Les femmes activistes du bateau pour Gaza dans l’attente de leur expulsion

Les 13 passagères à bord du Zaytouna on été emmenées vers un centre de détention en Israël.

Caroline Hayek, L’Orient le Jour, vendredi 7 octobre 2016

Les femmes activistes à bord du Zaytouna, avant leur départ pour Gaza. Photo Coalition internationale pour la paix

Des femmes pour arrêter des femmes. Telle a été la réponse de l’armée israélienne pour contrer l’arrivée du bateau qui tentait de briser le blocus de Gaza. Parti de Barcelone le 15 septembre dernier, le Zaytouna, répondant au projet Flottilles de la liberté qui remonte à 2008, a été intercepté mercredi soir à 35 milles nautiques des côtes de la bande de Gaza, puis escorté jusqu’au port israélien d’Ashdod. Des femmes soldats ont été placées à l’avant du bateau de l’armée pour procéder à l’interpellation, afin de minimiser les frictions avec les activistes à bord, toutes des femmes, selon les informations hier du Times of Israël. Selon un porte-parole de l’armée israélienne, la marine a envoyé des soldats des deux sexes pour escorter le voilier. « Conformément aux directives du gouvernement (israélien) et après avoir épuisé toutes les voies diplomatiques, la marine israélienne a redirigé le navire afin d’éviter la violation du blocus maritime légal », a déclaré l’armée.

Selon le Jerusalem Post, la marine aurait également coupé les moyens de communication du bateau avant la prise de contrôle, empêchant la correspondante d’al-Jazira, Mina Harballou, également à bord, de diffuser l’assaut en direct. Cette intervention, bien qu’attendue, vient doucher les espoirs des activistes, venues des quatre coins du monde. Ces dernières tentaient de poser le pied dans l’enclave palestinienne coupée du monde, non seulement par le blocus israélien illégal, mais aussi par l’Égypte, pour attirer l’attention sur le sort de ses 1,9 million d’habitants.

« Message-SOS »

Depuis d’interception du « bateau des femmes », le flou persiste quant au sort des 13 activistes retenues par les autorités israéliennes. « Nous n’avons eu aucune nouvelle par nos amies qui étaient à bord du bateau depuis qu’elles ont été attaquées par l’armée, et emmenées vers Ashdod, aux alentours de 2 heures du matin (la nuit dernière). Selon les autorités pénitentiaires, elles ont été ensuite emmenées vers des centres de détention et devraient être extradées vers leurs pays respectifs le plus vite possible », confie Claude Léostic, porte-parole de l’opération, contactée par L’Orient-Le Jour. De son côté, Yehudit Ilany, assistante parlementaire auprès de la députée arabe israélienne Hanine Zoabi, qui a dû interrompre la traversée lors de l’escale à Messine, affirme qu’ « un avocat est en ce moment auprès des 13 activistes, de même qu’un représentant du consulat espagnol de Tel-Aviv ».

Mercredi après-midi, le contact a été perdu avec le Zaytouna, qui avait auparavant fait escale à Ajaccio et Messine où l’équipage s’est renouvelé. Peu après, le site Internet de l’opération, wbg.freedomflotilla.org, publiait des vidéos tournées par précaution avant le départ, dans lesquelles les passagères lancent un appel pour leur libération. Dans des « messages-SOS », 10 des 13 femmes à bord, affirment avoir été kidnappées ou être retenues par Israël. « Mon nom est Ann Wright, je suis ancienne colonel de l’armée américaine et ex-diplomate américaine. Si vous voyez cette vidéo, c’est que les forces d’occupation israéliennes m’ont kidnappée dans les eaux internationales et emmenée en Israël contre mon gré », y affirme ainsi l’une d’elles.

Pression des autorités

Les passagères, notamment la Nord-Irlandaise Mairead Maguire, prix Nobel de la paix, sont détenues depuis 03h00 à la prison de Ramlé (centre d’Israël), a indiqué à l’AFP une porte-parole de l’administration pénitentiaire. « Elles y sont en attente d’expulsion. » La porte-parole de l’Autorité de la population et de l’immigration, Sabine Haddad, a déclaré que deux d’entre elles, des journalistes, « sont parties à l’aéroport ». Les autres seront gardées en détention 96 heures avant d’être expulsées, sauf si elles décidaient de partir avant, a-t-elle ajouté. Selon Yehudit Ilany, Mairead Maguire souhaiterait voir son arrestation illégale portée en justice.

« Nous n’avons aucun détail sur leur état de santé physique ni psychologique. Nous avons su que l’intervention s’est faite sans violence, mais c’est la partie israélienne qui le dit, sans que nous ayons une confirmation », poursuit Claude Léostic. Mais pour Yehudit Ilany, il est clair que l’intervention en elle-même est violente. « Même si les soldats israéliens étaient venus avec des fleurs, ce qu’ils n’ont pas fait, l’intervention aurait quand même été à la fois illégale et violente », dit-elle, ajoutant qu’il s’agit une fois encore d’ « un acte de piraterie ». « C’est comme ça que le monde entier le nomme quand ça arrive sur les côtes somaliennes. »

L’activiste israélienne ne cache pas sa déception de n’avoir pu participer à la totalité de l’opération. Des pressions de la part des autorités de son pays se sont fait sentir dès le début de la mission humanitaire et se poursuivent aujourd’hui. Mais ce n’est pas ce qui l’a contrainte à céder sa place. « Je voulais rester sur le bateau, mais à cause des avaries obligeant le second bateau, le Amal, d’arrêter sa traversée, il n’y avait que très peu de place à bord du Zaytouna, pour beaucoup de femmes », explique-t-elle. Les pressions exercées sur elle auraient eu l’effet inverse. « Je suis encore plus déterminée car si les autorités israéliennes se donnent la peine de me mettre la pression, c’est que mon engagement a une portée », estime Yehudit Ilany.