Les colons, fer de lance de la politique israélienne ?

Sylviane De Wangen, Pour la Palestine n°47, lundi 24 octobre 2005

Colons /

Le retrait israélien de la bande de Gaza a bien eu lieu durant l’été. Durant de longues semaines, il a béné­ficié d’une cou­verture média­tique excep­tion­nelle, soi­gneu­sement mise en scène et dra­ma­tisée par le gou­ver­nement israélien - laissant envi­sager que sa réa­li­sation pourrait être impossible.

Mais quand les opé­ra­tions de déman­tè­lement des colonies ont com­mencé, elles se sont déroulées en un temps record et sans incident réel. Ariel Sharon, soumis par son ami G.W. Bush à une obli­gation de résultat, en avait ainsi décidé. L’opinion publique mon­diale a souvent découvert, à cette occasion, la capacité de mobi­li­sation et l’efficacité des colons mes­sia­niques. Ces der­niers ont mesuré, eux aussi, leur puis­sance. Ariel Sharon aura besoin, demain, pour réa­liser son plan d’annexion en Cis­jor­danie, de ce mou­vement qui contrôle aujourd’hui la quasi totalité des colonies. Cet article analyse son rôle en Palestine, son évolution et celle de ses liens avec le pouvoir poli­tique israélien. Dans le pro­chain PLP, nous cher­cherons à évaluer les forces en pré­sence, la place du mou­vement des colons dans la société israé­lienne et son impact sur l’avenir de la Palestine.

L’histoire du mou­vement des colons dans ses dif­fé­rentes rami­fi­ca­tions est aussi celle de la colo­ni­sation de la Palestine par l’Etat d’Israël. C’est celle de ses rela­tions intimes avec le mou­vement sio­niste et les gou­ver­ne­ments israé­liens suc­cessifs. Ceux-​​ci ont tous en effet déve­loppé, dès le début, la colo­ni­sation des ter­ri­toires pales­ti­niens. Mais à côté d’une colo­ni­sation favo­risée par d’importantes aides écono­miques per­mettant l’implantation d’un tissu dense de popu­lation dans les ter­ri­toires occupés, en par­ti­culier dans et autour de Jéru­salem, et à côté des dis­cours offi­ciels mixant rhé­to­rique sécu­ri­taire et dis­cours bien­veillants sur les « pion­niers » du « Grand Israël », s’est aussi constitué un mou­vement idéo­lo­gique de colons. Comment ses branches les plus radi­cales veulent-​​elles trans­former de façon « révo­lu­tion­naire » le projet national israélien et comment réagissent le monde poli­tique et la société en Israël ? Des ques­tions qui, de façon assez schi­zo­phré­nique, touchent à la sub­stance du projet national israélien, et à l’avenir de l’Etat d’Israël. Elles concernent par contrecoup aussi l’avenir des Pales­ti­niens et de l’Etat de Palestine.

