Le village d’al-Walajah, en Cisjordanie, redoute d’être emmuré

Selim Saheb Ettaba, mardi 13 juillet 2010

al-​​Walajah « est le seul village de Cis­jor­danie qui sera com­plè­tement entouré par le mur »

Omar Hajaj montre le futur tracé de la bar­rière qui trans­formera sa maison en « cage de zoo ». Autour du village d’al-Walajah, promis à l’encerclement total par le mur israélien, monte le ron­ron­nement des bull­dozers. Une pro­fonde tranchée sépare désormais al-​​Walajah, dans le sud de la Cis­jor­danie, des terres du monastère de Cré­misan. Les travaux sur cette partie inachevée de la « bar­rière de sécurité » israé­lienne ont repris en avril après plu­sieurs années d’interruption. « (Le 5 juin) j’ai reçu un appel des minis­tères de l’Intérieur et de la Défense pour me fixer un rendez-​​vous chez moi le jour même », raconte Omar Hajaj, dont la ter­rasse offre une vue unique sur Jéru­salem et le quartier de colo­ni­sation de Gilo. « Ils m’ont expliqué qu’il y aurait une bar­rière élec­tro­nique de 15 mètres de long et 5 mètres de haut entre le mur et ma maison », ajoute ce père de trois enfants, dont la demeure se situera du côté « israélien », coupée du village. « Ils m’ont dit : "On auto­risera les visites de la famille et des amis, mais tu devras répondre d’eux" », poursuit Omar Hajaj. « Il y aura deux portes pour sortir, mais elles ne devront jamais être ouvertes en même temps », ajoute-​​t-​​il, stylo et cahier à la main. « Ceux qui aper­ce­vront ma maison clô­turée par une bar­rière auront l’impression de voir un zoo avec des animaux en cage », ricane-​​t-​​il.

Com­plè­tement dépendant, en par­ti­culier pour les ser­vices de santé, de la ville pales­ti­nienne voisine de Bethléem, al-​​Walajah « est le seul village de Cis­jor­danie qui sera com­plè­tement entouré par le mur », explique Willow Heske, une porte-​​parole de l’ONG Oxfam, qui conduit un projet pour aider les 2 000 habi­tants à s’organiser.

La bar­rière sépare les vivants, mais aussi les morts. Ahmad Saleh Bar­ghouth attend le 25 juillet une décision de la justice israé­lienne sur son recours pour que la bar­rière contourne la partie de son verger où reposent ses parents et sa grand-​​mère. « C’est le cime­tière familial », sou­ligne cet agri­culteur sexa­gé­naire aux cheveux et à la mous­tache blancs, « nous sommes musulmans, mais mon frère a épousé une chré­tienne, c’est le seul endroit où ils pourront être enterrés ensemble ».

Des rubans bleus accrochés marquent le tracé de l’ouvrage. « Cet arbre menaçait-​​il les occu­pants (israé­liens) ? » s’empourpre-t-il devant un pin abattu il y a près d’un mois, arraché avec des dizaines d’autres arbres, dont de nom­breux oli­viers, pour dégager le terrain. Al-​​Walajah se targue d’abriter le plus vieil olivier de Palestine, un arbre noueux de 5 000 à 7 000 ans. Mais la pers­pective de la construction du mur menace l’existence même de la localité, accuse le pré­sident du conseil local, Saleh Helmi Khalifa. « Tous les jeunes parlent de quitter le village pour aller à Bethléem et ne plus être enfermés. » Il réfute l’argument selon lequel la bar­rière, dont l’édification a com­mencé en 2002 à la suite d’une vague d’attentats pales­ti­niens, pro­té­gerait la popu­lation israé­lienne. « L’arrêt des attentats-​​suicide est avant tout une décision pales­ti­nienne. La preuve : le mur n’est pas encore achevé, et il n’y a plus d’attentats », argu­mente Saleh Helmi Khalifa. Plus de 400 des 709 km prévus de la bar­rière, constituée alter­na­ti­vement de bar­belés, de fossés, de clô­tures élec­tro­niques équipées de sen­seurs ou de murs de béton, ont été achevés.

« Le mur est l’une des mani­fes­ta­tions les plus laides de la colo­ni­sation », a affirmé le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien, Saëb Erakat, dans un com­mu­niqué publié à l’occasion de l’anniversaire de l’avis de la Cour inter­na­tionale de justice (CIJ) du 9 juillet 2004 jugeant sa construction illégale et exi­geant son déman­tè­lement. Selon lui, « il s’agit d’un acca­pa­rement de terres déguisé en mesure de sécurité et destiné à per­mettre aux colonies illé­gales de Cis­jor­danie et de Jérusalem-​​Est de s’étendre ».