Les Palestiniens élaborent un plan de réconciliation au Caire

Alaa Chahine, vendredi 27 février 2009

Une dou­zaine de fac­tions pales­ti­niennes, dont les "frères ennemis" du Fatah et du Hamas, ont ouvert jeudi un nouveau dia­logue et mis en chantier un plan de récon­ci­liation sur des ques­tions propres à les ras­sembler après dix-​​huit mois de rupture entre Gaza et la Cisjordanie [1].

L’ensemble des parties réunies au Caire ont dit espérer que le dia­logue abou­tisse à un gou­ver­nement d’union nationale chargé de super­viser la recons­truction de Gaza après l’offensive israé­lienne qui a dévasté l’enclave en décembre-​​janvier.

Les par­ti­ci­pants ont décidé de former cinq com­mis­sions aux­quelles sont confiées des dos­siers comme la for­mation du cabinet, l’organisation d’élections pré­si­den­tielle et légis­la­tives et la mise en place de ser­vices de sécurité.

L’un des prin­cipaux res­pon­sables du Fatah, Azzam al Ahmed, a jugé pos­sible qu’un gou­ver­nement d’union soit annoncé avant la fin mars. "Oui, c’est pos­sible. Nous sommes pressés (…) et la pre­mière étape, c’est le gou­ver­nement. Tout est lié au gou­ver­nement", a-​​t-​​il souligné.

Selon le com­mu­niqué final publié après la réunion, les com­mis­sions enta­meront leurs travaux le 10 mars pour les achever avant la fin du mois.

Un diplomate arabe a déclaré mer­credi que les média­teurs égyp­tiens espé­raient qu’un accord soit au point à temps pour être entériné lors d’un sommet arabe prévu fin mars au Qatar.

Les Etats-​​Unis et les gou­ver­ne­ments euro­péens attendent des Pales­ti­niens qu’ils mettent sur pied un gou­ver­nement composé de tech­no­crates non par­tisans - ce qui leur éviterait d’avoir à décider comment traiter avec le Hamas, qu’ils tiennent pour un mou­vement terroriste.

Mais plu­sieurs par­ti­ci­pants, dont le négo­ciateur du Fatah Ahmed Korei, ont refusé d’exclure un cabinet repré­sentant les dif­fé­rentes factions.

"Début du chemin"

"Il pourrait s’agir d’un gou­ver­nement de groupes, d’un gou­ver­nement d’experts tech­niques ou de tech­no­crates", a-​​t-​​il dit, ajoutant que le type de gou­ver­nement dépen­drait de la com­mission chargée de cette question.

La bande de Gaza est aux mains du Hamas depuis juin 2007. La Cis­jor­danie est admi­nistrée par l’Autorité pales­ti­nienne du pré­sident Mahmoud Abbas, dominée par le Fatah.

La ren­contre de jeudi a été pré­cédée ces der­niers jours par des dis­cus­sions pré­pa­ra­toires entre le Fatah et le Hamas, qui se sont promis de libérer leurs pri­son­niers poli­tiques respectifs.

Mais les deux groupes restent en désaccord vis-​​à-​​vis d’Israël. Le Hamas se réserve un droit à la résis­tance armée, tout en se disant prêt à une trêve de 18 mois. Le Fatah, lui, a renoncé à la vio­lence et met ses espoirs dans la négo­ciation depuis les accords d’Oslo de 1993 récusés par les islamistes.

Un par­ti­cipant a fait état d’un désaccord au sujet des élec­tions à venir, plu­sieurs groupes sou­haitant fixer une date précise en janvier 2010 afin que le pré­sident Mahmoud Abbas reste au pouvoir sans rival sérieux le plus long­temps possible.

Selon le com­mu­niqué final, les scrutins auront lieu d’ici à janvier 2010, ce qui laisse la porte ouverte à des élec­tions anticipées.

"Cela peut avoir lieu dans quatre mois, ou dans six mois", a dit Samir Ghouche, secré­taire général du Front de libé­ration de la Palestine (FLP). "Nous avons évité les ques­tions sur les­quelles nous ris­quions d’être en désaccord."

Abdel-​​Rahim Mallouh, numéro deux du Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP), a mis en garde contre l’illusion de par­venir à des solu­tions rapides. "Il doit être clair que nous sommes au début du chemin, a-​​t-​​il dit. Le diable est dans les détails, comme on dit."

