Les Pays-Bas demandent à leurs distributeurs d’étiqueter de manière différenciée les produits des colonies israéliennes

Barak Ravid, Haaretz, vendredi 8 mars 2013

Les Hollandais suivent l’exemple des Anglais tout en affirmant que l’importation de biens des colonies n’est pas illégale. D’autres pays européens devraient emboîter le pas dans les prochaines semaines.

Le gouvernement néerlandais a demandé, pour la première fois, aux réseaux de distribution de mentionner l’origine des produits provenant des colonies implantées à Jérusalem-Est, dans le reste de la Cisjordanie et dans le Golan. C’est ainsi que les Pays-Bas, qui comptent parmi les plus grands amis d’Israël en Europe, deviennent le second pays après le Royaume-Uni à recommander un tel étiquetage au sein de l’UE.

Le ministre néerlandais des Affaires économiques a adressé, ce mercredi, une directive à tous les réseaux de distribution du pays dans lequel il affirme son désir de clarifier les procédures concernant l’étiquetage des produits des colonies et d’aider les consommateurs [à les identifier, note du traducteur]. « La décision a été prise après avoir consulté la Commission européenne », a-t-il affirmé dans le communiqué.

Ce document précise que le gouvernement recommande l’introduction de l’étiquetage différencié sans prévoir de mesure de rétorsion à l’encontre des réseaux de distribution qui ne suivraient pas la directive, en ajoutant que l’importation des produits des colonies n’était pas illégale.

Le document préconise l’étiquetage des produits suivants : fruits et légumes frais, vin, miel, huile d’olive, poisson, viande, poulet, oeufs ainsi que cosmétiques produits dans les colonies implantées dans le Golan, à Jérusalem-Est et dans le reste de la Cisjordanie. Les emballages ne devront plus porter la mention « Produit en Israël ». Ils devraient plutôt mentionner pour origine : « Colonies israéliennes implantées dans le Golan, à Jérusalem-Est, dans le reste de la Cisjordanie ou dans les Territoires palestiniens ». La responsabilité de l’étiquetage incombera non aux importateurs mais aux distributeurs.

Par ailleurs, s’adressant au Parlement, le ministère néerlandais des Affaires étrangères, Frans Timmermans, a affirmé que les colonies étaient illégales et constituaient un obstacle à la paix. Il a ajouté que l’étiquetage des produits des colonies par les réseaux de distribution permettrait aux consommateurs de déterminer s’ils veulent vraiment acheter ces produits. “Nous ne voulons pas contribuer à l’économie des colonies illégales”, a-t-il déclaré.

La décision du gouvernement néerlandais fait suite à une lettre transmise le 22 février dernier par Catherine Ashton, responsable des Affaires étrangères de l’UE, aux 27 ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l’Union. Dans cette lettre citée par le quotidien hébreu, Maariv, elle les pressait de veiller à l’application pleine et entière de l’actuelle législation européenne concernant l’étiquetage des produits des colonies israéliennes. Elle remarquait également qu’il appartenait aux Etats membres de l’UE et à leurs agences responsables d’assurer le respect de cette législation.

Selon un responsable du ministère des Affaires étrangères israélien, les ambassadeurs de Tél Aviv ont reçu des instructions de nouer des contacts officieux avec les ministres des Affaires étrangère des pays où ils sont en poste afin que ces derniers sursoient à l’application des instructions de Madame Ashton et interviennent auprès d’elle pour obtenir leur annulation.

L’ambassadeur israélien aux Pays-Bas, Haim Divon, a exprimé à ses interlocuteurs du ministère des affaires étrangères hollandais toute l’insatisfaction suscitée par la lettre de Madame Ashton. Divon a déclaré que ce document conduira à un boycott des produits des colonies et peut être même à un boycott général des produits israéliens, même s’il ne traite que de l’étiquetage des produits des colonies.

Selon l’ambassadeur Divon, de nombreuses sociétés hollandaises ne comprendront pas les recommandations gouvernementales et les interpréteront comme une décision, à caractère contraignant, d’interdire les produits des colonies. Il a aussi déclaré à ses interlocuteurs que « la préoccupation obsessionnelle concernant la colonisation a dépassé toute mesure” et que « l’Union européenne reporte sur Israël sa frustration provoquée par la situation au Moyen-Orient ».

Le ministère néerlandais des Affaires étrangères a répondu à l’ambassadeur Divon que l’étiquetage était une mesure logique qui correspondait à la ligne politique de l’UE dans ce domaine. Il a aussi ajouté qu’il n’était pas partisan d’une interdiction totale des produits des colonies ou des produits israéliens en général et qu’il interviendrait pour contrer une telle mesure.

Jusqu’à présent, le Royaume-Uni était le seul pays à avoir recommandé un étiquetage différencié des produits des colonies. La mesure est à l’étude au Danemark mais aucune décision concrète n’a encore été prise[1]. Le fait que la Hollande soit le deuxième pays à décider une telle mesure est surprenant, vu les relations étroites et amicales qu’elle entretient avec Israël.

Considéré comme l’un des soutiens clés d’Israël au sein de l’UE, les Pays-Bas font en effet campagne afin d’inclure le Hezbollah sur la liste des groupes terroristes de l’UE et soutiennent les positions israéliennes au sein de plusieurs forums internationaux. Ils ont également aidé Israël à contrer des décisions qui lui sont contraires au sein de l’UE.

On peut donc penser que la prise de position du gouvernement néerlandais incitera plusieurs Etats membres de l’UE à prendre des mesures similaires dès les prochaines semaines, ce qui constituera un sujet de préoccupation pour les autorités israéliennes car le mouvement provoquera une intensification drastique du suivi et du contrôle des produits des colonies.

Traduction : OE pour l’AFPS.