Les étudiants en français de Gaza s’expriment (janvier 2010)

mardi 19 janvier 2010

Au milieu de toutes les dif­fi­cultés causées par l’agression israé­lienne "Plomb durci" et le blocus, pour les jeunes de Gaza, étudier, apprendre le français, continuer à vivre tout sim­plement et avoir des projets, …, c’est aussi un acte de résistance.

Par l’intermédiaire de Ziad Medoukh, res­pon­sable du Dépar­tement de français de l’Université Al-​​Aqsa de Gaza, nous leur donnons la parole.

Le dépar­tement de français dis­tribue des cadeaux sym­bo­liques aux étudiants gagnants

Le dépar­tement de français à l’université Al-​​Aqsa a organisé ce lundi 11 janvier 2010 une petite fête pour dis­tribuer des cadeaux sym­bo­liques aux étudiants gagnants du concours d’écriture organisé par le dépar­tement pour ses étudiants fin décembre dernier sur le thème de la célé­bration du premier anni­ver­saire de l’agression israé­lienne contre la Bande de Gaza.

L’équipe péda­go­gique au dépar­tement a sélec­tionné les quatre meilleurs articles parlant des impres­sions des étudiants un an après les attaques israé­liennes contre la popu­lation civile dans la Bande de Gaza , ces articles étaient publiés également dans des dif­fé­rents sites Internet .

Ce concours fait partie des acti­vités orga­nisées et pro­posées par le dépar­tement de français d’une façon régu­lière dont l’objectif est d’encourager les étudiants à s’exprimer et amé­liorer leur langue française.

Quatre étudiants : deux garçons et deux filles ont été sélec­tionnés parmi dix par­ti­ci­pants à ce concours.

Les cadeaux ont été dis­tribués par M. Ziad Medoukh le chef du dépar­tement et Mme Mirvat El-​​Rayes pro­fesseur au dépar­tement qui ont saisi cette occasion pour faire un bilan sur les examens par­tiels , donner leurs remarques sur le niveau des étudiants mais surtout donner cer­tains conseils à ses étudiants qui se pré­parent pour les examens finaux qui vont com­mencer la semaine prochaine.

J’ai pleuré

Abdallah Se’da

Je m’appelle Abdallah Saada, je suis gazaoui, je veux parler de la vie des Pales­ti­niens après chaque guerre israélienne.

Après chaque guerre israé­lienne, bien sûr la vie des Pales­ti­niens est devenue très dif­ficile, je ne veux pas dire après chaque guerre, mais au moments où les Israé­liens occu­paient la Palestine.

Donc les Pales­ti­niens souffrent de beaucoup de pro­blèmes et vous savez que la guerre n’est pas seulement la des­truction des maisons mais aussi des mas­sacres, des tor­tures, une des­truction et des assas­sinats. Moi comme tous les Gazaouis, j’ai été touché par cette guerre horrible.

J’ai perdu trois de mes amis. Les avions israé­liens ont bom­bardé leurs maisons, après ça, je suis devenu triste pour eux. Et quand j’ai assisté à leurs funé­railles j’étais très triste, je me suis rappelé de ce qu’on a vécu ensemble et j’ai pleuré.

Et vous savez que les guerres qui se sont passées en Palestine sont nom­breuses comme la guerre de 1948 et 1967 sans oublier les deux Intifada en 1987 et 2002 et les guerres conti­nuent jusqu’à maintenant.

Je veux dire que la vie des Pales­ti­niens est devenue comme un homme vieux qui ne peut rien faire, je veux dire que les Pales­ti­niens ne peuvent rien et les Pales­ti­niens ont perdu beaucoup d’enfants, de femmes, en plus les Israé­liens bom­bardent chaque lieu en Palestine, ils ne laissent rien.

Et il y a l’autre pro­blème, c’est de chasser tous les Pales­ti­niens de leur pays, tout ça pour construire les colonies comme la situation actuelle à Jéru­salem la capitale de la Palestine et dans la bande de Gaza.

Sans doute, il y a beaucoup de pro­blèmes dont les Pales­ti­niens souffrent comme dans chaque guerre quand les Israé­liens bom­bardent les maisons, il ne reste aux Pales­ti­niens que les tentes qui ne les pro­tègent ni du froid, ni de la chaleur. Les Pales­ti­niens uti­lisent des abris pour pouvoir vivre.

