Les camps de réfugiés palestiniens du Liban

Une situation catastrophique…, dimanche 20 février 2005

Depuis une dizaine d’années, des délé­ga­tions consti­tuées d’abord de membres de l’AMFP puis , à partir de 2001 de l’AFPS, se sont régu­liè­rement rendues dans les camps de réfugiés pales­ti­niens au Liban. Elles ont pu mesurer sur place la réalité vécue au quo­tidien par les familles et apprécier le travail consi­dé­rable effectué par les asso­cia­tions qui sont nos par­te­naires : Beit Atfal Assoumoud, Ajial et Najdeh.

Parmi les 12 camps existant aujourd’hui, ceux que nous avons visités au cours des dif­fé­rents séjours res­semblent à la plupart de ces cein­tures de misère qui entourent les grandes villes du sud de la planète et consti­tuent des réser­voirs de main-d’œuvre jour­na­lière et à bon marché. Mais en plus de la misère, les réfugiés pales­ti­niens qui vivent dans ces camps sont poli­ti­quement exclus et ils sont depuis 56 ans dans l’attente de leur retour dans un pays où ils puissent dis­poser de tous les droits civiques et humains. Nous avons pu constater par nous-​​mêmes que la situation écono­mique et sociale de ces camps malgré les efforts de la popu­lation et des asso­cia­tions qui lui apportent leur soutien n’avait pas cessé de se dégrader. Les causes de cette dégra­dation sont bien connues et ont été dénoncées notamment par Salah Salah dans un numéro de la Revue d’Etudes Pales­ti­niennes (n°23 - prin­temps 2000.

1. L’arrêt des ser­vices et de l’aide de l’OLP depuis les accords d’Oslo en 1993. Jusqu’à cette date, l’OLP avait pris en charge la presque totalité des besoins quo­ti­diens des camps. Depuis 1993, cette aide se réduit presque exclu­si­vement au ver­sement des modestes pen­sions attri­buées aux familles des martyrs.

2. La guerre du Golfe de 1991. Les mil­liers de Pales­ti­niens tra­vaillant dans les pays pro­duc­teurs de pétrole, dont beaucoup pro­ve­naient du Liban, ont perdu leur emploi et ont été contraints de quitter ces pays. Ce fut pour les familles restées au Liban un manque à gagner très important. En outre, l’aide finan­cière versée à l’OLP par les pays arabes a été for­tement réduite en raison du soutien de l’OLP à l’Irak, lors de cette guerre.

3. Les lois et régle­men­ta­tions liba­naises concernant les acti­vités et les dépla­ce­ments des Palestiniens :

- Impos­si­bilité d’obtenir un permis de travail pour 72 métiers,
- Inter­diction d’introduire dans les camps tout matériau pouvant servir à la construction,
- Inter­diction à tout réfugié pales­tinien porteur d’un titre de voyage libanais de quitter le ter­ri­toire libanais ou d’y revenir sans l’obtention d’un visa dont la déli­vrance est pro­vi­soire (6 mois).

4. Dimi­nution gra­duelle des ser­vices assurés par l’UNRWA Ceux-​​ci, dans les dif­fé­rents domaines pour les­quels elle a reçu mandat de l’ONU en 1949 (aide ali­men­taire, infra­struc­tures des camps, santé, éducation) se sont réduits alors même que leur déve­lop­pement n’avait jamais été aussi néces­saire. Cette situation tient surtout à la réduction impor­tante du budget global de cet orga­nisme. Ainsi le rapport de l’UNRWA pour l’ensemble des réfugiés pales­ti­niens au Moyen Orient portant sur la période du 1er juillet 1998 au 30 juin 1999 faisait appa­raître une dimi­nution de 15 % du budget global de l’agence par rapport à la période pré­cé­dente (309 mil­lions de dollars contre 354). La contri­bution de la plupart des Etats ainsi que celle de l’Union euro­péenne a très net­tement diminué pendant la même période. Aujourd’hui les réfugiés craignent que l’UNRWA ne soit en train de liquider gra­duel­lement ses acti­vités. Cela signi­fierait que l’ONU a opté pour l’implantation défi­nitive des réfugiés pales­ti­niens dans les pays d’accueil, et ce en contra­diction avec les réso­lu­tions 194 et 302 de l’ONU. De leur côté, les auto­rités liba­naises, notamment pour éviter que ne soit remis en cause l’équilibre fragile entre les com­mu­nautés, évitent par tous les moyens l’intégration des réfugiés. Les Pales­ti­niens, ils nous l’ont répété, refusent n’importe quelles solu­tions de rem­pla­cement, surtout si celles-​​ci les conduisent à leur anéan­tis­sement poli­tique, social et culturel. Ils exigent, pendant la période tran­si­toire, et tant que le droit intan­gible au retour ne sera pas appliqué, de pouvoir vivre là où ils sont avec une totale dignité. Il est de la res­pon­sa­bilité de l’ensemble de la com­mu­nauté inter­na­tionale et de l’Union Euro­péenne de donner à l’UNRWA tous les moyens per­mettant la réa­li­sation des droits humains fon­da­mentaux (droits écono­miques et sociaux, droits à l’éducation, à la santé…) tout en conti­nuant d’exiger l’application des réso­lu­tions votées par l’ONU concernant le droit au retour des réfugiés.

Francis GRAS ( Président de AFRAN-​​SAUREL, membre du BN de l’AFPS)