Quand le sionisme rencontre la religion

A l’origine, le mou­vement sio­niste se définit comme mou­vement national, qui se veut moderne et a-​​religieux pour ne pas dire anti-​​religieux. Les reli­gieux, askhé­nazes d’Europe orientale, le voient comme un ennemi cher­chant à rem­placer la religion par un projet national. Mais le premier grand rabbin de Palestine, Abraham Hacohen Kook (18651935) va, dans les années 30, repré­senter la syn­thèse entre sio­nisme et judaïsme reli­gieux en faisant du sio­nisme, cette idéo­logie laïque qu’il voit comme « l’antichambre de l’ère mes­sia­nique », « un élément de la théo­logie juive » [1]. Un certain prag­ma­tisme a carac­térisé le mou­vement sio­niste ; s’il aspirait à établir un Etat sur un ter­ri­toire plus étendu que celui du plan de partage ou même que l’actuel Etat d’Israël [2], s’est cependant imposée à lui l’idée de « conquête gra­duelle ». La « Décla­ration d’indépendance » de l’Etat d’Israël se garde d’ailleurs de définir les fron­tières du nouvel Etat. La vic­toire israé­lienne du 10 juin 1967 met le pays dans un état d’euphorie ; Israël contrôle un ter­ri­toire trois fois plus grand : tout le Sinaï et la bande de Gaza, le plateau du Golan et surtout la Cis­jor­danie et la partie orientale de Jéru­salem. D’un côté, ils peuvent se rendre, sans d’ailleurs ren­contrer l’hostilité des Pales­ti­niens, dans tous les lieux saints de l’histoire juive ; de l’autre, la question de la colo­ni­sation de ce ter­ri­toire occupé est aus­sitôt posée. La question démo­gra­phique divise. Cer­tains socia­listes sio­nistes pensent qu’il faut garder une partie des ter­ri­toires récemment conquis mais pas tous car ils craignent que la pré­sence d’un grand nombre de Pales­ti­niens fasse perdre à Israël - où reste une minorité de Palestiniens-​​ son « caractère juif » voire l’entraîne vers un Etat bi-​​national. Le général Yigal Allon, per­son­nalité mili­taire et poli­tique tra­vailliste (nommé peu après vice-​​Premier ministre), pré­sente un plan de colonisation [3] dont les prin­cipes visent, au nom d’arguments sécu­ri­taires, excepté la région de Jéru­salem, les zones les moins den­sément peu­plées. Des prin­cipes qui gui­deront les gou­ver­ne­ments tra­vaillistes jusqu’à l’arrivée au pouvoir de la droite en 1977. Mais au sein de la mou­vance socia­liste, un mou­vement s’oppose à toute par­tition de ce qu’il nomme le « Grand Israël », le « Mou­vement pour le Grand Israël » qui exercera désormais une pression constante pour pro­mouvoir la colo­ni­sation de toute la Cis­jor­danie. Les rares Israé­liens qui, tel le pro­fesseur Yeshayahu Lei­bowitz, reli­gieux orthodoxe res­pecté, pré­disent dès le début le déclin moral et la per­version des « valeurs juives » si Israël occupe par la vio­lence et contrôle un autre peuple, demeurent très isolés.

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La colonie de Kfar Darom (Gaza), transformée en forteresse, aujourd’hui évacuée

Au-​​delà du « débat » parmi les « laïcs », les étudiants d’une école tal­mu­dique, la yeshiva du Mercaz Harav, sous la direction de leur rabbin, Tsvi Yehuda Kook (18911982), fils du rabbin Abraham Kook, n’ont eux aucun doute. Pour Kook, « le retour en Eretz Israël, la terre d’Israël, même accompli par les Juifs les plus laïcs, est le premier stade de la rédemption. Les plus mécréants d’entre eux ne le savent pas, mais ils sont l’instrument de la volonté divine. Ainsi, l’Etat est ‘sacré’, comme l’institution chargée de la défendre, Tsahal, l’armée d’Israël. »  [4] Pour eux, la rédemption com­plète repose sur trois piliers : le peuple (« le retour des exilés »), la terre (« Eretz Israël ») et la Torah. Une doc­trine en rupture avec celle des juifs ortho­doxes qui refusent de vouloir ainsi anti­ciper la venue du Messie et refusent l’autorité de l’Etat d’Israël. La conquête de 1967 apparaît à ces jeunes comme la réa­li­sation de la pré­diction de leur rabbin, un signe de Dieu qui leur impose de s’installer pour tou­jours dans « Eretz Israël ».

Le projet poli­tique des diri­geants israé­liens, à l’encontre de la légalité inter­na­tionale, se heurte à la résis­tance pales­ti­nienne. Mais les reli­gieux sio­nistes avec leur vision mes­sia­nique de la conquête vont les aider. La colo­ni­sation de la Palestine se fonde sur une sorte de sym­biose de fait entre une volonté poli­tique « laïque » et une vision messianique.

Argument sécuritaire et fait accompli

Avant même l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU de la réso­lution 242 et peu après la publi­cation du plan d’Yigal Allon, Hanan Porat et les étudiants de la yeshiva du Mercav Harav, obtiennent l’accord du Premier ministre Levi Eshkol pour créer (le 28 sep­tembre) la pre­mière colonie en Cis­jor­danie : Kfar Etzion. Pour pré­venir une pro­tes­tation inter­na­tionale, le gou­ver­nement invoque des néces­sités sécu­ri­taires. Argument qui « sert » encore aujourd’hui. « L’acte fon­dateur de la colo­ni­sation idéo­lo­gique était posé. » [5]

La deuxième étape se situe en avril 1968, au coeur de la ville arabe d’Hébron, où vit une dense popu­lation pales­ti­nienne. A l’initiative du rabbin Moshe Levinger, dis­ciple du rabbin Kook. Les pre­mières ten­ta­tives de convaincre le gou­ver­nement ayant échoué, le rabbin Levinger choisit le fait accompli. Moshe Dayan, l’homme fort de la Guerre des Six jours et du gou­ver­nement, n’accepte offi­ciel­lement pas ce défi mais les colons sont sou­tenus par Yigal Allon. Une yeshiva est implantée dans les bâti­ments du gou­verneur mili­taire et, en 1970, une ville est créée juste à côté de la ville d’Hébron. C’est Kyriat Arba.

