Les colons religieux

Plateforme des ONG françaises pour la Palestine, jeudi 4 mars 2010

Dès les pre­mières décla­ra­tions amé­ri­caines sur la nécessité de mettre un terme à la colo­ni­sation des ter­ri­toires occupés, les colons reli­gieux ont montré une capacité d’action qui peut peser lour­dement contre la réa­li­sation d’une paix juste et durable. Très orga­nisés, ils dis­posent de solides sou­tiens au sein du par­lement, du gou­ver­nement et de l’armée. Leur nature et his­toire sont tou­tefois com­plexes. Infos Palestine analyse les objectifs de leur mou­vement.  [1]

Un mou­vement hété­rogène

Parmi les colons reli­gieux, deux mou­ve­ments sont à dis­tinguer : les nationalistes-​​religieux et les ultra-​​orthodoxes.

Le courant nationaliste-​​religieux : radicalisation et division

A ses débuts menée par les Israé­liens laïques, la colo­ni­sation est depuis les années 80 le fait des colons nationalistes-​​religieux, par­tisans de l’établissement de colonies en Judée-​​Samarie biblique (Cis­jor­danie actuelle). Fidèles à l’Etat d’Israël, effec­tuant leur service mili­taire, ils com­mencent à s’organiser dès 1974 en créant Gush Emunim (le Bloc de la foi) dont le slogan était « la terre d’Israël, pour le peuple d’Israël, selon la Torah d’Israël ». Ils n’ont cessé de gagner de l’importance depuis, avec le soutien des gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs. La signature des Accords d’Oslo va tou­tefois pro­voquer leur pre­mière cassure avec l’Etat laïque. Cette oppo­sition est concré­tisée par l’assassinat d’Yitzhak Rabin par un militant d’extrême droite en 1992 et le meurtre de 29 Pales­ti­niens par Baruch Gold­stein (membre de la Ligue de Défense Juive) à Hébron en 1994. Le désen­ga­gement israélien de la bande de Gaza va encore accroître cette coupure avec l’Etat israélien et pro­voquer une scission entre ceux qui restent fidèles à l’Etat israélien et ceux qui placent la colo­ni­sation au dessus des ins­ti­tu­tions étatiques.

Les colons nationalistes-​​religieux sont à l’origine des « avant-​​postes » en Cis­jor­danie, colonies non offi­cielles et non reconnues par le gou­ver­nement israélien mais établies avec sa bien­veillance. En majorité situés du côté Est du Mur, tous les avant-​​postes construits avant 2001 auraient dus être déman­telés selon la feuille de route, seuls quelques-​​uns l’ont été. Ils sont devenus un véri­table enjeu entre les colons et le pouvoir israélien et sont l’objet d’une récente radi­ca­li­sation qu’incarne la pra­tique du « prix à payer » (price tag) mise en place depuis un an par les plus radicaux des colons. Cette pra­tique consiste à « faire payer » par la vio­lence aux vil­lages pales­ti­niens le déman­tè­lement d’un avant-​​poste par l’armée israé­lienne. Cette radi­ca­li­sation a pro­voqué la démission de Pinhas Wal­ler­stein, secré­taire général de Yesha, l’organe repré­sen­tatif des colons israé­liens de Cisjordanie.

Le courant ultra-​​orthodoxe : politisation récente

La majorité des colons est constituée des ultra-​​orthodoxes. Exemptés de servir dans l’armée, ils se dif­fé­ren­cient du courant nationaliste-​​religieux par un plus grand éloi­gnement de l’Etat d’Israël pour des raisons reli­gieuses. Leur pré­sence dans les colonies est davantage motivée par des raisons sociales et finan­cières plutôt que poli­tiques, prin­ci­pa­lement à partir des années 90, époque où Ben­jamin Neta­nyahou accepte de sou­tenir finan­ciè­rement leur ins­tal­lation dans les colonies. Depuis cette époque, la crois­sance de ces colonies a été expo­nen­tielle. Ainsi, la colonie de Beitar Illit est par exemple passée en une décennie de 35 000 à 100 000 colons ultra-​​orthodoxes tout comme celle de Modiin Illit, dont un des habi­tants déclarait  : « nous ne sommes pas ici pour des ques­tions idéo­lo­giques, nous sommes là car le gou­ver­nement nous y a envoyés ». 90% des colons ultra-​​orthodoxes vivent dans les blocs de colonies entourés par le Mur, en ter­ri­toire pales­tinien. Le lien avec le courant nationaliste-​​religieux est tou­tefois de plus en plus fort, notamment suite à la remise en question de la « crois­sance natu­relle  » et aux confron­ta­tions avec la popu­lation pales­ti­nienne vivant autour de leurs colonies.

