Les gamins de Gaza apprécient que Gaza soit une "plus grande" prison..

Sami Abu Salem, lundi 26 septembre 2005

Ce témoi­gnage du 13 sep­tembre met en relief par contraste la vio­lence de la nou­velle attaque mili­taire israé­lienne contre le peuple pales­tinien à Gaza.

Malgré la chaleur à Gaza, des mil­liers de Pales­ti­niens se sont pré­ci­pités lundi 12 sep­tembre dans les colonies évacuées à l’extrémité nord de la bande de Gaza.

Vieux, jeunes, gamins, pêcheurs, fer­miers, des familles entières vou­laient jeter un regard his­to­rique sur les trois colonies de Doughit, Eli Sinai et Nis­sanit. Des pêcheurs ont poussé leurs bateaux à la mer tandis que des hommes ins­tal­laient leurs cannes à pêche sur le rivage. Des adultes se pro­me­naient parmi les débris de Doughit pendant que les ado­les­cents plan­taient des dra­peaux pales­ti­niens et autres ban­nières sur les poteaux élec­triques du réseau détruit..

On pouvait voir des véhi­cules, modernes et anciens, des vélos, des char­rettes, des motos, et d’autres moyens de transport bouger dans les tas de débris et les arbres déra­cinés dans les colonies dévastées. [1].

Au sud de Doughit, Karam Al-​​How, 15 ans, joue avec les restes d’une voiture démolie, aban­donnée par les occu­pants. Il semble si content de « conduire » la voiture. Karam dit qu’il est heureux de l’évacuation. “Je suis content parce que la prison qu’est Gaza s’est agrandie” dit-​​il.

Quand on lui demande pourquoi il pense que Gaza est une « plus grande prison », Karam dit : “Gaza était une petite prison et elle est plus grande main­tenant » Il ajoute : « c’est tou­jours une prison parce que les Israé­liens contrôlent les fron­tières et la mer et que nous ne pouvons pas aller à l’étranger ».

Karam dit qu’il est venu à Doughit pour voir la terre de son père. Mon­trant un endroit couvert d’herbe sèche et brûlée, il dit : « Tu vois, c’est notre terre, il y avait plein d’arbres cou­verts de fruits. Il y avait un puits et une maison. Main­tenant il n’y a rien, ils ont tout détruit. » Karam se rap­pelle qu’il jouait sur ce terrain avec ses frères et soeurs, mais ces cinq der­nières années, ils n’ont pas pu le faire après que les Israé­liens l’avaient détruite et annexée à la colonie.

Le garçon dit que son père, ses frères et lui la « feront reverdir », ajoutant, pour plai­santer, qu’il est triste que les Israé­liens aient détruit la voiture avant de partir. « Mon père aurait pu l’utiliser pour com­penser le vol de nos terres » dit-​​il.

Près de là, barbe blanche et turban, Said Al-​​Okka, 77 ans, est assis sur un mon­ticule. Depuis les petites heures il se sert du café arabe d’un pot blanc, les yeux fixés sur un lopin de terre, couvert d’herbe sèche. « C’est ma terre » dit-​​il. « Elle était aux mains des Israé­liens et je vais la récu­pérer au bout de 6 ans de confis­cation. Au minimum mille oli­viers et figuiers et un puits et la maison ont été rasés par les bull­dozers israé­liens il y a 6 ans. Main­tenant vous voyez, je n’ai qu’une terre dévastée », dit-​​il. Said Al-​​Okka a aussi indiqué que les Israé­liens avaient volé de gros tas de sable blanc et fin sur sa terre.

Des parents se pro­mènent avec leurs deux enfants. Hazem Hawila, 42 ans, dit que ses enfants lui ont demandé de leur montrer les colonies. "Ils sont tel­lement contents de voir les colonies,”dit-il, “ils ne fai­saient qu’en entendre parler aux infor­ma­tions. Ma femme et moi avons aussi très envie de les voir ». Hawila se demande pourquoi les Israé­liens ont arraché les arbres avant de partir.

Un pêcheur, Ayman Al-​​Hissi, 53 ans, dit qu’il est venu faire son métier dans un endroit auquel il n’avait pas accès avant. "Autrefois, quand j’étais jeune, je pêchais dans cette zone mais depuis que les Israé­liens ont occupé Gaza en 1967, je n’ai jamais pu le faire » dit Al-​​Hissi. Main­tenant, même si je ne pêche rien, je pourrai savourer cette nostalgie."

Hawila ajoute qu’il est soulagé de ne pas entendre l’habituelle litanie des rap­ports sur les Pales­ti­niens tués par les troupes israé­liennes postées dans les tours de guet de la colonie.

Sur la route de Doughit à Nis­sanit , deux enfants, Mohammed Hmaid, 8 ans, et son cousin Abdullah, 7 ans, font du vélo et portent un drapeau pales­tinien. Mohammed dit qu’il est heureux du retrait car on n’entendra plus de tirs. Les deux enfants de Beit Lahia sont d’accord, ce qu’ils vou­laient c’est l’absence de tirs au milieu de la nuit et pouvoir sortir de chez eux la nuit.

[1] avant de partir, les colons ont détruit la plupart de leurs maisons, brûlé des bâti­ments, déraciné des arbres puis l’armée israé­lienne a fini de détruire au bull­dozer les maisons des colonies. Seules les syna­gogues sont fina­lement restées, Sharon ayant changé d’avis au dernier moment et laissé à l’Autorité pales­ti­nienne la dif­ficile tâche - le piège-​​​​ de les démolir. De nom­breux Pales­ti­niens, dans l’euphorie du départ des soldats le 11/​​12 sep­tembre, ont détruit la plupart d’entre elles. Les voix qui se sont élevées pour condamner ces des­truc­tions -effec­ti­vement regret­tables, le respect des lieux de culte étant considéré comme une évidence universelle-​​​​ n’ont pas, de manière hypo­crite, jugé bon d’en chercher les raisons dans la frus­tration d’un peuple occupé vio­lemment. L’armée israé­lienne et les colons en avaient enlevé tous les objets et éléments reli­gieux consacrés et ces lieux étaient perçus comme le fer de lance de l’occupation et de la vio­lence des colons qui en avaient fait le symbole de leur refus de rendre les terres volées.