Alors que la bande de Gaza compte déjà 700 colons dans le cadre du plan Allon, la Cis­jor­danie est au début qua­siment vide de colonies à l’exception du Goush Etzion et de Kyriat Arba. Le troi­sième objectif se situe au nord de la Cis­jor­danie et ils jettent leur dévolu sur la région de Naplouse où ils veulent implanter une colonie qu’ils appel­leront Elon Moreh. Benny Kat­sover et Menahem Felix, colons de Kyriat Arba, recrutent un noyau dur de colons idéo­lo­giques et prennent des contacts tous azimuts avec les auto­rités gou­ver­ne­men­tales et reli­gieuses où ils ren­contrent des oppo­si­tions y compris dans un premier temps du rabbin Kook. Ariel Sharon, com­mandant mili­taire de la région sud qui vient de quitter l’armée, leur apporte son soutien. En janvier 1974, le groupe s’installe sans auto­ri­sation, et Yitzhak Rabin les déloge dans un premier temps. Le groupe est rejoint par un nouveau mou­vement, le « Goush Emounim » (« Bloc de la foi ») créé à Kfar Etzion le 30 janvier 1974 par Hanan Porat et Moshe Levinger au nom d’« un sio­nisme de rédemption en oppo­sition au sio­nisme de refuge ». Il prendra le relais du « Mou­vement pour le grand Israël » comme lobby de la colo­ni­sation. Le 8 décembre 1975, Rabin (dont Sharon vient d’être nommé conseiller à la sécurité) leur propose de s’installer dans le camp mili­taire de Kadoum. « Le Goush Emounim a appris les fon­da­mentaux de sa lutte : le fait accompli, l’organisation, la déter­mi­nation et le lob­bying poli­tique. » [6]

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© Jérome Equer, in Gaza, la vie en cage.
Serres dans une colonie de Gaza

La montée en puissance du Goush Emounim

En 1977, la droite arrive au pouvoir. Menahem Begin est contraint de signer les accords de Camp David de 1979 et d’évacuer les colonies du Sinaï. Il fait accepter l’accord par la droite contre la pro­messe de ren­forcer en Cis­jor­danie la colo­ni­sation qui s’est déve­loppée durant les gou­ver­ne­ments pré­cé­dents selon les axes du plan Allon. Le gou­ver­nement lance un nouveau pro­gramme de construction en Cis­jor­danie et ins­titue des conseils chargés d’administrer les colonies dans le ter­ri­toire pales­tinien. Leur direction est souvent assurée par le Goush Emounim, qui reçoit des fonds du gou­ver­nement, les­quels tran­sitent par l’Organisation sio­niste mon­diale. La colo­ni­sation fonc­tionne à plein régime, avec l’accord bien­veillant de la Cour suprême. Une loi ottomane de 1858, reprise par les Bri­tan­niques, qui permet de déclarer « terre doma­niale » toute terre non cultivée pendant trois ans consé­cutifs, ou éloignée de tout lieu d’habitation (avec une défi­nition très extensive), sau­ve­garde une appa­rence de légalité. Selon l’organisation israé­lienne des droits humains, B’Tselem, 90% des colonies de Cis­jor­danie sont aujourd’hui ins­tallées sur des terres dites « doma­niales ». Le Goush Emounim s’efface petit à petit devant le « Conseil des implan­ta­tions juives, de Judée-​​Samarie et Gaza » (Yesha) créé en 1980 qui regroupe les élus des conseils régionaux et locaux et repré­sente toutes les colonies. Cer­tains de ses membres appar­tiennent à un orga­nisme qui s’occupe de nou­velles construc­tions sur le terrain avec les colons reli­gieux les plus déter­minés, « Amana » dirigé par Zeev Hever, dit Zambish. Amana se charge de créer les faits accomplis sur le terrain, appelés « avant-​​postes illégaux », ensuite « pro­tégés  » et reliés aux réseaux d’eau et d’électricité par le gouvernement. [7]

