Les camps palestiniens au Liban, une « bombe à retardement », selon l’ICG

L’Orient le Jour, samedi 21 février 2009

« Mar­gi­na­lisée, privée des droits fon­da­mentaux poli­tiques et écono­miques, coincée dans les camps, dépourvue de pers­pec­tives (…), lour­dement armée (…), la popu­lation de réfugiés constitue une bombe à retar­dement », affirme l’ICG.

Dans un rapport, le centre basé à Bruxelles estime que les gou­ver­ne­ments libanais suc­cessifs sont lar­gement res­pon­sables de cette situation « catas­tro­phique » dans les camps, établis après la création d’Israël en 1948.

« Mar­gi­na­lisée, privée des droits fon­da­mentaux poli­tiques et écono­miques, coincée dans les camps, dépourvue de pers­pec­tives (…), lour­dement armée (…), la popu­lation de réfugiés constitue une bombe à retar­dement », affirme l’ICG.

Selon l’Agence des Nations unies pour les réfugiés pales­ti­niens (Unrwa), entre 350 000 et 400 000 réfugiés pales­ti­niens vivent au Liban. D’autres esti­ma­tions font état de 200 000 à 250 000 dans la mesure où l’Unrwa ne raye pas de ses listes ceux qui ont émigré. « Au fil des ans, pra­ti­quement rien n’a été fait pour s’atteler vraiment au pro­blème », a indiqué Sahar Atrache, spé­cia­liste du Liban pour l’ICG.

Le Liban, selon le rapport, devrait accorder des droits fon­da­mentaux aux réfugiés, à l’exception du droit de citoyenneté ou de vote, et devrait revoir leur approche sur la sécurité des camps. La coor­di­nation entre l’État et les fac­tions pales­ti­niennes doit également être ren­forcée, note l’ICG. Mais l’oct roi de droits fon­da­mentaux aux Pales­ti­niens pourrait également conduire à leur établis­sement per­manent et modifier l’équilibre démo­gra­phique du pays. « Les Pales­ti­niens sont dans leur majorité musulmans sun­nites et, à mesure que la pers­pective d’un retour en Israël s’amenuise, les craintes d’un établis­sement per­manent ou de leur natu­ra­li­sation aug­mentent », indique l’ICG.

Selon les obser­va­teurs, les diri­geants chré­tiens et le Hez­bollah, sont par­ti­cu­liè­rement inquiets. « Vu la situation poli­tique inté­rieure, tout le monde préfère main­tenir le statu quo », indique M. Atrache.

Les réfugiés pales­ti­niens, contrai­rement aux citoyens libanais, ne peuvent béné­ficier d’une cou­verture médicale gra­tuite ou d’allocations de la Sécurité sociale, même s’ils sont salariés.

Cer­taines pro­fes­sions leur sont également inter­dites, et ils ne sont pas auto­risés à acheter de biens immo­bi­liers ou créer des asso­cia­tions. Le taux de chômage dans les camps dépasse les 60 %, selon l’Unrwa. La situation explosive dans les camps a été mise en lumière en 2007 dans le camp de Nahr el-​​Bared (Nord), où des combats entre le groupe isla­miste Fateh el-​​Islam et l’armée ont fait 400 morts et obligé, pour la pre­mière fois depuis le début de la guerre civile (19751990), les mili­taires libanais à entrer dans un camp.