Et aussi le blocus israélien qui est imposé aux Pales­ti­niens dans la bande de Gaza où les Israé­liens ne per­mettent pas d’entrer aucune chose et coupent tous les moyens de vie comme la coupure d’électricité et de l’eau. Tout cela a aggravé la situation en Palestine et dans la der­nière guerre contre la bande de Gaza qui a duré 23 jours. Les Pales­ti­niens souffrent de l’agression israé­lienne la plus puis­sante comme on a dit, des mas­sacres, la des­truction, des tor­tures et des assassinats.

A la fin, je crois que les Pales­ti­niens peuvent lutter et s’unir contre les israé­liens jusqu’à la liberté de la Palestine. Et j’espère que la Jéru­salem reviendra pour nous.

Abdallah Se’da, 2 ème année, dépar­tement de français, Uni­versité Al -Aqsa, Gaza

Un samedi

Asma Siam

Mercredi 30 décembre 2009

C’était un samedi , un samedi noir, oh je suis désolé, s’il y a d’autre couleur plus foncée, je veux l’utiliser, mais mal­heu­reu­sement il n’y a pas des mots suf­fi­sants pour le décrire.

Après ce samedi, mes sen­ti­ments, mes idées, et même mes prin­cipes ont changé, avant j’avais peur par exemple d’échouer dans un examen, ou bien d’avoir des pro­blèmes un peu dif­fi­ciles et j’avais peur de ne pas trouver des solu­tions, mais après ce jour là, la peur a grandi. J’avais la peur de ne pouvoir pas voir mes parents , mes amies, une autre fois .

La peur d’être une han­di­capée, de perdre une main, une jambe, la peur est devenue une chose normale. C’est vrai que j’ai 27 ans, mais c’est la pre­mière fois que j’assiste à une guerre et j’ai senti que la mort était très proche, il n’y avait pas de dif­fé­rence entre la nuit et le jour, les minutes, les heures la seule chose commune c’était la peur et la tris­tesse. Avant ce samedi je disais que je suis une fille forte, mais après j’ai découvert que mon cœur porte autant de peur qu’ un bébé quand il s’éloigne de sa mère .

C’est vrai que main­tenant les gens ici à GAZA ont repris la vie après un an de la guerre et moi aussi j’ai repris mes études et ma vie ,mais vraiment c’est pas comme avant parce que la guerre a laissé des mauvais souvenirs .

A la fin, je dis que c’est vrai il y avait beaucoup des mau­vaises choses dans cette guerre, mais d’un autre côté, j’ai bien compris le vrai sens de la vie et j’ai eu un espoir pour continuer la vie car c’est le grand cadeau de Dieu .

Asma Siam 4ème année , Département de français, Université Al-​​Aqsa, Gaza

Ma vie un an après l’agression israélienne

Nahla Al Zytonia

Mercredi 30 décembre 2009

Le 21 janvier 2009 à 8h20 : c’est le moment de mettre la fin au cau­chemar qui dura pendant 22 jours --- nous avons entendu le retrait de toutes les forces israé­liennes de la bande de Gaza , l’arrêt des frappes aériennes et les raids des marines.

Tout est fini sauf les images dou­lou­reuses gravées dans la mémoire de chaque Gazaoui qui a vécu la guerre.

Tout est fini……….. mais la plaie saigne encore.

Tout est fini……….. mais l’enfant pleure encore.

Tout est fini………. mais un membre de la famille toujours porté disparu.

Tout est fini………..même les beaux souvenirs qui étaient dans la mémoire.

La guerre a effacé de la mémoire tout ce qui est beau , et amis en mémoire… images des corps sans organes ………des enfants tués sans culpa­bilité, des mos­quées détruites, des maisons n’ont plus aucune trace sauf une partie des pierres épar­pillées ici et là ………..

Oui la guerre a pris fin et chaque per­sonne a com­mencé à ins­pecter les proches et les amis. Parfois il ressent une grande joie, juste savoir que l’autre est tou­jours vivant et pleure d’autres fois quand il entend des nou­velles de la mort d’une personne………

De l’autre côté, une fille cherche sa poupée sous les décombres de sa chambre.

Un garçon apporte le reste de la dépouille de sa maison.

Un vieil homme assis sur les décombres de sa maison à peine à croire ce qui s’est passé.

Un autre homme regarde en pleurant les arbres qui étaient hier pré­sents , mais ils n’existent plus aujourd’hui.

Une mère ne croyait pas que son fils était mort et cherche encore ici et là …….. imagine qu’elle trouvera son fils

C’est juste ce que vous voyez lorsque vous marchez dans la rue après la guerre …………….

Pour moi je ne perdais per­sonne de ma famille ni ma maison………mais je perdais le sen­timent de sécurité , je perdais la confiance dans tous les gou­ver­ne­ments qui n’ont pas été en mesure de mettre fin à ce qui se passait, les voix des nos cris étaient très hautes et nos larmes sont arrivées à tout le monde sauf les dirigeants.

