Les Palestiniens subissent le contrecoup de l’absence des donateurs arabes

Irin, mercredi 24 août 2011

Dans le Ter­ri­toire Pales­tinien Occupé (TPO), les familles pales­ti­niennes sont de plus en plus confrontées à des pro­blèmes finan­ciers durant cette période du ramadan, tandis que l’Autorité pales­ti­nienne tente d’utiliser au mieux un budget tou­jours plus réduit.

Le paiement des salaires d’août des employés de l’Autorité, dont le nombre est estimé à 150 000 et qui sont répartis à peu près également entre la Cis­jor­danie et la bande de Gaza, a été effectué en retard et nul ne sait si les salaires de sep­tembre seront payés.

« La situation finan­cière de l’Autorité pales­ti­nienne s’est dété­riorée à cause de l’insuffisance des fonds pro­venant des dona­teurs et la col­lecte des impôts a été moins élevée que prévu, » a dit à IRIN Udo Jock, le repré­sentant du Fonds moné­taire inter­na­tional (FMI) à Jérusalem.

Cependant, les raisons de cette insuf­fi­sance de fonds sont dif­fi­ciles à évaluer, a t-​​il dit. « La raison prin­cipale est que les dona­teurs arabes ne paient pas, » a dit à IRIN Ghassan Khatib, porte-​​parole du Bureau du Premier ministre pales­tinien Salam Fayyad.

Les dona­tions venant de pays étrangers repré­sentent un peu plus du quart du total du budget pales­tinien de 3,7 mil­liards de dollars qui sert à payer les salaires et les autres dépenses du gouvernement.

Depuis le début de l’année, a dit M. Khatib, il manque au budget de l’Autorité pales­ti­nienne environ 35 mil­lions de dollars chaque mois sur les ver­se­ments des dona­teurs. Selon lui, le montant total non reçu par l’Autorité depuis janvier peut être estimé à quelque 300 mil­lions de dollars.

Selon le ministère des Finances de l’Autorité pales­ti­nienne, 33 pour cent du soutien bud­gé­taire externe requis a été versé entre janvier et juillet, au lieu des 58 pour cent attendus durant cette période.

L’Arabie Saoudite a fait un paiement partiel de 30 mil­lions de dollars en juillet. Les Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite sont les plus gros dona­teurs arabes de l’Autorité palestinienne.

Pour les experts, l’attention des nations arabes s’est concentrée sur d’autres ques­tions depuis que la révo­lution a éclaté en janvier en Egypte et suite aux crises qui ont secoué d’autres parties du monde arabe, comme la Libye et la Syrie.

Changement d’affectation des fonds

"L’an dernier, ma famille avait deux ou trois sortes de plats pour l’iftar [le repas quo­tidien de rupture du jeûne du ramadan] et main­tenant nous avons à peine assez à manger, " a dit Mohammed Musa, 48 ans, gardien d’un bâtiment muni­cipal de Ramallah et employé de l’Autorité palestinienne.

Son salaire mensuel de 460 dollars fait vivre une famille de 10 au camp de réfugiés d’al-Amari à Ramallah, un camp abritant quelque 10 000 per­sonnes, où le taux de chômage est élevé.

Pour répondre à la crise, le Pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas a donné l’ordre aux ins­ti­tu­tions de l’Autorité pales­ti­nienne de mettre fin aux dîners d’iftar offi­ciels et d’affecter les fonds ainsi libérés aux Pales­ti­niens pauvres.

Plu­sieurs ins­ti­tu­tions privées et publiques, comme l’entreprise de télé­com­mu­ni­ca­tions Paltel Group, la plus grande société du secteur privé dans les TPO, ont suivi l’exemple.

Wael Qadan, directeur de la pla­ni­fi­cation au Croissant-​​Rouge pales­tinien (PRCS), a dit : « En réponse à la demande de M. Abbas, le PRCS a annulé les repas d’iftar pour les hommes d’affaires et attribué les fonds, soit environ 20 000 dollars, à notre budget de situation d’urgence. » Ce fonds d’environ 35 000 dollars sert à aider les Pales­ti­niens dans plu­sieurs domaines comme les soins médicaux, les frais de sco­larité et la construction de loge­ments, a t-​​il ajouté.

Selon le Bureau du Premier ministre, le ministère des Affaires sociales de l’Autorité pales­ti­nienne dispose d’un fonds d’environ 223 000 dollars pro­venant du Croissant-​​Rouge des Emirats qui sert à dis­tribuer des repas de ramadan à 12 000 per­sonnes en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza, et des nou­veaux vête­ments pour l’Eid (la célé­bration qui marque la fin du ramadan).

Pression

Les familles et les commerçants palestiniens avouent sentir la pression.

« Je vends un quart de ce que j’ai vendu durant le dernier ramadan, » a dit Amjad Baker, 28 ans, pro­prié­taire d’une café­téria à Ramallah, tout en pré­parant les `katayef’, une sorte de crêpe tra­di­tion­nelle pour la période de fête.

« L’économie tourne au ralenti. L’aide huma­ni­taire n’arrive pas et les gens n’ont pas d’argent à dépenser, » a dit Amjad.

Pour lui, il fau­drait qu’il y ait de nou­velles élec­tions et un can­didat plus solide pour le Fatah, espère t-​​il.

L’actuelle crise finan­cière de l’Autorité pales­ti­nienne est exa­cerbée par l’incertitude qui entoure la demande de recon­nais­sance d’un Etat pales­tinien à l’ONU en sep­tembre et les consé­quences de la récon­ci­liation des fac­tions pales­ti­niennes du Fatah en Cis­jor­danie et du Hamas à Gaza.

Le gouvernement de Gaza en crise

Les salaires de quelque 25 à 30 000 fonc­tion­naires mili­taires et civils du gou­ver­nement du Hamas à Gaza seront inté­gra­lement payés après les nom­breux retards des huit der­niers mois, a dit à IRIN un res­pon­sable du gou­ver­nement de Gaza qui a préféré gardé l’anonymat.

« Le gou­ver­nement de Gaza col­lecte entre 10 et 12 mil­lions de dollars d’impôts locaux et le reste du budget de fonc­tion­nement du gou­ver­nement [estimé entre 30 et 35 mil­lions de dollars, selon les offi­ciels du Hamas inter­rogés par IRIN en 2010] pro­vient de sources exté­rieures » a dit ce responsable.

Il se peut, a t-​​il indiqué, qu’il y ait de nou­veaux retards, liés prin­ci­pa­lement à des pro­blèmes logis­tiques pour recevoir les fonds, étant donné le chaos poli­tique qui règne dans la région.

En attendant, selon le Pro­gramme ali­men­taire mondial, les tables d’iftar de Gaza sont souvent bien vides, les cou­pures de courant fré­quentes et près de la moitié de la popu­lation souffre d’insécurité alimentaire.