Les Palestiniens entre soleil et grisaille

Pierre Barbancey (+déclaration de Marwan Barghouti), mardi 13 février 2007

Après l’accord entre le Hamas et le Fatah, la « com­mu­nauté inter­na­tionale » n’évoque pas la levée des sanc­tions. Comme si la situation antérieure-​​ confron­ta­tions inter­pa­les­ti­niennes, asphyxie économique-​​ était préférable.

L’accord signé en fin de semaine der­nière entre le Hamas et le Fatah, salué dans la joie par les Pales­ti­niens à Gaza comme en Cis­jor­danie [voir ci-​​dessous la décla­ration de Marwan Bar­ghouti, NdR], semble para­doxa­lement sou­lever plus de pro­blèmes qu’il n’en résout aux yeux des pays occi­dentaux et d’Israël. Comme si la situation anté­rieure - confron­ta­tions inter­pa­les­ti­niennes, asphyxie écono­mique - était préférable.

Aucun pays, pas même la France, n’a encore osé dire qu’il fallait lever le blocus inique imposé aux Pales­ti­niens depuis près d’un an main­tenant, pour aider le pro­cessus en cours et donner des garanties. Au lieu de cela, on assiste à des ter­gi­ver­sa­tions, des « oui, mais ! », des « il faut prendre le temps de lire l’accord passé ». Bref, la nou­velle situation et les signes encou­ra­geants qui sont envoyés n’entraient visi­blement pas dans le schéma pré­établi. Il s’agissait d’un « à prendre ou à laisser » à l’encontre des Palestiniens.

En clair, les Pales­ti­niens étaient enjoints par le « quartet » (États-​​Unis, Union euro­péenne, Russie et ONU) de faire comme on le leur dit (ces­sation de la vio­lence, recon­nais­sance d’Israël, respect des accords signés) alors qu’Israël pouvait se com­porter comme il le souhaitait.

Le texte de l’accord ne men­tionne pas expli­ci­tement Israël, mais évoque le respect des accords passés entre Israël et l’OLP. « L’accord de La Mecque ne com­prend rien qui fasse réfé­rence à la recon­nais­sance d’Israël mais est un accord pour nor­ma­liser les rela­tions inter­pa­les­ti­niennes », a indiqué un res­pon­sable du Hamas.

Mais dans une lettre par laquelle il reconduit Ismaïl Haniyeh dans ses fonc­tions de premier ministre, le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas note que le nouveau gou­ver­nement doit se conformer au « droit inter­na­tional » et aux accords signés dans le passé par l’Organisation de libé­ration de la Palestine, qui incluent ceux d’Oslo où OLP et Israël se recon­naissent mutuellement.

En réalité, les négo­cia­tions ne sont pas ter­minées entre les deux parties, puisqu’il reste à se mettre d’accord sur le pro­gramme de gou­ver­nement et sur la question de l’OLP.

Tout cela n’empêche pas le premier ministre israélien, Ehud Olmert, d’exiger des Pales­ti­niens l’application « totale » des condi­tions posées par le « quartet ». Le 19 février une ren­contre devrait réunir le premier ministre israélien, le pré­sident pales­tinien et la secré­taire d’État amé­ri­caine, Condo­leezza Rice. D’ici là, le nouveau gou­ver­nement pales­tinien devrait être formé.

La « com­mu­nauté inter­na­tionale » va-​​t-​​elle l’aider en levant les sanc­tions ou, au contraire, va-​​t-​​elle replonger la société pales­ti­nienne dans le désespoir et le chaos ?


Décla­ration du député pales­tinien, Marwan Bar­ghouti, après l’Accord de la Mecque

“Je félicite le peuple pales­tinien pour sa réussite à conclure l’Accord de la Mecque, un succès qui mènera à la création d’un gou­ver­nement d’union nationale.

J’appelle la com­mu­nauté inter­na­tionale et en son sein les per­sonnes qui partout dans le monde sou­tiennent la démo­cratie et la liberté, à annoncer sans délai qu’elle reconnaît le nouveau gou­ver­nement pales­tinien, à traiter avec lui et à l’aider dans l’accomplissement de sa mission.

Je remercie le peuple pales­tinien qui, au nom de l’unité nationale, s’est levé en rempart contre le déclen­chement d’une guerre civile et n’a jamais laissé son cap dévier de Jéru­salem et de la Mosquée al-​​Aqsa.

Je suis aussi recon­naissant au roi Abdallah d’Arabie saoudite et à son peuple pour avoir fait preuve d’originalité et de clarté de pensée en se faisant les hôtes du sommet et de l’accord qui s’en est suivi.

Enfin je remercie mes cama­rades pri­son­niers, hommes et femmes, qui pendant la crise ont sans relâche appelé leurs partis res­pectifs à mettre fin aux combats fra­tri­cides et à aller vers l’unité. Ils et elles ont ainsi une fois encore fait la démons­tration de leur inté­grité morale.

Puisse ce moment important de notre his­toire être l’ occasion pour nous de nous sou­venir de notre martyr Yasser Arafat, qu’il repose en paix, lui qui a tou­jours voulu assurer l’unité de notre peuple. L’Accord de la Mecque doit servir de base pour élaborer une série d’accords entre les parties et doit définir un par­te­nariat dont le rôle sera d’établir un front interne efficace contre l’occupation israé­lienne dans toutes ses manifestations.

Enfin, je vou­drais remercier les Etats d’Egypte, de Jor­danie, de Syrie, d’autres pays arabes et tous les pays de par le monde qui nous sou­tiennent, pour le rôle qu’ils ont joué et l’aide qu’ils ont apportée dans la réso­lution de nos dif­fé­rends et pour trouver une solution au récent conflit interne en Palestine.”

10 février 2007