Les artistes en Exil s’exposent au Salon d’Automne

Salon d’Automne, vendredi 9 novembre 2007

Les artistes en Exil s’exposent au Salon d’Automne.
L’Exil au Salon d’Automne :
Pro­jection de courts-​​métrages
- Jeru­salem in Exile
- Pro­jection du film de Jessica Habie, Meet Me out of the siege,
le Mardi 13 et le Mercredi 14 Novembre 2007 de 18H à 19H30.
Parmi ces artistes des artistes pales­ti­niens, ira­kiens, kurdes et syriens seront présents.
Exposition du 8 au 18 Novembre 2007 Espace Auteuil - 75016 Paris

Artistes : ABDEL­KAREEM KHALIL (Irakien) ABDEL­RAHMAN KAT­TANANI (Pales­tinien, Chatila) BAHRAM HAJOU (Kurde) HANI ZUROB (Pales­tinien) HAYDAR ALI (Irakien) HUSSEIN SAÏT (Tchét­chène) MOHAMMAD SAMI (Irakien) SALAH ALMA­SOUDI (Irakien) TAYSIR BATNIJI (Pales­tinien) YOUSSEF ABDELKE (Syrien)

Rq : 3 Artistes pales­ti­niens y par­ti­cipent malgré une oppo­sition vive de cer­tains membres du jury


"Pour n’offenser per­sonne, il ne faut avoir que les idées de tout le monde" - Adrien Hel­vétius (1715÷1771) phi­lo­sophe français.

Cette année, comme l’année der­nière, le Salon d’Automne fait encore son cinéma, il va pro­poser à son publique cultivé d’amateur d’arts plas­tiques et visuels une sélection d’œuvres audio­vi­suelles. Le thème que nous avons choisi pour cette nou­velle édition 2007 de notre mani­fes­tation devenue annuelle, est : 

"l’Exil"

Déjà dans l’antiquité grecque les citoyens athé­niens pra­ti­quaient l’ostracisme. Plu­tarque rap­porte dans la vie d’Aristide, (550÷467), comment un paysan illettré lui demande d’écrire pour lui son nom sur l’ostrakon. Mais la gravure sur le jeton de vote indi­quera fina­lement le nom de la per­sonne à ostra­ciser soit "Aristide" homme d’état en personne.

"l’Exil" per­tinent est "l’exil poli­tique", il consiste à devoir quitter son pays d’origine en raison de répression ou de risques de répression exercée contre soi ou ses proches. Ces exilés pro­viennent en général de pays n’appliquant pas le plu­ra­lisme poli­tique. Les prin­ci­pales formes de vio­lence poli­tique qui pro­voquent l’exil sont les per­sé­cu­tions idéo­lo­giques, eth­niques, reli­gieuses ou les conflits entre États. La majorité des exilés cherchent en général refuge dans un pays voisin, seul une partie res­treinte d’exilés émigre vers des pays plus loin­tains. Le droit d’asile est reconnu dans la plupart des démo­craties, tou­tefois les règle­men­ta­tions en matière d’immigration ont souvent ten­dance à res­treindre ce droit au profit d’une stricte immi­gration écono­mique (concept d’immigration choisie apparu en France en 2006). La recherche d’un emploi, d’une pros­périté plus grande, de meilleures condi­tions de travail sont les prin­ci­pales causes d’émigration actuelle. En parallèle, l’émigré fiscal veut se placer dans un contexte légal et financier plus favo­rable (paradis fiscaux).

D’autres cala­mités accom­pagnent l’humanité, les catas­trophes natu­relles (typhon, éruption vol­ca­nique, trem­blement de terre…), sani­taires et sociales (épidémie, épisootie …) cli­ma­tiques et écolo­giques (réchauf­fement, pol­lu­tions indus­trielle, chi­mique, auto­mobile…, épui­sement des res­sources natu­relles…) entraînent l’exode de popu­lation entière vers l’exil.

Lorsque la vio­lence qui était à l’origine du départ des exilés cesse d’exister, l’exil, en tant que situation col­lective spé­ci­fique prend fin. Les acteurs sociaux se trouvent alors confrontés à une situation nou­velle qui les rap­proche des autres migrants. L’immigration est très pré­sente aujourd’hui dans nos sociétés (glo­ba­li­sation, Worl Wide Web, world music, new age…). Comment éviter, par exemple, que l’ alter mon­dia­li­sation, en dia­bo­lisant la mon­dia­li­sation, ne crée des replis iden­ti­taires nationaux et ethniques ?