Ariel Sharon, ministre de l’Agriculture de Menahem Begin et soutien du Goush Emounim et du Conseil de Yesha, organise le transfert des fonds vers le dépar­tement « implan­ta­tions » de l’Organisation sio­niste mon­diale et gère les « terres doma­niales ». Il met en oeuvre le plan Dro­bless, chef du dépar­tement « implan­ta­tions » de l’OSM, pré­senté en 1978, qui vise la construction de colonies à proximité des loca­lités pales­ti­niennes au coeur de la Cis­jor­danie. Aux colonies s’ajoute un réseau de routes qui assurent la liaison entre Israël et le ter­ri­toire pales­tinien. Il s’agit d’« effacer la Ligne Verte ». Puis de construire un Mur dit de « sépa­ration » qui en réalité annexe des terres pales­ti­niennes… « Entre l’armée et les colons, note Uri Avnery, une réelle sym­biose s’est opérée. De nom­breux colons sont offi­ciers dans l’armée, l’armée a lour­dement armé les colonies au nom de la ‘défense ter­ri­to­riale’. Un effort soutenu a été fait par le camp national reli­gieux pour infiltrer les rangs infé­rieurs, moyens et supé­rieurs du corps des offi­ciers et pour combler la brèche laissée à gauche par les kiboutznik qui ont tout sim­plement disparu des rangs. La création de ‘l’arrangement yeshivot’, des unités homo­gènes qui obéissent à leurs rabbins nationaux reli­gieux, a été une tra­hison des valeurs cen­trales de l’armée nationale - plus encore que l’exemption du service mili­taire obli­ga­toire de dizaines de mil­liers d’élèves des sémi­naires orthodoxes » [8].

La dérive théocratique, et fascisante : de Kook à Kahana

C’est donc l’accord parfait entre le gou­ver­nement, l’armée et les colons « idéo­lo­giques  ». A côté des colonies dites « écono­miques », notamment celles implantées à la faveur du plan Allon, le travail idéo­lo­gique est intense dans les colonies reli­gieuses. Cer­tains « laïcs » sont convertis à la pensée mes­sia­nique. A Gaza comme en Cis­jor­danie, à l’exception des zones de la Ligne Verte, et d’une grande partie de Jéru­salem, l’idéologie « reli­gieuse » carac­térise les colonies. Mais aussi la pensée « mes­sia­nique » se radi­calise, surtout depuis les années 90. Pour ses dis­ciples, « les lois de Dieu sont au-​​dessus des lois de l’Etat » [9] : « Sans sacrifice pour Eretz Israël, il n’y aurait plus d’Eretz Israël », « Mourir pour Dieu et la terre d’Israël, en com­battant, c’est une élévation » [10]. Et les thèses de Meir Kahana, rabbin pré­di­cateur raciste, font leur chemin. Fon­dateur du mou­vement Kach (« C’est ainsi ») - déclaré illégal en Israël - Kahana, assassiné à New-​​York en 1990, prônait la sanc­ti­fi­cation du nom de Dieu par la vio­lence, l’expulsion ou, à défaut, l’assassinat, des « non Juifs » (en premier lieu les Arabes) vivant en Israël et dans le ter­ri­toire pales­tinien ainsi que l’instauration d’une théo­cratie. Un mou­vement fas­ciste et actif, même si très mino­ri­taire. En par­ti­culier en sont issus Baroukh Gol­stein, l’auteur du mas­sacre de la mosquée du tombeau d’Abraham à Hébron en février 1994, et ceux que l’on appelle aujourd’hui les « gens des col­lines », parmi les­quels surtout des jeunes. Ils prônent la « ven­geance » dans le sang. Des posters portant le por­trait de Kahana sont affichés un peu partout en Israël même, des ins­crip­tions « mort aux Arabes » fleu­rissent. « Parmi les colons, le noyau dur des extré­mistes est en Samarie, pas au Goush Katif… Tsahal et la police sont vus par ces ‘gens des col­lines’ comme les repré­sen­tants d’un pouvoir ennemi. » [11].

