Les Arabes attendent l’invitation

Salama A. Salama, vendredi 5 décembre 2008

Après 8 ans de ter­gi­ver­sation avec l’Administration Bush, au cours des­quels les causes arabes ont perdu plus que ce qu’elles ont perdu avec n’importe quelle autre Admi­nis­tration amé­ri­caine, il semble néces­saire que les Arabes se mettent d’accord sur une position unie et claire.

La vague d’optimisme qui a envahi le monde à la suite de l’élection de Barack Obama ali­mente encore l’imagination des hommes poli­tiques et des gens ordi­naires dans le monde arabe. Nom­breux sont ceux qui pensent que la nou­velle Admi­nis­tration amé­ri­caine pro­duira le chan­gement long­temps attendu, après 8 ans de guerres et de poli­tiques incom­pé­tentes qui ont fermé tous les horizons chez cer­tains peuples.

Pour un large secteur de citoyens arabes, la per­son­nalité du nouveau pré­sident amé­ricain constitue un exemple de com­plé­men­tarité entre les cultures et les races. Et ce, à cause de ses racines mélangées, ses ori­gines cultu­relles et reli­gieuses variées : blanche, noire, amé­ri­caine, asia­tique et afri­caine, musulmane et chré­tienne. Ce qui ren­drait aux peuples du monde leurs espoirs de voir régner la justice, la liberté et la prospérité.

Mais la réalité a tou­jours prouvé que les rêves étaient une chose et leur réa­li­sation une toute autre chose. Il s’avère impos­sible de faire dépendre le destin du monde et de l’humanité de la sagesse d’une seule per­sonne ou d’un seul pré­sident, quel que soit le nombre de conseillers qui l’entourent. Les espoirs ne se réa­lisent que par les efforts et la per­sis­tance. C’est-à-dire que les ima­gi­na­tions trop exa­gérées doivent retomber sur terre, car ceux qui parient sur la sagesse, l’intelligence et la modé­ration d’Obama doivent eux-​​mêmes prendre des pas obli­geant les autres à les traiter comme ils le méritent.

C’est ce que l’Europe a vite fait afin d’élaborer une base de rela­tions où Washington ne détiendra pas seul les rênes de la prise de décision. Et la crise finan­cière est sur­venue au bon moment pour redis­tribuer les rôles et les res­pon­sa­bi­lités. Surtout pour réfuter les anciens dires pro­pagés par Rum­sfeld à propos de l’ancienne Europe, et selon les­quels les Etats-​​Unis se seraient permis de déclencher la guerre contre l’Iraq et d’installer des bases mili­taires en Répu­blique tchèque et en Pologne sans entrer en consul­tation avec l’Europe.

En ce qui nous concerne dans le monde arabe, nous restons en attente de quelqu’un qui nous invi­terait ou qui frap­perait à notre porte pour résoudre nos pro­blèmes. Et comme d’habitude, chaque Etat arabe tentera, indi­vi­duel­lement et sans aucune consul­tation avec les autres Etats, de trouver une occasion pour ren­forcer ses rela­tions avec la nou­velle Admi­nis­tration ou de se tracer un chemin qui l’approcherait d’Obama ou du cercle de ses conseillers, nou­veaux ou hérités de l’ère de Clinton.

Après 8 ans de ter­gi­ver­sation avec l’Administration Bush, au cours des­quels les causes arabes ont perdu plus que ce qu’elles ont perdu avec n’importe quelle autre Admi­nis­tration amé­ri­caine, il semble néces­saire que les Arabes se mettent d’accord sur une position unie et claire. Cette position devra être annoncée à Obama et à son Admi­nis­tration de façon col­lective et individuelle.

Aujourd’hui, rien n’est plus dan­gereux que les divi­sions pales­ti­niennes et les conflits qui se déroulent entre le Fatah et le Hamas, sans dis­penser les Etats arabes de la res­pon­sa­bilité de leur échec à résoudre cette crise et parfois même de la res­pon­sa­bilité de son aggravation.

L’administration Bush a réussi avec la coopé­ration d’Israël à pro­duire cette fissure pro­fonde dans la cause pales­ti­nienne. Et quand les pré­si­dents arabes par­tiront à la ren­contre d’Obama et de Hillary Clinton, il se peut qu’ils ne trouvent devant eux que Bush et Condo­leezza Rice.