"l’Exil" peut être volon­taire et indi­viduel. Il peut également être considéré aujourd’hui comme un remède au mal de vivre et à une quête d’identité. "l’Exil" est aussi trop souvent lié à la pau­pé­ri­sation d’une classe sociale ou à la misère cultu­relle, intel­lec­tuelle et artis­tique, géné­ra­tion­nelle ou parfois endé­mique (fuite à l’étranger des cer­veaux, des talents, des connais­sances, des savoirs faire…), ou être lié à la pré­carité voir l’absence de système de for­mation, d’éducation et de recherche. Le savant, l’auteur, l’artiste, l’étudiant ou l’apprenti en exil est géné­ra­lement pro­fon­dément marqué par l’expérience au point qu’elle peut quel­quefois se révéler être une source d’inspiration à l’origine de véri­table chef-d’œuvres (Guernica). Certain pense que le phé­nomène ne peut que s’accentuer sur terre dans l’avenir et tra­vaille à trouver le meilleur moyen de s’installer dura­blement ailleurs que sur notre planète. D’autres s’interroge sur la dif­fé­rence qu’il y a entre altérité et tolé­rance. Jean-​​Bernard Pou­chous - Chargé de la pro­gram­mation audio­vi­suelle pour le Salon d’Automne 2007.

Le pro­gramme 2007 "l’Exil" s’articulera donc dans le temps d’un montage chro­no­lo­gique d’une diversité de courts-​​métrages de fiction ou de docu­men­taires actuels. Les oeuvres audio­vi­suelles sélec­tionnées offriront également la pos­si­bilité de visionner toute une diversité de tech­niques de réa­li­sation (film, vidéo, dessin animé, 2D-​​3D…).


L’Exil au Salon d’Automne :

L’exil s’inscrit dans nos cultures sociales et poli­tiques depuis le mythe du ban­nis­sement de nos ancêtres du paradis. Cependant, loin du mythe, alors que l’exil s’est his­to­ricisé, et à aucun moment de notre his­toire il n’a pris une telle ampleur et l’on ne cesse de répéter que notre époque est par excel­lence celle des réfugiés et des émigrés. Ainsi, sur une planète per­pé­tuel­lement ravagée par des guerres inces­santes et une pau­pé­ri­sation crois­sante, sur une terre où les fosses com­munes rem­pla­ceront sous peu les champs et les forêts, l’exil atteint un nombre expo­nentiel de vic­times. Il paraît être leur seule oppor­tunité de survie même si elle n’est pos­sible que dans un monde dif­férent du leur, même si elle ne peut avoir lieu que dans l’arrachement. En racontant le destin de l’exilé, Edward Saïd a écrit, « la plupart des indi­vidus ont la conscience aiguë d’une culture, d’un cadre, d’un chez-​​soi, les exilés sont conscients d’au moins deux mondes. » Il ajoute : « cette plu­ralité de vision donne nais­sance à l’appréhension de dimen­sions simul­tanées ». Pour la designer, il emprunte au domaine musical l’expression de « contrapuntique. »

Qu’il soit imposé par les condi­tions exté­rieures ou choisit, l’exil constitue une expé­rience inté­rieure : celle de la prise de conscience d’un écart, de la décou­verte d’un espace entre le déta­chement vis à vis d’un monde étranger et le monde intime irré­mé­dia­blement perdu. Ici, entre la mémoire de son lieu d’origine et l’imagination libérée sur le lieu de rési­dence, chaque artiste tente de tracer de façon contra­pun­tique de nou­veaux ter­ri­toires donnant corps à une vision per­son­nelle. Dans le travail d’un exilé, l’on peut repérer les dimen­sions simul­tanées à travers les dis­con­ti­nuités, les réfrac­tions et les jux­ta­po­si­tions de deux mondes qui se rejoignent ou se séparent en une coha­bi­tation hybride où la muti­lation du corps humain devient un thème récurrent.

Regarder les oeuvres des artistes exilés, c’est voir le seul foyer dans lequel les deux mondes de l’artiste deviennent un.

Kamal Boullata