Les colonies contre la paix

Brigitte Raemo, mercredi 4 juin 2008

Aujourd’hui, le nombre de colons se monte à 495 000 colons en Cis­jor­danie (chiffre cité par la « Foun­dation for Middel-​​East Peace ») dont 220 000 à Jérusalem-​​Est.

Ce dimanche 1er juin, le Répu­blicain Lorrain du 2 juin nous apprend que, à la veille d’une nou­velle ren­contre avec le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas, le premier ministre israélien Ehud Olmert autorise la construction de 121 loge­ments au Jebel Abou Ghneim renommé Har Homa et 763 autres à Pisgat Zeev – pré­ci­sément sur la ceinture de colonies qui boucle Jéru­salem – pour « célébrer la réuni­fi­cation de la ville ». Cette annonce cynique, pro­vo­ca­trice, fait tomber encore un peu plus le masque d’un Israël qui ne veut à aucun prix la paix.

Un peu d’histoire…

Juin 1967 : Israël, du fait de sa vic­toire mili­taire dans la guerre des Six jours, occupe les ter­ri­toires pales­ti­niens : Jérusalem-​​Est, Cis­jor­danie et Gaza (ainsi que le Golan syrien et le Sinaï égyptien). Dès sep­tembre 1967, la pre­mière colonie de peu­plement est établie en Cis­jor­danie, à Kfar Etzion, dans la région d’Hébron ; dans le même temps, le gou­ver­nement tra­vailliste de Levy Eshkol entre­prend la judaï­sation de Jéru­salem annexée.

Depuis, les gou­ver­ne­ments israé­liens, de droite comme de gauche, ont pour­suivi obs­ti­nément la colo­ni­sation des Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés. Entre l’accord d’Oslo de 1993 et l’automne 2002, le nombre de colons a qua­siment doublé, la pro­gression la plus rapide revenant aux gou­ver­ne­ments tra­vaillistes d’Itzhak Rabin - qui avait pourtant annoncé le gel de la colo­ni­sation – et d’Ehoud Barak.

Aujourd’hui, le nombre de colons se monte à 495 000 colons en Cis­jor­danie (chiffre cité par la « Foun­dation for Middel-​​East Peace ») dont 220 000 à Jérusalem-​​Est.

Depuis 41 ans, Israël viole la réso­lution 242 de l’ONU du 22 novembre 1967 qui pose le principe « le retrait des forces armées israé­liennes des ter­ri­toires occupés lors du récent conflit ». Depuis 41 ans, Israël viole l’article 49.6 de la IVème Convention de Genève : « La puis­sance occu­pante ne pourra pas pro­céder à la dépor­tation ou au transfert d’une partie de sa propre popu­lation civile sur le ter­ri­toire occupé par elle. »

La farce tragique du « gel des colonies »

La feuille de route, élaborée par le quar­tette, pose comme principe la conco­mi­tance des exi­gences faites aux pro­ta­go­nistes : Israël doit geler la colo­ni­sation en même temps que les Pales­ti­niens mettent un terme aux actions de type « ter­ro­riste ». La confé­rence d’Annapolis de novembre 2007 –censée pré­parer la paix pour 2008 - reprend l’exigence du gel des colonies.

La confé­rence à peine ter­minée, le gou­ver­nement israélien annonce de nou­velles construc­tions à Har Homa et à Pisgat Zeev ; en mars 2008, la mairie de Jéru­salem annonce à son tour 600 loge­ments nou­veaux à Jérusalem-​​Est, ce plan faisant partie « d’une ini­tiative globale pour la construction de 40 000 unités de logement dans la ville afin de faci­liter à de jeunes couples l’accès au logement ». L’organisation israé­lienne « La Paix main­tenant » révèle dans son dernier rapport « qu’aucun projet de construction n’a été gelé, que les construc­tions se sont pour­suivies sur les sites exis­tants, que des cen­taines de bâti­ments comptant des mil­liers de loge­ments sont en chantier depuis janvier 2008 dans 101 colonies de Cisjordanie »

Toutes ces annonces dis­persées sont en fait l’application d’un pro­gramme concerté, comme le constate Régis Debray : « Ainsi se déve­loppe une colo­ni­sation doublée de travaux d’infrastructures, de cap­tation d’eau, d’occupation des hau­teurs, de rac­cor­de­ments d’une colonie à l’autre, une colonie sauvage qui est très vite officialisée…bref, un pro­cessus qui est un rouleau com­presseur. » Leïla Shahid n’est pas en reste : « je reviens d’un mois en Palestine après quatre ans d’absence…je suis effondrée. J’ai l’impression qu’en quatre ans, c’est devenu qua­siment irré­ver­sible. A com­mencer par Jéru­salem –c’est à Jéru­salem que l’agrandissement des colonies a été le plus important. Si cela continue, il n’y aura plus rien à négocier. »

« Gel des colonies » : assez de mots, des actes.

Le porte-​​parole du dépar­tement amé­ricain se contente de poser une question : « l’annonce du gou­ver­nement israélien (sur les colonies) est-​​elle utile au pro­cessus de paix ? non, elle est inop­portune ». Pour sa part, Nicolas Sarkozy insiste : « En tant qu’ami, je vous dis que la sécurité d’Israël passe par l’arrêt de la colo­ni­sation ». Bernard Kouchner, en visite en Israël et dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés le 22mai dernier, déclare : « rien non plus ne saurait jus­tifier la pour­suite de la colo­ni­sation, obs­tacle à la paix ».

Mes­sieurs les poli­tiques, il y a urgence ; au-​​delà de vos belles paroles, posez enfin des actes, à com­mencer par des sanc­tions à l’encontre d’Israël qui, encouragé par l’impunité totale dont il jouit, ne peut qu’accélérer sa poli­tique des faits accomplis.