Les Arabes, l’UPM et le véto israélien

M. Saâdoune, vendredi 31 octobre 2008

C’était un objet poli­tique à l’identité indé­ter­minée. Sa pre­mière réunion minis­té­rielle sur l’eau prévue en Jor­danie de longue date a été reportée à la der­nière minute. Il s’agit de l’Union pour la Médi­ter­ranée (UPM), lancée en grande pompe à Paris en juillet dernier.

Comble de l’ironie pour les res­pon­sables arabes qui ont choisi de braver des opi­nions glo­ba­lement hos­tiles au projet, ce report est intervenu car Israël ne voulait pas de la pré­sence de la Ligue arabe. Voilà une inversion des situa­tions qui met les pays arabes qui ont choisi de faire de l’Union pour la Médi­ter­ranée dans une position assez bancale. Vont-​​ils accepter l’exclusion de la Ligue arabe comme l’exige Tel-​​Aviv ? On aura assez rapi­dement la réponse, puisque les chefs de la diplo­matie des pays de l’Union pour la Médi­ter­ranée se ren­con­treront les 3 et 4 novembre à Mar­seille. Elle aura pour but de décider du lieu et de la com­po­sition du Secré­tariat général de l’UPM.

Mais puisqu’Israël a choisi d’ouvrir un front contre la Ligue arabe, c’est sur cette question que les opi­nions publiques atten­dront les Etats arabes. A plus forte raison quand Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étran­gères, semble impli­ci­tement pencher en faveur des exi­gences d’Israël. Les pays arabes, qui subissent le veto per­manent des Etats-​​Unis au Conseil de sécurité, seraient ainsi sommés d’accepter un veto israélien - qui serait soutenu par quelques pays de l’ex-Europe de l’Est - à la par­ti­ci­pation de la Ligue arabe à l’UPM.

Voilà en tout cas une attitude qui en dit long sur la finalité cachée de l’Union pour la Médi­ter­ranée. Il s’agit bien de contraindre les pays arabes du Sud à aller en ordre dis­persé dans une nou­velle orga­ni­sation où ils devront dépenser beaucoup d’argent pour financer les projets, mais où les gains poli­tiques ne sont qu’en faveur d’Israël.

Comment d’ailleurs ne pas se rap­peler les aver­tis­se­ments très per­ti­nents du colonel Kadhafi sur les objectifs divi­seurs de l’Union pour la Médi­ter­ranée. On se sou­vient, le colonel Kadhafi a refusé de par­ti­ciper au lan­cement de l’UPM en faisant valoir qu’il n’acceptait pas que l’Union euro­péenne soit entiè­rement impliquée, alors que la Ligue arabe et l’Union Afri­caine en seraient exclues. « Il existe des cartes et des plans impé­ria­listes que nous avons déjà connus et nous ne devons pas accepter d’en connaître à nouveau », avait-​​il dit en parlant de l’UPM.

Force est de constater que le leader libyen avait bien raison quand on voit Israël pré­tendre exercer un veto contre la pré­sence de la Ligue arabe… Pour une grande partie des opi­nions dans le monde arabe, l’UPM n’est qu’un montage destiné à assurer, à peu de frais, une nor­ma­li­sation des rela­tions des pays arabes avec Israël. Si les pays arabes qui ont accepté de faire partie de l’Union pour la Médi­ter­ranée cèdent sur cette question, ils per­draient tota­lement la face.