Les faucons israéliens prennent leur envol

Pierre barbancey, vendredi 26 décembre 2008

Les inci­dents se mul­ti­plient après la rupture de la trêve ven­dredi 19 décembre, sur fond de blocus de Gaza, où l’on dénombre près de 50 % de chômeurs [1].

Depuis ven­dredi, la trêve décrétée par les orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes et acceptée par Israël le 19 juin dernier a, offi­ciel­lement, pris fin. Le chef du Hamas, Khaled Mechaal, tou­jours en exil à Damas, expli­quait quelques jours aupa­ravant qu’Israël ne s’était pas tenu aux accords passés, et notamment n’avait pas allégé le siège de la bande de Gaza. De fait, cette trêve n’en avait que le nom. 49 Pales­ti­niens, dont 7 enfants, ont été tués en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza pendant les six mois de trêve négociée par l’Égypte, selon un rapport du quo­tidien pales­tinien Quds. Dans la bande de Gaza, le mois de novembre a été par­ti­cu­liè­rement meur­trier, puisque 17 Pales­ti­niens ont été tués par les bom­bar­de­ments et les incur­sions de l’armée israélienne.

Le dés­équi­libre est patent. Selon l’armée israé­lienne, une cin­quan­taine de roquettes ou d’obus de mortier ont été tirés depuis ven­dredi, faisant un blessé léger, alors qu’un Pales­tinien a été tué suite à un tir de missile israélien. Alors que des élec­tions légis­la­tives doivent avoir lieu le 10 février en Israël, les faucons haussent d’autant plus le ton que les son­dages donnent Ben­jamin Neta­nyahou gagnant. « À long terme, le ren­ver­sement du régime du Hamas est inévi­table », a dit le diri­geant du Likoud, en visitant à Sderot une maison touchée par les tirs venus de Gaza. « L’État d’Israël et un gou­ver­nement sous ma direction se fixeront comme objectif stra­té­gique de ren­verser le régime du Hamas à Gaza », a aus­sitôt répliqué la ministre des Affaires étran­gères, Tzipi Livni, devant des membres de son parti Kadima. « Les moyens d’atteindre cet objectif devraient être mili­taires, écono­miques et diplo­ma­tiques », a-​​t-​​elle ajouté, sans entrer dans les détails. Isaac Herzog, l’un des ministres du gou­ver­nement, a déclaré que l’armée n’aurait pas d’autre choix que de mener des « actions sévères », sans pré­ciser les­quelles, si les tirs pales­ti­niens ne ces­saient pas. « Il faut que ce soit clair. Il y aura une frappe à Gaza, et elle sera forte et dou­lou­reuse », a-​​t-​​il prévenu. Sur le départ, le premier ministre Ehoud Olmert tem­porise : « Israël saura comment donner la réponse appro­priée, au bon moment et de la bonne façon, de manière res­pon­sable », explique-​​t-​​il.

Côté pales­tinien, la division per­siste entre le Fatah et le Hamas. Le désaccord porte main­tenant sur les élec­tions. Le mandat de Mahmoud Abbas arrive à expi­ration le 9 janvier et il sou­haite orga­niser un double scrutin, pré­si­dentiel et légis­latif, ce que refuse le mou­vement isla­mique. Des négo­cia­tions seraient en cours. Mais il reste le plus important : le blocus qui se poursuit contre la bande de Gaza, qui pro­voque une « pro­fonde crise de dignité humaine », où le taux de chômage s’élève désormais à 49 % de la popu­lation active (contre 32 % il y a un an), selon un rapport du Bureau des Nations unies pour la coor­di­nation des affaires huma­ni­taires (UNOCHA).

Ce document se veut une alerte à la com­mu­nauté inter­na­tionale sur la situation des 1,4 million d’habitants de la bande de Gaza, qui ont aujourd’hui le plus grand mal à assurer leur sub­sis­tance en raison des pénuries en eau et en nour­riture. Le rapport ajoute que les habi­tants de la ville de Gaza sont privés d’électricité jusqu’à 16 heures par jour. L’eau potable n’arrive qu’une fois par semaine à la moitié de la popu­lation locale, et ce pendant quelques heures seulement. Quant à sa qualité, elle est à 80 % infé­rieure aux normes sanitaires.

De manière tota­lement sur­réa­liste, le quar­tette (États-​​Unis, Russie, Union euro­péenne et ONU), parrain de la « feuille de route » qui pré­voyait la création d’un État pales­tinien avant la… fin 2005, vient d’appeler Israël et les Pales­ti­niens à inten­sifier les négo­cia­tions pour créer un État pales­tinien « dès que pos­sible », estimant que le pro­cessus lancé à Anna­polis était « irré­ver­sible ». Et le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une réso­lution, la pre­mière depuis cinq ans, réaf­firmant son soutien au pro­cessus de paix avec pour objectif la coexis­tence paci­fique de deux États, israélien et pales­tinien. Une grande fré­nésie diplo­ma­tique qui, mal­heu­reu­sement, ne changera pas d’un iota la vie des Pales­ti­niens ? qui subissent tou­jours l’occupation israélienne.

[1] ce 26 décembre, les auto­rités d’occupation israé­liennes ont enfin autorisé un passage ponctuel d’aide d’urgence. Voir Reuters, relayé par Yahoo : Israël a rouvert les points de passage entre son ter­ri­toire et la bande de Gaza, au len­demain de menaces d’intervention mili­taire for­mulées le Premier ministre Ehud Olmert.

Selon des tra­vailleurs pales­ti­niens pré­sents sur place, les auto­rités israé­liennes ont laissé passer une quantité limitée de car­burant pour la prin­cipale cen­trale élec­trique de Gaza, ainsi que des camions remplis de blé.

Ehud Olmert avait déclaré jeudi qu’il n’hésiterait pas à employer la force en cas de pour­suite des tirs pales­ti­niens sur Israël.

Le ministre de la Défense Ehud Barak a déclaré avoir pris la décision de rouvrir les points de passage pour per­mettre l’entrée à Gaza d’approvisionnements "huma­ni­taires essen­tiels", après avoir reçu en ce sens de nom­breuses demandes de la part de la com­mu­nauté internationale.

Nidal al Moughrabi, version fran­çaise Pascal Liétout http://​fr​.news​.yahoo​.com/​4​/​​20081226​/​​t​t​s​-​​​i​s​r​a​e​l​-​​​g​a​z​a​-​​​p​o​i​n​t​s​-​​​c​a​02​f​96​.html