[1] voir l’article de Michel Böle Richard sur le Monde du 26 février :

Après plu­sieurs ten­ta­tives infruc­tueuses, les deux partis pales­ti­niens rivaux, le Hamas et le Fatah, se sont ren­contrés, "dans un climat positif et pro­metteur", mercredi 25 février, au Caire, en Egypte, pour tenter d’ouvrir la voie vers une réconciliation nationale.

C’est la pre­mière fois, depuis le coup de force du Hamas à la mi-​​​​juin 2007 et l’éviction du Fatah de la bande de Gaza, qu’ils se retrouvent, sous l’égide de la médiation égyptienne.

Cette reprise du dia­logue entre la délé­gation du mou­vement isla­mique conduite par Moussa Abou Marzouk, numéro deux du bureau poli­tique, vivant en exil à Damas, en Syrie, et celle du Fatah dirigée par Ahmed Qoreï, membre du comité central de cette for­mation, a pour objectif de constituer un gou­ver­nement d’union nationale et de mettre ainsi fin à une lutte sans merci entre les deux camps.

Celle-​​​​ci a com­mencé le 25 janvier 2006 lorsque le Mou­vement de la résis­tance isla­mique a rem­porté, à la loyale, les élec­tions légis­la­tives. Une défaite que les res­pon­sables du Fatah n’ont jamais acceptée. Il s’est ensuivi une lutte fra­tricide qui a dégénéré en guerre civile dans la bande de Gaza.

Les ten­ta­tives de récon­ci­liation des pays arabes n’ont pas manqué, à com­mencer par le Qatar puis l’Arabie saoudite. Fina­lement, l’accord de La Mecque en février 2007 a permis la consti­tution d’un gou­ver­nement d’union nationale le 18 mars de la même année. Il durera trois mois avant d’être balayé par le coup de force du Hamas dans la bande de Gaza.

Aujourd’hui, on recom­mence de zéro avec, cette fois, un avis favo­rable de la com­mu­nauté inter­na­tionale, notamment des Euro­péens, qui seraient prêts à recon­naître un nouvel exé­cutif pales­tinien unifié, ce qui per­met­trait de faire avancer le pro­cessus de paix et faci­li­terait les projets de recons­truction dans la bande de Gaza, ravagée par 22 jours de pilonnages israéliens.

ANTAGONISMES PROFONDS

Une confé­rence des dona­teurs doit avoir lieu, lundi 2 mars, à Charm El-​​​​Cheikh, en Egypte. L’attribution de l’aide dépend de cette récon­ci­liation car nombre de dona­teurs ne veulent pas qu’elle profite au Hamas. Ce à quoi Israël est également opposé. Mais elle dépend aussi de l’ouverture des points de passage et de la mise en place d’un cessez-​​​​le-​​​​feu durable. Ce qui, pour le moment, est loin d’être acquis, plus d’un mois après la ces­sation des combats, le 18 janvier.

Concernant la récon­ci­liation, les négo­cia­tions risquent d’être longues tant les anta­go­nismes sont pro­fonds. Les deux camps s’accusent de har­cè­lement et se reprochent mutuel­lement de détenir des cen­taines de prisonniers.

Ils s’opposent aussi sur la nécessité de pro­céder rapi­dement à des élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielle. Il faut également résoudre le délicat pro­blème de l’unification des ser­vices de sécurité, des unités qui se sont parfois com­battues les armes à la main.

Surtout, comment la pré­sence de l’Autorité pales­ti­nienne, dont les membres sont sans cesse accusés d’être "cor­rompus" et "traîtres à la cause pales­ti­nienne", pourra-​​​​t-​​​​elle de nouveau être acceptée à Gaza par les isla­mistes ? Michel Bôle-​​​​Richard

http://​www​.lemonde​.fr/​p​r​o​c​h​e​-​o​r​i​e​n​t​/​a​r​t​i​c​l​e​/​2009​/​​02​/​​26​/​​r​e​p​r​i​s​e​-​​​d​u​-​​​d​i​a​l​o​g​u​e​-​​​e​n​t​r​e​-​​​l​e​-​​​f​a​t​a​h​-​​​e​t​-​​​l​e​-​​​h​a​m​a​s​-​​​a​u​-​​​c​a​i​r​e​_​​1160678​_​​3218​.​h​t​m​l​#​e​n​s​_​i​d​=​1106055