Les Palestiniens déterminés à inscrire Bethléem au Patrimoine mondial

AFP, vendredi 15 juin 2012

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afp​.com/Musa al-​​Shaer

PARIS - Nou­veaux venus à l’Unesco, les Pales­ti­niens sont déter­minés à demander fin juin l’inscription de l’Église de la Nativité à Bethléem comme premier site au Patri­moine mondial, malgré un avis défa­vo­rable des experts, qu’ils jugent "politisé" par les États-​​Unis et Israël.

"Nous main­tenons notre dossier et nous irons jusqu’au vote" du Comité du Patri­moine mondial, composé de repré­sen­tants de 21 pays, qui se réunira cette année à Saint-​​Pétersbourg (Russie) du 24 juin au 6 juillet, a déclaré à l’AFP Elias Sanbar, ambas­sadeur de la Palestine auprès de l’Unesco.

Les Pales­ti­niens, qui ont adhéré à l’Unesco en octobre 2011 au terme d’un vote qui avait pro­voqué la colère des Israé­liens et des Amé­ri­cains, ont choisi de pré­senter comme premier site "l’église de la Nativité et la route du pèle­rinage, à Bethléem" en tant que "Lieu de nais­sance de Jésus".

Ils demandent son ins­cription "en urgence" au Patri­moine mondial du fait du "déla­brement et de la dégra­dation de l’ensemble archi­tec­tural" en raison de l’absence de travaux de res­tau­ration sérieux depuis 50 ans.

Mais les experts du Conseil inter­na­tional des monu­ments et des sites (Icomos), qui évaluent les can­di­da­tures pour le Comité, ont rendu un avis défa­vo­rable, estimant que les Pales­ti­niens n’ont pas procédé à une évaluation com­plète des menaces pesant sur le site.

Pour l’ambassadeur, cet avis est "biaisé" et "politisé". "Ceux qui ont perdu la bataille du vote de l’entrée de la Palestine à l’Unesco veulent nous empêcher d’exercer nos droits", a-​​t-​​il jugé.

Haut lieu de pèle­rinage, Bethléem est le premier site tou­ris­tique des Ter­ri­toires pales­ti­niens (deux mil­lions de visi­teurs en 2011). Datant de l’empereur romain Constantin, au IVe siècle, la basi­lique de la Nativité est l’une des églises les plus anciennes et sacrées de la chrétienté.

Si l’église de la Nativité pré­sente bien la "valeur excep­tion­nelle uni­ver­selle" requise pour figurer au Patri­moine mondial, "aucune étude n’a été faite sur la per­ti­nence des déli­mi­ta­tions ou les exi­gences de pro­tection et de gestion" du site, déplorent les experts de l’Icomos.

Ils sug­gèrent aux Pales­ti­niens de revenir avec un dossier qui déli­mi­terait "un péri­mètre plus large", incluant une partie de la ville his­to­rique dont "la relation sym­bio­tique" avec le site est "menacée par le déve­lop­pement inap­proprié et l’absence de contrôle de la cir­cu­lation et du tourisme".

Les Pales­ti­niens doivent aussi faire face aux réti­cences des Églises (grecque orthodoxe, armé­nienne et romaine catho­lique) qui admi­nistrent conjoin­tement les Lieux Saints selon des règles fixées au XIXème siècle sous l’Empire ottoman.

Dans une lettre au pré­sident Mahmoud Abbas du 26 avril obtenue par l’AFP, le patriarche orthodoxe de Jéru­salem Théo­phile III, le fran­ciscain Pier­ra­bista Piz­za­balla, Custode de la Terre Sainte et le patriarche arménien Torkom Manoogian, n’avaient pas jugé cette demande "opportune" du fait des règles de l’Unesco qui pré­voient que ce sont les gou­ver­ne­ments qui sont res­pon­sables de la gestion des sites du Patri­moine mondial.

Ils ont depuis été ras­surés par un courrier de Mahmoud Abbas qui leur garantit le respect du "statu quo" sur la garde des Lieux Saints, a précisé M. Sanbar.

Les Pales­ti­niens ont fait de l’Unesco un dossier hau­tement sym­bo­lique sur la voie de la recon­nais­sance de leur État. Le 31 octobre, ils en étaient devenus le 195e membre à la suite d’un vote écrasant de la confé­rence générale, où seuls 14 États s’y étaient opposés.

Ce vote avait pro­voqué la colère des Amé­ri­cains pour qui l’adhésion pleine et entière des Pales­ti­niens à des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales ne peut se faire qu’après un accord de paix avec Israël. Ils avaient aus­sitôt sus­pendu leur finan­cement de l’Unesco, la privant du quart de son budget annuel.