Gilles Paris, jeudi 2 septembre 2010
Se retrouvent ce soir (1 septembre) à Washington des professionnels israéliens et palestiniens du “processus de paix” et un néophyte, leur hôte.
Des deux délégations, la palestinienne est sans aucun doute la plus expérimentée : les hommes qui la composent sont en place à des titres divers pratiquement depuis les accords d’Oslo de 1993 (à l’époque, l’actuel chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avait boudé la signature historique de la reconnaissance mutuelle de l’OLP et d’Israël, exaspéré que Yasser Arafat récupère à son seul profit le fruit de son travail mené de l’ombre.) Ne manque aujourd’hui qu’Ahmed Qoreï, qui fut par le passé le bras droit de M. Abbas. Yasser Abed Rabbo (co-signataire à titre individuel de l’initiative de Genève), Saeb Erekat, Nabil Shaath [1], Mohammed Shtayeh et l’influent autant que discret Akram Haniyéh, connaissent sur le bout des doigts les questions centrales de ce contentieux.
Côté israélien, M. Nétanyahou, marginalisé pendant une décennie par Ariel Sharon puis Ehoud Olmert, avait lui-aussi négocié avec les Palestiniens de 1996 à 1999 lorsqu’il était premier ministre : c’est lui qui ratifia en janvier 1997 le partage sensible de la ville palestinienne de Hébron, justifié par la présence de colons radicaux et d’un site historique et religieux partagé par les juifs et les musulmans. Il négocia également en octobre 1998 les accords de Wye destinés à relancer officiellement les accords dits de Oslo II (1995). Ces accords de Wye furent à nouveau relancés par les accords de Charm Al-Cheikh, en septembre 1999 par Ehoud Barak, alors premier ministre et actuel ministre de la défense israélien. Ils furent eux-mêmes interrompus par le passage direct aux discussions finales de Camp David, en juillet 2000, avec le même Ehoud Barak et les mêmes Palestiniens que dirigeait Yasser Arafat, un calcul qui s’avéra hasardeux.
Face à ces experts, Barack Obama est un néophyte : il n’a d’ailleurs pas encore effectué de visites sur place en tant que président des Etats-Unis et on peut raisonnablement penser que la convocation de Washington tient autant à des considérations de politique américaine (les midterms) que d’une dynamique de négociations. Un néophyte encore en place pour encore deux ans au minimum, ce dont ne sont assurés ni M. Nétanyahou, ni M. Abbas.
[1] voir sur Jeune Afrique, l’entretien avec N. Shaath :
Figure historique de l’OLP, Nabil Chaath participera, en tant que membre de la délégation palestinienne, aux premières discussions directes avec Israël depuis 2008, qui s’ouvrent à Washington le 2 septembre.
Jeune Afrique : Dans quel état d’esprit abordez-vous la reprise des négociations ?
Nabil Chaath : Nous n’allons pas à Washington contraints et forcés. Si les Israéliens affichent une attitude positive, nous ferons tout pour faire avancer la paix. Mais nos chances d’obtenir quelque chose lors de ce sommet sont minces. Ce qui nous importe, c’est la reconduction du gel de la colonisation après le 26 septembre. Si le gouvernement de Benyamin Netanyahou décide de le lever, nous ne trahirons pas nos aspirations et celles du peuple palestinien. Il n’y aura aucun compromis possible : nous quitterons la table des négociations.
Malgré les pourparlers indirects, les Palestiniens n’ont obtenu aucune garantie sur l’arrêt de la colonisation…
Israël a totalement saboté ces pourparlers indirects. Nous avons été les seuls à avoir eu de véritables échanges de points de vue avec l’émissaire américain George Mitchell. À aucun moment les Israéliens ne nous ont fait parvenir une proposition. Nous avons quand même accepté de reprendre les négociations directes, car le gel de la colonisation est toujours en vigueur. Les discussions qui s’ouvrent à Washington sont un test.
Le Premier ministre israélien a déjà émis plusieurs conditions à la création d’un État palestinien…
Cela fait partie du petit jeu des Israéliens. Ils souhaitent une reprise du dialogue sans conditions préalables, mais nous imposent déjà leur vision sur le tracé des frontières, les aspects sécuritaires et le caractère juif de l’État d’Israël. Je veux leur rappeler qu’il s’agit de négociations de paix entre une force occupante et une population occupée. Seules les résolutions internationales devront déterminer la forme de notre futur État.
Quelle est votre position sur Jérusalem ?
Les Israéliens doivent se retirer de la partie est de la ville pour nous permettre d’y établir notre capitale. J’ai conscience de la difficulté d’une telle entreprise, car la présence juive est de plus en plus importante dans les quartiers arabes. Mais les Israéliens ont la capacité de satisfaire cette exigence, comme l’a prouvé leur désengagement de la bande de Gaza, en 2005.
Partagez-vous l’optimisme de Hillary Clinton, qui affirme qu’un accord de paix peut être obtenu dans un an ?
Oui, un accord peut être conclu rapidement. Après tout, Netanyahou est l’instigateur des accords de Wye Plantation, en 1998, qui avaient abouti à un retrait partiel de Cisjordanie.
Souhaitez-vous que Barack Obama exerce de nouvelles pressions sur Israël ?
Il est évident qu’Israël ne serait rien sans le soutien américain. C’est pour cette raison que les États-Unis ont un rôle clé et doivent tout faire pour parvenir à une solution équitable du conflit. J’ai confiance en Barack Obama pour qu’il mette fin à la colonisation et s’engage à faire reconnaître nos droits.
Quel est le sens de la participation de la Jordanie et de l’Égypte aux discussions qui s’ouvrent à Washington ?
La présence de Hosni Moubarak et du roi Abdallah II doit être perçue comme un geste de soutien en faveur des Palestiniens. De leur côté, les Américains ont voulu lancer un signal fort en les conviant aux négociations. Cela prouve que la paix entre Israéliens et Palestiniens concerne toute la région.
01/09/2010 Par Propos recueillis à Ramallah par Maxime Perez