« Les Pales­ti­niens sont inca­pables de mener une vie normale à cause de l’occupation »

Prasad Kariyawasam, entretien, dimanche 5 août 2007

En visite au Caire, Prasad Kariya­wasam, chef de la Com­mission d’enquête des Nations-​​Unies sur les vio­la­tions des droits de l’homme dans les ter­ri­toires occupés, évalue la situation sur le terrain et dénonce des nom­breuses vio­la­tions de la part de l’Etat hébreu.

Al-​​Ahram Hebdo : Lors de votre der­nière visite dans la région, vous aviez émis des recom­man­da­tions pour que des sanc­tions contre Israël soient mises en place. Qu’en est-​​il des déve­lop­pe­ments de ce dossier ?

Prasad Kariya­wasam : Nous avons effec­ti­vement fait des recom­man­da­tions for­melles à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité des Nations-​​Unies, disant qu’il était temps que la com­mu­nauté inter­na­tionale prenne en consi­dé­ration l’émission de sanc­tions contre Israël à cause de la pour­suite de ses pra­tiques de vio­la­tions des droits fon­da­mentaux de l’homme, ce qui est incon­ce­vable et inac­cep­table dans notre monde moderne. Mal­heu­reu­sement, elles ne sont encore que des recom­man­da­tions. Et nous, en tant que com­mission d’enquête, ne pouvons faire plus que d’émettre des recommandations.

Mais la Com­mission d’enquête des Nations-​​Unies a-​​t-​​elle constaté des chan­ge­ments sur le terrain ?

Nous sommes très pré­oc­cupés par la pour­suite des acti­vités de construction du mur de sépa­ration qui est en train de créer un nouveau statu quo sur le terrain, et qui rend chaque jour de plus en plus dif­ficile l’idée d’un Etat pales­tinien viable.

Considérez-​​vous qu’il y a eu une dété­rio­ration de la situation par rapport à la der­nière visite de la com­mission dans la région, faite il y a une année ?

Nous avons constaté que la situation s’est clai­rement dété­riorée par rapport à l’année passée. Que ce soit la situation à Jéru­salem Est, dans tout le reste de la Cis­jor­danie ou à Gaza. Ce qui nous pré­occupe par­ti­cu­liè­rement, ce sont cer­taines méthodes employées par Israël pour porter atteinte aux droits des Pales­ti­niens, en essayant de sup­primer leurs droits légi­times. Il fait cela en mani­pulant leurs lois, disant, par exemple, qu’un Pales­tinien qui construit sa maison à Jéru­salem Est est en train de com­mettre un acte illégal, alors que pour nous, ceci est par­fai­tement légitime car ce sont des per­sonnes qui ont tou­jours vécu sur ces terres. Et nous nous posons la question sur la légi­timité de cette légalité pro­clamée par une Autorité d’occupation, comme c‘est le cas de l’Etat d’Israël.

Selon les témoi­gnages, quel tableau pouvez-​​vous dresser des pra­tiques israé­liennes de vio­lation des droits de l’homme dans les ter­ri­toires occupés ?

On continue à entendre des plaintes sur la des­truction continue des pro­priétés pales­ti­niennes, la des­truction des plan­ta­tions … Les Pales­ti­niens sont inca­pables de mener une vie normale à cause de l’occupation. A cause du blocage écono­mique que leur a imposé Israël, ils ne reçoivent pas leurs salaires. Donc, la conclusion que nous tirons de leurs propos est que les sanc­tions écono­miques sur cer­taines parties du ter­ri­toire pales­tinien sont en train d’affecter leur vie quo­ti­dienne, et cela affecte leur capacité à fonc­tionner comme une société normale, ce qui est sans doute une atteinte à leurs droits fon­da­mentaux : leur droit à la vie, à l’éducation, leur droit de recevoir des soins médicaux. Tout cela est en train de se dété­riorer encore plus dans les pré­sentes cir­cons­tances. Car lorsqu’Israël adopte la pra­tique d’assassinats ciblés, il est non seulement en train de violer le droit, mais surtout de tuer un grand nombre de per­sonnes abso­lument inno­centes, des vic­times qui sont des femmes et des enfants et qui suc­combent à ces attaques.

Comment le fait d’avoir une mobilité limitée affecte-​​t-​​il la situation des Palestiniens ?

Le mur de sépa­ration, par exemple, est en train d’affecter leur capacité d’éduquer leurs enfants, d’aller se faire soigner dans des hôpitaux, de rendre visite à leurs proches et voisins, de même d’aller tra­vailler dans leurs propres terres.

Et sur le plan de l’infrastructure, quelles sont les plaintes que vous avez reçues de la part de Palestiniens ?

Il y a, par exemple, un gros pro­blème par rapport à l’eau, surtout à Gaza, où il n’existe pas, en ce moment, d’usine de trai­tement de l’eau, ce qui cause des pro­blèmes sani­taires très impor­tants. De plus, l’électricité ne par­vient aux habi­tants que pendant deux heures par jour et cela affecte les écoles et les hôpitaux.

En raison de ces dif­fi­ciles condi­tions, de nom­breux cadres et pro­fes­sionnels impor­tants pour la société pales­ti­nienne plient bagage. Comment voyez-​​vous la situation à l’avenir ?

Ceux qui sont en train de chercher à partir le font évidemment à cause des vio­la­tions des droits de l’Homme com­mises par les auto­rités israé­liennes, aux­quelles ils sont obligés d’être constamment soumis, et ceci est une réaction humai­nement com­pré­hen­sible. Lorsqu’on est confronté à une situation de menace, de danger, la réaction normale est de chercher à partir.

Mais nous retrouvons souvent, par ailleurs aussi, des Pales­ti­niens vraiment remar­quables, qui sont décidés à ne pas partir, à rester et à lutter pour leurs droits, malgré les condi­tions très dif­fi­ciles. Nous avons ren­contré nombre de ces per­sonnes et j’aime men­tionner le cas de ce jeune ingé­nieur, spé­cia­liste des ques­tions de l’environnement, ayant obtenu un doc­torat en France et fait des spé­cia­li­sa­tions en Alle­magne, qui aurait pu faci­lement retrouver du travail ailleurs, mais malgré cela a choisi de s’installer avec sa famille en Palestine et est décidé à rester pour aider son pays et lutter pour ses droits.

Comment évaluez-​​vous la situation au point de passage de Rafah ?

Les dif­fi­cultés exis­tantes au point de passage de Rafah nous ont été effec­ti­vement décrites par de nom­breux témoins. Il y a, en ce moment, 7 000 per­sonnes blo­quées à la fron­tière. Mais nous avons traité de ce sujet avec les parties impli­quées et sommes convaincus que cette situation sera bientôt réglée .

Propos recueillis par Randa Achmawi