Les illusions meurtrières

UJFP, dimanche 17 avril 2005

Faire croire que l’on va vers la paix en pour­suivant l’humiliation et l’oppression quo­ti­diennes, l’édification du mur, la spo­liation de la terre et la colo­ni­sation est un mensonge.

Les accords de Charm El-​​Cheikh sous l’égide de l’administration amé­ri­caine ont éveillé un immense espoir et un désir de paix en Israël et en Palestine qui, s’ils étaient déçus, pro­vo­que­raient un désespoir dan­gereux et un bas­cu­lement vers des solu­tions sanglantes.

L’UJFP tient cependant à rap­peler les quelques points qui grèvent lar­gement les chances d’aboutissement des négo­cia­tions telles qu’elles sont menées :

Affirmer que le but premier de ces négo­cia­tions doit être de juguler le ter­ro­risme, cor­respond à faire croire que la cause pre­mière du conflit n’est pas l’occupation, à occulter qu’il y a un occupant et un peuple occupé, à occulter tout le sens du conflit. Poser en priorité absolue la sécurité de l’occupant c’est désigner l’occupant comme victime et rendre acces­soire la vio­lence de la répression colo­niale à l’œuvre dans les ter­ri­toires occupés.

Faire croire que le gou­ver­nement pales­tinien élu après la mort du Pré­sident Arafat pourrait renoncer aux aspi­ra­tions de liberté et de sou­ve­raineté nationale et aux droits de son peuple est men­songer, et laisse en fait à Mahmoud Abbas la même latitude que celle laissée pré­cé­demment à Arafat : la renon­ciation des Pales­ti­niens à leurs droits ou la guerre en leur faisant porter la res­pon­sa­bilité de l’échec des négo­cia­tions. D’autres peuples de cette région sont pris au piège du projet impé­ria­liste du Grand Moyen Orient qui prétend leur apporter démo­cratie et sécurité à la force des baïon­nettes, et ne s’intéresse visi­blement pas au déve­lop­pement ou à la paix.

Faire croire qu’il est pos­sible d’aboutir à un accord durable en laissant le gou­ver­nement Sharon-​​Pérès achever le découpage de la Cis­jor­danie est un men­songe. Faire croire que la conti­nuité ter­ri­to­riale et la via­bilité de l’Etat pales­tinien seront assurés par un réseau de routes et tunnels reliant les « mor­ceaux » est un men­songe. N’oublions pas que la pre­mière recon­nais­sance est celle d’Israël sur la fron­tière d’avant 67 par L’OLP en 1988. Il ne peut y avoir de solution sans le retrait d’Israël sur cette même frontière.

Ce qui se passe en ce moment sur le terrain, les 3500 loge­ments, les zones d’activités com­mer­ciales et indus­trielles, le Parc de France pro­grammés sur le ter­ri­toire de Maale Adoumim (ce que l’on appelle le plan E1) vont s’ils sont réa­lisés couper la Cis­jor­danie en deux et par­achever la confi­gu­ration du futur état Pales­tinien confor­mément à la vision de Sharon, et de ce fait enté­riner l’irréversibilité de l’occupation.

Le parc de France fait partie quant à lui, et comme son nom l’indique, d’une cam­pagne qui cible direc­tement la France, menée par le KKL (fonds national juif) défini selon ses propres termes comme : …« le bras exé­cutif du peuple juif pour la rédemption et le déve­lop­pement de la terre d’Israël… »

Il est chargé de lever les fonds en France pour financer entre autre ce projet, et voici la fonction de ce parc décrite sur son site internet :

…« Le "Parc de France" ou la conso­li­dation de Jéru­salem par le ren­for­cement de la "cou­ronne verte" de Maale Adoumim … Ce parc muni­cipal à venir, ceindra de son panache les prin­ci­pales portes orien­tales de Jéru­salem ainsi que la sortie nord de Maale Adoumim. Il bordera en beauté la frange ouest de la route qui relie la capitale à la Mer morte… »

Faire croire que l’on va vers la paix en pour­suivant l’humiliation et l’oppression quo­ti­diennes, l’édification du mur, la spo­liation de la terre et la colo­ni­sation est un men­songe. Le faire au nom de la France est de plus inacceptable.

N’oublions pas ce que Sharon a répété plu­sieurs fois publi­quement en quatre ans : « La guerre de 48 n’est pas ter­minée. » N’oublions pas ce que Dov Weiss­glass, son conseiller per­sonnel, déclarait publi­quement il y a quelques mois dans Ha’aretz au sujet du plan de désen­ga­gement de Gaza : « Le désen­ga­gement c’est le formol qui est néces­saire pour qu’il n’y ait pas de pro­cessus poli­tique avec les Pales­ti­niens » et encore : « C’est la Judée-​​Samarie (la Cis­jor­danie, NDLR), pas Gaza, qui est aujourd’hui la zone d’intérêt national. »

Ne pas voir ni entendre tous ces signes c’est se rendre com­plice de ceux qui cultivent des illu­sions meur­trières pour les deux peuples. La stra­tégie actuelle détruit métho­di­quement la société pales­ti­nienne et menace à terme l’existence du peuple israélien dans la région.

Il serait temps que les forces qui aspirent à la paix ouvrent les yeux pour que la poli­tique qui a mené à l’impasse actuelle ne se repro­duisent pas : il est urgent d’exiger le gel immédiat de toute la colo­ni­sation, déjà pla­nifiée ou non, et la nomi­nation immé­diate d’un obser­va­toire inter­na­tional de contrôle dans les ter­ri­toires occupés. Israël ne peut continuer à dévorer à pleines dents ce qui est l’enjeu même de la négo­ciation. Nous demandons au gou­ver­nement français d’intervenir dans ce sens et d’empêcher en par­ti­culier que soit planté au nom de la France et avec des fonds français un parc destiné à par­achever l’annexion des terres pales­ti­niennes autour de Jérusalem.