La guerre a pris fin, mais elle a laissé la douleur et la souf­france que je ne peux pas les trans­férer par les mots

C’est vrai, vivre la guerre est une chose dou­lou­reuse et dif­ficile, mais la vivre après la guerre, c’est la chose la plus dou­lou­reuse et difficile.

Malgré la grande tris­tesse, il nous restera un sen­timent d’espoir et d’amour de la vie qui peut-​​être devient plus belle dans les pro­chains jours.

Un sentiment d’espoir que leur armes ne peuvent pas tuer.

Nous espérons vivre en paix comme les autres, sans guerre, sans haine, sans souf­france et sans peine……

Nahla Al Zytonia

4 ème année, Département de français, Université Al-​​Aqsa, Gaza

Mon histoire dans la guerre

Seeren Al-​​Hassant

Mercredi 30 décembre 2009

Je tiens à vous écrire mon his­toire dans la guerre et les chan­ge­ments pro­duits dans ma vie.

C’est vrai que je ne peux pas vous raconter toute l’histoire en détail mais j’aimerais bien que vous m’écoutiez jusqu’à la fin.

Avant la guerre, j’ai vécu à la maison avec ma famille com­posée de mes parents, mes sœurs et mon frère dans un village appelée Maghraqa, près de la colonie de Net­zarim, nous vivons la sta­bilité avant l’agression israé­lienne sur la bande de Gaza .

Mais cela n’a pas duré longtemps.

Pendant la guerre tout a changé pour moi et pour toute ma famille et nos espoirs de vie sont détruits.

Dans la guerre que nous vivons, la peur et l’horreur chaque jour, nous nous sommes réveillés par les bom­bar­de­ments partout dans le quartier où on habite.

Et avant de s’échapper dehors, les avions ont lancé une bombe sur notre maison et rapi­dement on est sorti en laissant tout der­rière nous.

Jamais je ne peux oublier ce jour où j’ai été moi et ma famille pas très loin de la mort.

Des avions israé­liens ont tiré des bombes de phos­phore, on ne sait plus où aller et quoi faire, nous avons passé la journée sous le toit de la mort.

A la fin de la guerre, nous sommes retournés à notre quartier et nous avons été choqués car nous avons pas trouvé notre maison que nous avions quittée, mais nous avons trouvé un incendie dévas­tateur et les flammes n’ont rien laissé.

Oui nous avons été choqués, surtout ma mère qui ne savait pas quoi faire quand on a passé un moment chez mes grands-​​parents avant de louer une maison.

Et bien que je vive main­tenant une vie un peu dif­ficile, j’espère que les choses vont changer, et qu’on pourra trouver l’indépendance de la Palestine . Seeren Al-​​Hassant, 2ème année, dépar­tement de français, Uni­versité Al-Aqsa,Gaza

L’écho de la guerre

Mohammed Abou Moelek

Mercredi 30 décembre 2009

Les moments, les heures, les jours, même les mois sont passés, et il nous reste seulement les sou­venirs, les bons et les mauvais.

Un an après l’agression cri­mi­nelle contre la bande de Gaza qui ne diffère pas beaucoup de ces guerres que les pays arabes ont subi depuis la seconde guerre mondiale.

Il me faut absolument mettre en perspective le déroulement des événements.

Au début, l’attaque mili­taire d’Israël sur Gaza a débuté le samedi 27 décembre 2008, qui a été appelé le Samedi Noir, après cette guerre. Il était environ onze heures et demi. Soudain, on entend le bruit d’une explosion : pour nous les citoyens et comme d’habitude, il nous paraît que c’était un entraî­nement mili­taire. Quelques ins­tants plus tard, le bruit d’un immense autre bom­bar­dement. A ce moment là, on était certain qu’il y avait une attaque contre Gaza.

Les citoyens courent aux rues, les fumées aug­mentent au ciel, et les ambu­lances roulent partout ; un cas de confusion était remarqué chez les Pales­ti­niens, dizaines de martyrs, et cen­taines de blessés (dont la majorité est gra­vement blessée)

Les avions conti­nuent à cibler les objectifs pales­ti­niens dont la plupart sont civils.

Ils ont attaqué les maisons, les sites gou­ver­ne­mentaux, les écoles, les hôpitaux, même les mos­quées ne sur­vi­vaient pas aux mis­siles agres­seurs, ils ont détruit tout.

Aux hôpitaux, manque de médi­ca­ments, les lits ont été exhaussés, et d’une façon affreuse, les cadavres ont été jetés par terre.

