Le temps des assassins

Le Quotidien d’Oran, mardi 4 mars 2008

C’est le temps des assassins. Israël tue des enfants, des femmes à Gaza… Combien étions-​​nous à suivre en direct l’effet de la terreur fas­ciste dans le regard des enfants pales­ti­niens, dans ces bras impuis­sants qui montent au ciel ? C’est le temps des assassins et de la veu­lerie aussi. A la rage impuis­sante qui nous étreint, s’est ajoutée la nausée d’entendre ceux qui font mine de croire que la cause du carnage est due aux lancers de roquettes. Hamas est donc l’auteur du massacre !

Qu’Israël raconte ce men­songe avec l’appui des Amé­ri­cains qui envoient un bâtiment de guerre au large du Liban pour appuyer le mas­sacre, ne nous sur­prend pas. C’est dans l’ordre des choses. La « Civi­li­sation » ne trouve rien à redire à la mort des enfants et des femmes de Gaza, mais elle est indignée par le boycott arabe du Salon du livre de Paris qui met Israël au pinacle. On aurait tort de mêler la lit­té­rature à la poli­tique… Le sang des petits Pales­ti­niens ne doit pas empêcher les ren­contres mon­daines. On s’y fait à la duplicité occidentale.

Mais on ne com­prendra jamais qu’un pitoyable ministre de l’Information de la soi-​​disant Autorité pales­ti­nienne se fende d’un texte rendant le Hamas res­pon­sable du mas­sacre ! C’était tel­lement écoeurant que même des res­pon­sables du Fatah ont eu un haut-​​le-​​coeur. Ce fut le cas de Jibril Rajoub. Ce fut aussi le cas du Dr Mus­tapha Bar­ghouti et de beaucoup d’autres : l’Autorité pales­ti­nienne et les Etats arabes sont en train de dépasser la ligne rouge. Celle qui, au nom du souci de ne pas déplaire aux Amé­ri­cains, les pousse à jus­tifier les mas­sacres. La limite a été dépassée par ce ministre palestinien.

Le chemin avait été balisé par Mahmoud Abbas qui a accusé, il y a quelques jours, le Hamas d’avoir introduit Al-​​Qaïda à Gaza. On se demandait jusqu’où ils iront dans l’aveuglement. Si Israël mas­sacre et que des « res­pon­sables » pales­ti­niens accusent le Hamas, cela veut dire qu’on est allé loin, très loin. Imaginent-​​ils qu’en faisant cela, ils s’attirent un quel­conque respect des Amé­ri­cains ? Qu’on va leur donner un Etat après qu’on aura appliqué la solution finale à Gaza ?

Hier, le Dr Ezmi Bechara avait presque perdu l’usage de la voix en répétant à ces diri­geants pales­ti­niens et arabes qu’Israël n’a pas besoin de pré­texte pour tuer, occuper, détruire… Et qu’ils sont dans la tra­hison quand ils se mettent à pérorer sur les roquettes de la résis­tance pales­ti­nienne. Hier, le Dr Mus­tapha Bar­ghouti, qui n’est pas un isla­miste -appa­remment, il faut le préciser-​​, expli­quait qu’il faut arrêter ce dis­cours, qu’il faut arrêter les fausses négo­cia­tions avec Israël et qu’il faut se mobi­liser pour Gaza. Voilà des paroles justes au milieu du massacre.

Ce carnage est une consé­quence de la confé­rence d’Annapolis qui sert d’alibi à l’actuel carnage après l’état de siège. C’est parce que les offi­ciels arabes ont aban­donné Gaza qu’il faut se mobi­liser partout où cela est pos­sible. C’est le temps des assassins, il ne doit pas être aussi celui de l’indignité…

par K. Selim