La société israélienne face à cette dérive

Pour cette mou­vance, le retrait des colonies israé­liennes de la bande de Gaza était un crime. D’où les appels à la déso­béis­sance, voire les menaces, les insultes contre l’Etat et contre les soldats, ce qui fait écrire à Zvi Bar’el : « Le peuple d’Israël, depuis la création de l’Etat, a dans son immense majorité fait du jeu poli­tique le champ de bataille légitime. Une armée juive secrète ? Les Fidèles du Mont du Temple ? La jeu­nesse des col­lines ? Des assassins juifs ? Ceux-​​là étaient à la marge de la marge, une marge hal­lu­cinée et déli­rante. Mais que faire si cette marge se met en branle,… Que faire si ce sont aujourd’hui des ‘citoyens com­pa­tis­sants’ comme le leader des colons Pinhas Wal­len­stein ou le député d’extrême droite Zvi Hendel qui jouent le rôle habi­tuel­lement joué par les dingues ? Que faire quand l’extrémisme devient le centre ? » [12] Malgré la place dont ils ont béné­ficié dans les médias publics israé­liens, malgré le matra­quage média­tique en leur faveur, ces extré­mistes n’ont pas été suivis. Et de nom­breuses voix s’élèvent pour mettre en garde contre un risque de dérive : malgré sa qua­li­fi­cation d’« orga­ni­sation ter­ro­riste » et son inter­diction, le Kach conserve toute latitude pour pour­suivre son action illégale.

Uri Avnery, lui, se sou­vient : « Au cours des der­nières années de la Répu­blique alle­mande de Weimar, une de ses carac­té­ris­tiques a été l’attitude tolé­rante des tri­bunaux envers les voyous nazis qui pro­vo­quaient des émeutes, frap­paient les pas­sants à l’air juif, orga­ni­saient des batailles de rue avec les com­mu­nistes, bles­saient et tuaient. Ceux-​​ci s’en tiraient inva­ria­blement avec des peines légères. Les juges les trai­taient de bons garçons égarés, de vrais patriotes qui en fai­saient trop. Les anti­nazis, en revanche, quand ils étaient accusés du même com­por­tement, étaient sévè­rement punis. » [13] Et de com­parer cette situation avec celle d’Israël aujourd’hui. Qu’en sera-​​t-​​il demain ? Soit le retrait de Gaza devient un premier pas vers une pour­suite du déman­tè­lement des colonies, et l’espoir est encore permis. Soit au contraire, comme Ariel Sharon le dit, il s’agit d’assurer l’emprise israé­lienne en Cis­jor­danie. Et il aura encore besoin des colons idéo­lo­giques mes­sia­niques gan­grenés par les extré­mistes kaha­nistes. Et le pire est alors à attendre pour les Pales­ti­niens, mais aussi pour l’Etat d’Israël lui-​​même.

Sylviane de Wangen

[1] Voir : Cahier de for­mation n°10 de l’AFPS : compte-​​​​rendu de la confé­rence du 20 mars 2003 de Michel Warshawski.

[2] Avec la Cis­jor­danie, la bande de Gaza, une partie du Liban, une partie de la Syrie dont le plateau du Golan, une partie de la Jor­danie et une partie du Sinaï en Egypte.

[3] Il prévoit une fron­tière sécu­ri­taire à l’est (dont la vallée du Jourdain) d’une ving­taine de kilo­mètres. Il concerne aussi la région de Jéru­salem qui avait été annexée de facto dès le 28 juin 1967, le tracé de la Ligne verte, la bande de Gaza, le plateau du Golan où, dès juillet 1967, les pre­mières colonies sont auto­risées et une partie du Sinaï.

[4] Qui sont les colons ? de Claire Sne­garoff et Michel Blum, Edi­tions Flam­marion, Paris 2005, p. 21

[5] Ibid p. 29

[6] Ibid p. 42

[7] cf. l’article de Uri Avneri 26 mars 2005 « Pavé de mau­vaises inten­tions ». Le rapport que l’avocate Talia Sasson, com­mandé par Ariel Sharon lui même et remis en mars 2005, « établit que tous les avant-​​​​postes ont été ins­tallés illé­ga­lement et que tous les minis­tères du gou­ver­nement et les dépar­te­ments de l’Organisation sio­niste ont coopéré, violant la loi allè­grement. Alors que s’est-il passé ? Rien. Per­sonne n’a été pour­suivi. A peine né, le rapport a été enterré ».

[8] 13 août 2005 « Un miracle de la ruse »

[9] Qui sont les colons ?, cf. supra

[10] ibid

[11] Haaretz du 24 novembre 2004 : « Il est temps d’agir contre les extrê­mistes » de Ze’ev Schiff

[12] Haaretz du 30 juillet 2005 « Les colons déclarent la guerre à l’Etat d’Israël » - Tra­duction : La Paix Maintenant

[13] 28 mai 2005 « Les colons font monter les enchères ».