Les Gazaouis lancent à leur tour une « résistance populaire » contre Israël

L’Orient le Jour, vendredi 7 mai 2010

À l’image des acti­vistes pales­ti­niens de Cis­jor­danie, des habi­tants de Gaza orga­nisent à leur tour des marches heb­do­ma­daires pour dénoncer les vio­la­tions israéliennes.

Chaque mer­credi, des cen­taines de Gazaouis défient l’interdiction israé­lienne de pénétrer dans un « no man’s land » à la fron­tière entre la bande de Gaza et Israël, imitant la cam­pagne de « résis­tance popu­laire » des Pales­ti­niens de Cis­jor­danie contre le « mur de l’apartheid » israélien. Les mani­fes­tants se retrouvent à proximité de la zone tampon de 300 mètres - imposée par Israël pour des raisons sécu­ri­taires - pour pro­tester contre ce qu’ils consi­dèrent être une confis­cation de leurs terres.

Il y a une semaine, un jeune mani­festant, Ahmad Salim, 20 ans, qui, selon l’armée, s’était approché trop près de la clôture de sécurité bou­clant Gaza, a été mor­tel­lement touché par un tir israélien. Ces mani­fes­ta­tions dif­fèrent de la stra­tégie des groupes armés de Gaza qui prônent la des­truction de l’État d’Israël. « Nous ranimons la résis­tance popu­laire qui était morte. Nous ne nous pré­sentons pas comme une alter­native à la résis­tance armée », explique à l’AFP Mahmoud al-​​Zaq, qui a lancé ce nouveau mou­vement avec l’aide de poli­ti­ciens, d’intellectuels et de mili­tants des droits de l’homme.

Selon un porte-​​parole du Hamas, le mou­vement isla­miste au pouvoir à Gaza, « ces mani­fes­ta­tions servent la résis­tance armée en révélant les crimes de l’ennemi ». « La résis­tance popu­laire est une forme de lutte qui attire la soli­darité inter­na­tionale », se félicite-​​t-​​il.

La zone fron­ta­lière, désormais sous contrôle de l’armée israé­lienne, a été régu­liè­rement le théâtre de vio­lents affron­te­ments entre soldats et com­bat­tants pales­ti­niens, qui venaient y tirer des roquettes en direction du ter­ri­toire israélien jusqu’à la der­nière offensive de l’armée israé­lienne contre la bande de Gaza fin 2008.

« Nous sommes surpris par l’engouement popu­laire », admet can­di­dement M. al-​​Zaq, qui est convaincu que cette forme d’activisme aura « un plus grand impact que les balles et les roquettes ». Comme en Cis­jor­danie, les mani­fes­ta­tions sont censées être non vio­lentes, mais il arrive souvent que de jeunes Pales­ti­niens brûlent des pneus et lancent des cailloux sur les soldats israé­liens postés de l’autre côté de la clôture. Avec le danger que les soldats répondent avec des tirs à balles réelles car ils consi­dèrent qu’il s’agit d’une « zone mili­taire interdite d’accès à la suite de nom­breuses ten­ta­tives d’attaques et d’infiltrations per­pé­trées par des groupes terroristes ».

Depuis le début des mani­fes­ta­tions, fin mars, plu­sieurs Pales­ti­niens ont été blessés, dont Raid Abou Namous, un enfant de neuf ans touché par balle à la tête et qui est tou­jours dans un état cri­tique, selon des sources médi­cales pales­ti­niennes. Ce qui n’empêche pas les pro­tes­ta­taires, comme Abdel­raouf Sharra, 43 ans, de continuer à braver l’interdiction pour faire ce qu’il estime être son « devoir national ». Il veut suivre l’exemple des ras­sem­ble­ments inter­na­tionaux heb­do­ma­daires orga­nisés à Bilin et Niilin, deux vil­lages de Cis­jor­danie, au pied de la bar­rière de sécurité qui ser­pente à travers la Cis­jor­danie. « Les mani­fes­ta­tions à Bilin et Nilin ont fini par faire honte aux Israé­liens et ils ont été forcés à modifier le tracé du mur », explique M. Sharra, en faisant allusion à la décision de la Cour suprême israé­lienne de rec­tifier le l’itinéraire du mur à Bilin. « Peut-​​être qu’ici aussi on peut forcer Israël à arrêter de confisquer nos terres au nom de la zone tampon », espère-​​t-​​il.