Les Arabes aux Etats-​​Unis : Une communauté qui perce à peine

Assem Abdel-​​Khaleq, jeudi 30 octobre 2008

Les Arabes amé­ri­cains, quelque 3,5 mil­lions d’individus, restent mar­ginaux et n’ont guère d’influence com­pa­rable à celle du lobby juif. De toute façon, leur choix élec­toral n’obéit pas uni­quement à l’attitude des can­didats sur le Proche-​​Orient.

Au départ peut-​​on parler d’un dés­in­térêt des Arabes amé­ri­cains vis-​​à-​​vis de la politique ?

Nihad Awad, directeur exé­cutif du Conseil des rela­tions américano-​​islamiques, reconnaît en effet le dés­in­térêt de la part des Arabes et des musulmans amé­ri­cains quant à cette question, contrai­rement au lobby juif. Mais il faut attirer l’attention sur le fait qu’ils repré­sentent un facteur rela­ti­vement récent dans la société amé­ri­caine. Ce dés­in­térêt, ils n’en assument pas seuls les res­pon­sa­bi­lités puisqu’ils paient le prix des diver­gences inter­arabes et inter­mu­sul­manes. « Ils repré­sentent 56 Etats entre les­quels il se trouve de nom­breux dif­fé­rends alors que le lobby juif traite des intérêts d’un seul Etat qui est Israël », relève Awad.

Les mêmes vues sont déve­loppées par Sobhi Ghandour, directeur du Centre du dia­logue arabe à Washington, un centre de recherches et d’action cultu­relle. Il affirme que la com­pa­raison avec le lobby juif qui est souvent reprise dans la presse des pays arabes est erronée. « Les Arabes d’ici sont de récents immigrés alors que les juifs sont des citoyens amé­ri­cains dans le vrai sens du terme. De plus, leur statut poli­tique et social est dif­férent. La plupart sont venus en Amé­rique pour des raisons poli­tiques et écono­miques, même pour des raisons sécu­ri­taires dans la région arabe. Ceci influe sur le genre de rap­ports entre l’Arabe et sa patrie d’origine alors que le lien entre les juifs amé­ri­cains et Israël se situe dans le contexte où ces juifs ont contribué à la création de l’Etat hébreu. Le juif amé­ricain n’est pas un fugitif ».

S’agirait-il d’une simple question de temps, de dif­fé­rence de res­sources finan­cières aussi ? Ghandour relève à cet égard qu’il y a un fait fon­da­mental, à savoir que les Etats-​​Unis, eux, ne sont pas une partie neutre faisant l’objet de concur­rence entre les Arabes et les juifs.

Le rôle arabe res­terait donc secon­daire voire tout à fait mar­ginal sans la moindre influence sur le vote ? Leila Al-​​Qattami, res­pon­sable média­tique et de com­mu­ni­cation du comité américano-​​arabe de lutte contre la dis­cri­mi­nation, s’insurge contre cette idée. De toute façon, c’est l’une des per­son­na­lités arabes les plus actives à l’exemple de l’organisation à laquelle elle appar­tient. Elle refuse éner­gi­quement les propos selon les­quels il n’existe pas de chance que les Arabes jouent un rôle poli­tique efficace et influent. « Au contraire, il y a de la déter­mi­nation à résoudre tous les pro­blèmes qui limitent la par­ti­ci­pation poli­tique arabe. De nom­breuses orga­ni­sa­tions œuvrent à aider les Arabes amé­ri­cains (3,5 mil­lions de citoyens) à s’inscrire en tant qu’électeurs. Elles sont bien financées et organisées ».

En ce qui concerne les pré­si­den­tielles actuelles, elle affirme qu’il y a d’importantes acti­vités arabes. Son comité a d’ailleurs créé une unité de sur­veillance des élec­tions. Mais sur le pra­tique peut-​​on parler d’un succès ? Nihad Awad fait état d’un progrès « qui n’est pas mal ». Son orga­nisme et d’autres centres isla­miques font de grands efforts pour aider les Arabes à par­ti­ciper aux élec­tions. Il existe évidemment un fossé consi­dé­rable entre les moyens de ces orga­ni­sa­tions et les orga­ni­sa­tions juives. Il existe à Washington 4 orga­ni­sa­tions isla­miques seulement contre 104 juives. Le budget des pre­mières ne dépasse pas les dix mil­lions de dollars alors que pour les orga­ni­sa­tions juives c’est de 300 à 400 mil­lions de dollars. Les fonc­tion­naires des orga­ni­sa­tions arabes sont une qua­ran­taine par unité contre pas moins de 600 dans les orga­ni­sa­tions juives. De plus, ce n’est pas une simple question quan­ti­tative mais aussi celle de l’identité arabe. Ghandour relève que la com­mu­nauté arabe ne par­vient pas « à véhi­culer la réalité concernant son origine cultu­relle, nationale, civi­li­sa­tion­nelle et reli­gieuse. C’est normal puisque les Arabes eux-​​mêmes l’ignorent ».

Autre aspect inconnu dans le monde arabe, celui de la place du conflit arabo-​​israélien chez les citoyens arabes amé­ri­cains. Nom­breux sont ceux qui s’imaginent que c’est le facteur déter­minant dans leur choix élec­toral. Or, cela n’est pas vrai. Il existe de nom­breuses causes inté­rieures et exté­rieures qui contri­buent à for­muler l’attitude des élec­teurs arabes. Le com­mu­niqué du groupe arabe qui sou­tient Obama sou­ligne entre autres que cet appui vient du fait « qu’il est engagé à l’égard des ques­tions qui nous importent de manière pro­fonde, à savoir les droits civils, l’image des Arabes, le règlement paci­fique du conflit arabo-​​israélien, un retrait rai­son­nable de l’Iraq, la fer­meture de la prison de Guan­tanamo, la réforme de la loi sur l’immigration, l’encouragement des droits de l’homme et des droits civiques dans le monde arabe ». Donc, c’est un point parmi d’autres et vu de manière très modérée.

Leila Al-​​Qattami relève donc l’importance de ce croi­sement entre les affaires inté­rieures amé­ri­caines et les ques­tions de Palestine et d’Iraq. D’où la question-​​clé : si Obama et McCain appuient fina­lement Israël, que peuvent faire les Arabes amé­ri­cains et qui méritent leur soutien ? Pour Nihad Awad, « il ne faut pas être sen­ti­mental. La question est beaucoup plus com­pliquée. La poli­tique tra­di­tion­nelle des deux parties est fondée sur le soutien d’Israël. Il ne faut s’attendre à du chan­gement. Cela fait partie de la culture poli­tique américaine ».

Cela dit, Awad reconnaît que des diver­gences existent : « L’un veut rester 100 ans en Iraq, insiste à la confron­tation avec le monde arabo-​​musulman, parle de l’islam fas­ciste et du ter­ro­risme isla­mique. L’autre sou­tient le dia­logue, l’entente et la paix ». A cet égard, le can­didat à choisir est bien désigné ?