi­timité inter­na­tionale » est l’expression clé en ce qui concerne leurs droits his­to­riques (la libé­ration de la terre pales­ti­nienne, le droit au retour des réfugiés et un État véri­ta­blement indé­pendant). Tant pour l’OLP que pour le Hamas, il s’agit de l’opinion publique inter­na­tionale et des diverses réso­lu­tions de l’ONU qui n’ont guère fait réagir ni les diri­geants occi­dentaux ni les diri­geants arabes ou musulmans. Leurs dis­cours ont soulevé de naïfs espoirs, conduisant les négo­cia­teurs pales­ti­niens à durcir leur position.

Les Pales­ti­niens doivent tenir compte des réa­lités, à savoir la position de dés­équi­libre stra­té­gique, poli­tique et écono­mique dans laquelle ils se trouvent vis-​​à-​​vis d’Israël et des USA, l’occupation et la question de la dia­spora pales­ti­nienne. Dans le passé, la vio­lence de la réaction israé­lienne à l’intifada de 1987 couplée au boycott des pays pétro­liers arabes à l’encontre de l’OLP (qui ne s’était pas opposé à l’occupation du Koweït par Saddam Hussein) ont constitué un rappel brutal à la réalité pour la direction palestinienne.

Enfin, les négo­cia­teurs pales­ti­niens doivent prendre en compte l’impact de l’utilisation de leur prin­cipal atout dans les négo­cia­tions : le rejet d’un accord qu’ils consi­dé­re­raient comme mauvais en raison de ses consé­quences directes sur les Pales­ti­niens et le risque important de voir se pour­suivre les implan­ta­tions juives sur les terres pales­ti­niennes. Feu Haider Abdel Shafi a indiqué à de mul­tiples reprises que l’un des prin­cipaux pro­blèmes des accords d’Oslo était l’absence de garantie quant à un arrêt de l’expansion des implan­ta­tions durant la période inté­ri­maire ou en cas d’échec des dis­cus­sions finales. Lors de Camp David II, l’ancien Premier ministre israélien, Ehud Barak, a habi­lement insisté pour que la pre­mière clause de sa pro­po­sition com­porte l’acceptation de la fin du conflit, ce qui était un pro­blème pour les Pales­ti­niens, étant donné que la question de leurs droits his­to­riques n’était pas résolue. Arafat a utilisé son pouvoir pour empêcher un accord, mais il ne pouvait en prévoir les conséquences.

Cette fois-​​ci, les négo­cia­teurs pales­ti­niens pré­cisent qu’ils n’ont pas l’intention de s’engager dans des négo­cia­tions appro­fondies. Ils jus­ti­fient leur position en expli­quant que tout accord doit reposer sur les pro­po­si­tions pales­ti­niennes de Taba (après l’échec de Camp David II) et que la seule chose qui reste à négocier est le calen­drier de leur appli­cation. Béné­fi­ciant d’un plan de paix arabe qui paraît rai­son­nable, ils insis­teront sur l’existence d’un consensus inter­na­tional sur le retour aux fron­tières de 1967 (à quelques ajus­te­ments près, équi­va­lents de part et d’autre), sur la nécessité d’un accord équi­table au sujet des réfugiés et d’une solution pour Jérusalem.

Ainsi, les négo­cia­teurs pales­ti­niens ont aban­donné leur approche pas à pas des négo­cia­tions qui s’est révélée désas­treuse, car elle a été exploitée par les radicaux des deux côtés et a donné aux Israé­liens le temps voulu pour construire davantage d’implantations illé­gales. Les Pales­ti­niens veulent la signature d’un accord global avant les négociations.

Ils craignent un renouveau de vio­lence si aucun accord n’est signé avant Anna­polis ou en cas d’échec de ce nouveau cycle de négo­cia­tions. Mais quoi qu’il advienne, il doit être mis fin à l’expropriation des terres et à la construction de nou­velles implantations.

La secré­taire d’État amé­ri­caine Condo­leezza Rice a déclaré que la création d’un État pales­tinien est un élément de la sécurité nationale amé­ri­caine. Mais si Israël continue de construire des implan­ta­tions dans des zones qui devraient faire partie d’un nouvel État pales­tinien, celui-​​ci ne verra le jour ni main­tenant ni dans 10 ans.