La guerre s’intensifie, les Israé­liens com­mencent leur invasion ter­restre, après qu’elle était aérienne.

La suc­cession des mis­siles israé­liens fait peur aux citoyens,surtout les mis­siles au phos­phore qui sont interdits dans le monde entier. Ici une nou­velle immi­gration de Pales­ti­niens a com­mencé vers les écoles publiques, mais les mis­siles les chassent et com­mencent à tomber sur eux. Les citoyens effrayés ont déménagé vers la mer en la consi­dérant comme leur dernier refuge devant cette agression barbare.

Au contraire, ils ont été reçus par des mis­siles mari­times lancés par des bateaux mili­taires, les citoyens isolés ont bougé vers le milieu de la bande de Gaza.

En fait, dans ces moments-​​là, il n’y a pas ni d’eau, ni d’électricité, ni d’essence, ni même de pain. On est presque arrivé à une famine dans la bande de Gaza.

Comme résultat de cette guerre, on a 1100 martyrs dont plus de 300 enfants, une cen­taine de femmes et 4700 blessés.

En plus, Israël bloque tou­jours l’accès devant les aides envoyées par des soli­daires arabes et étrangers de toutes les nationalités.

Ensuite on remarque l’endurance popu­laire et sa volonté de résister ; on note la rapidité de l’intensité des réac­tions et les mobi­li­sa­tions popu­laires arabes et mon­diales ; et l’insistance jamais vue aupa­ravant de continuer les mani­fes­ta­tions de soutien jusqu’à tenir en échec l’agresseur. En bref, on peut dire que la réaction popu­laire arabe et isla­mique a été très rapide et a eu un impact fort, ce qui a conduit à accé­lérer la retraite israé­lienne de la bande de Gaza.

Encore parmi les consé­quences de cette guerre : les deux sec­teurs les plus impor­tants, qui sont le secteur agricole et indus­triel, ont tota­lement été détruits à cause des attaques israéliennes.Toutes les usines et les fermes ont été ciblées par les chars israéliens.

Bien qu’on soit un peuple qui appelle tou­jours la paix et qui a la culture de la paix, on défend nos droits selon cette culture. Et étant la victime de l’agression et la partie la plus faible mili­tai­rement, on était encore dans l’obligation de résister contre notre agresseur par notre sang, notre chair, notre déter­mi­nation et la jus­tesse de notre cause.

La guerre est terminée, mais il me reste un peu de souvenirs à raconter.

Un jour pendant l’agression israé­lienne à Gaza, les chars ont bom­bardé la maison de mon voisin, il était aussi mon ami, il s’appelait Rami, il était très proche de moi, quelques ins­tants après le bom­bar­dement, on est tous allés chercher Rami et sa famille.

Mal­heu­reu­sement, on a rien trouvé, toute la maison était détruite, en effet, on a trouvé seulement des décombres, et entre les ruines, j’étais choqué en trouvant ces cadavres brûlés.

Pour la vie, entre les années 2008/​2009, le peuple pales­tinien a vécu une période très dif­ficile même inou­bliable (car il n’y a pas aucune res­source de la vie, ni d’électricité, ni d’eau, ni de nour­riture, ni d’essence).

Main­tenant, et surtout après la guerre, la vie à Gaza a tel­lement changé : d’un côté au niveau écono­mique, poli­tique et indus­triel, d’un autre côté, au niveau de moral. Même si cette guerre était sau­va­gerie et bar­barie et a détruit tout l’infrastructure pales­ti­nienne, on avoue que cette guerre nous a donné la volonté, et nous a enseigné la patience et la puis­sance, en outre elle nous a permis de diriger dans tous les cas, en bref, compter sur nous-​​même.

Donc, la triple guerre israé­lienne air, mer, et terre est ter­minée, la vie continue, les élèves reviennent à leurs écoles, soit dans des tentes, soit dans leurs classes par­tiel­lement détruites, alors on peut dire que la vie aujourd’hui à Gaza est assez opti­miste grâce à la volonté pales­ti­nienne qui garde tou­jours l’espoir de continuer et vivre en paix.

Les Pales­ti­niens restent sur leur terre dans des tentes, en disant à leur agresseur qu’il n’aura jamais une nou­velle immi­gration comme en 1948.

Pendant ce temps, les enfants s’amusent et jouent sur les décombres et les ruines de leurs maisons, en envoyant un petit message à leur agresseur et à tout le monde : vous ne pourrez jamais voler notre sourire……

Mohammed Abou Moelek,

4ème année, Département de français, Université Al-​​aqsa, Gaza

Les étudiants du département de français, en Novembre 2009