Les lebviers d’action des colons

La vie politique

La vic­toire du Likoud en février 2009 a ren­forcé l’influence du courant nationaliste-​​religieux sur la scène poli­tique israé­lienne. 26 des 65 députés appar­tenant à la coa­lition gou­ver­ne­mentale menée par le Likoud sont issus de la droite reli­gieuse. Plu­sieurs postes clefs du gou­ver­nement sont tenus par des nationalistes-​​religieux dont celui du Ministre de la Justice. Ce mou­vement cor­respond à la volonté des diri­geants nationalistes-​​religieux d’exercer désormais leur influence au sein des partis dominants.

L’armée

Autrefois com­posée de recrues issues des milieux laïques des Kib­boutz, l’armée israé­lienne est de plus en plus marquée par les idées du courant nationaliste-​​religieux. 30% des offi­ciers de l’armée appar­tien­draient à ce mou­vement. Les soldats d’un bataillon de l’armée israé­lienne ont déployé en octobre 2009 une ban­derole, à propos d’un avant-​​poste en Cis­jor­danie, qui indi­quait : “le bataillon Shimshon n’évacuera pas Homesh”. Si ce type de mani­fes­tation a créé un important débat en Israël, la question de la fidélité de l’armée in fine quant à une éven­tuelle évacuation des colonies de Cis­jor­danie ne semble pas encore posée.

Le système éducatif

Les nationalistes-​​religieux et les ultra-​​orthodoxes sont lar­gement pré­sents dans le système éducatif israélien. Ils font fonc­tionner un système éducatif séparé de l’éducation publique, mais financé par des fonds publics. En 2025, 22% des élèves israé­liens seront sco­la­risés dans leurs écoles.

Les modes d’action des colons

Le mou­vement nationaliste-​​religieux considère la popu­lation pales­ti­nienne comme un obs­tacle à l’appropriation de la terre de la Judée et Samarie biblique (Cis­jor­danie actuelle). Cer­tains diri­geants prônent le recours à la vio­lence, d’autres à une poli­tique de har­cè­lement envers les Pales­ti­niens tels que le déra­ci­nement des oli­viers, les incendie des champs…plus par­ti­cu­liè­rement pendant la saison de la récolte des olives. Dans cer­tains cas, cette vio­lence est dirigée contre les auto­rités israé­liennes. A chaque ten­tative d’évacuation (d’un avant-​​poste ou d’une maison pales­ti­nienne occupée par des colons, comme à Hébron), un fort mou­vement de résis­tance de jeunes colons s’organise. Les confron­ta­tions sont à chaque fois plus vio­lentes. Depuis un an, le moyen de pression des colons est aussi appelé la pra­tique du « prix à payer » (cf. supra).

En dépit de ces ten­sions, la col­la­bo­ration reste forte entre nationalistes-​​religieux et armée israé­lienne, notamment à Naplouse et surtout à Hébron où 1 500 soldats encadrent 600 colons, parmi les plus déter­minés de Cisjordanie.

La (non) réponse des autorités israéliennes

Jusqu’à présent, le gou­ver­nement israélien n’a pris aucune action majeure pour mettre un terme aux actions des colons. Seuls de forts moments de tension très loca­lisés ont entraîné une réaction ponc­tuelle du gou­ver­nement qui continue au contraire de sou­tenir le système de la colo­ni­sation en place. En mars 2009, l’association israé­lienne Peace Now a annoncé que le gou­ver­nement israélien allait doubler le nombre de colons. L’Etat encourage l’installation dans les colonies par des aides au logement, des prêts à taux pré­fé­rentiel et des réduc­tions d’impôt. Peu de temps après l’annonce du gel de la colo­ni­sation par Ben­jamin Neta­nyahou, le gou­ver­nement israélien a pris la décision de classer 90 colonies parmi les zones d’investissement prio­ri­taire qui devraient recevoir un soutien financier de l’Etat en matière de logement, d’éducation, d’équipement et d’emploi.

[1] Source : Central Bureau Of Sta­tistics  –  Government of Israel