Le téléphone sonna vers 7h30. L’armée venait d’arriver

Laura, jeudi 22 juillet 2010

Des­truc­tions de maisons, de vil­lages, contraindre à partir les Pales­ti­niens privés de moyens de sub­sis­tance ou comment pour­suivre le net­toyage eth­nique de la Palestine

Bonjour à tous,

Je vous écris aujourd’hui depuis la Vallée du Jourdain, en Cisjordanie occupée.

Hier matin, 10 familles du village de Bardala, au Nord de la Vallée, ont reçu des ordres d’évacuation de l’Administration israélienne.

Ceci parce qu’elle vivent dans des baraques en taule en Zone C. La Zone C est, selon les accords d’Oslo, sous contrôle israélien [1]. Ces familles sont issues de com­mu­nautés bédouines mais ne peuvent plus être nomades puisqu’Israël les empêche de se déplacer. Forcées de se séden­ta­riser, elles se sont ins­tallées en bordure du village de Bardala. Ce village se trouve en zone B. Zone qui est sur­peuplée et qui ne peut par consé­quent pas accueillir de bergers avec leurs trou­peaux. C’est pour cette raison que ces familles se trouvent à la lisière du village, ainsi que pour avoir un accès à l’eau et à d’autres services.

Je suis allée visiter l’une de ces familles. Elle possède 300 moutons et l’ordre d’évacuation stipule que si la famille ne quitte pas les lieux d’elle-même, l’armée détruira la maison et confis­quera les bêtes. En prime, la famille devra payer les frais relatifs à cette confis­cation (frais de trans­ports des bêtes, nour­riture, etc) …

La nuit der­nière j’ai dormi dans une famille près du village d’Ein Beida, également au Nord de la Cis­jor­danie. Cette famille réside aussi illé­ga­lement en zone C. Elle vit sur les terres d’un village qui a été rasé par l’occupant en 1967. Ce village com­prenait alors plus d’une ving­taine de maisons. Aujourd’hui, Jordan Valley Soli­darity utilise une partie de cette terre pour y fabriquer des briques en terre et en paille. Ces briques servent à recons­truire des maisons détruites par l’occupant israélien dans la Vallée du Jourdain.

Au lever du soleil toute la famille s’est levée pour s’occuper des bêtes, traire les vaches, faire le pain et le fromage. J’ai ainsi pu apprendre les rudi­ments de confection de la base de l’alimentation rurale des Pales­ti­niens. Me trouvant entourée d’un paysage idyl­lique et occupée à apprendre le savoir-​​faire des Bédouines, j’en oubliais presque l’occupation !

Le télé­phone sonna vers 7h30. L’armée venait d’arriver à Farsiye et à Ghazal, deux vil­lages voisins. L’armée, la police et les bull­dozers. Une heure après, plus de 50 maisons, granges et abris en taule étaient détruits. 22 familles se retrouvent sans leurs seules res­sources : l’agriculture et leur bétail.

L’armée n’a laissé approcher per­sonne. Tous les agri­culteur des environs venus sou­tenir les vic­times se sont vus interdire de s’approcher à moins de 100m de la scène et de prendre des photos.

Les soldats sont bien briffés : ces Pales­ti­niens se sont ins­tallés sur une « zone mili­taire fermée ». Et non l’inverse ! Pas moyen de dis­cuter, « il n’y avait per­sonne sur ces terres avant la création de l’État d’Israël » … Que répondre au plus vieil argument sio­niste, quand votre inter­lo­cuteur n’a pas envie de dis­cuter et qu’il est armé jusqu’aux dents ?

[1] voir aussi PNN le 19/​​07/​​2010 :

L’Administration Civile prête à démolir des « construc­tions illé­gales » en Cis­jor­danie

Le gou­ver­nement israélien a enjoint l’Administration Civile à plus de fermeté dans la mise en appli­cation de ce qu’il considère comme des construc­tions illé­gales dans la zone C de la Cisjordanie.

La zone C est constituée des ter­ri­toires occupés de Cis­jor­danie placés sous contrôle total israélien selon les termes des accords d’Oslo. L’Administration Civile est l’organe israélien chargé des ques­tions admi­nis­tra­tives en Cisjordanie.

6 zones sont concernées par les injonc­tions, dont celles du Mont Hébron et de la Vallée du Jourdain, selon une dépo­sition d’un officiel de l’administration auprès de la Cour Suprême, le colonel Zvika Cohen. Cohen répondait à une requête émise par Regavim, orga­ni­sation pour la pro­tection des biens nationaux, qui cherche à faire res­pecter un « ren­for­cement de la super­vision dans les zones de menace sécuritaire . »

Il y a un mois, la Cour Suprême déli­bérait à propos des affir­ma­tions du repré­sentant de l’Etat Nahi Ben-​​​​Or, selon les­quelles les mesures contre les construc­tions illé­gales n’étaient pas appli­quées. Lors de son verdict, la Cour avait statué que l’Etat devait fournir des preuves sup­plé­men­taires pour appuyer ses affirmations.

Le rapport déclarait que « le ministère de la Défense a donné des ins­truc­tions visant à ren­forcer la mise en appli­cation des mesures contre les construc­tions pales­ti­niennes illé­gales, avec une priorité mise sur les struc­tures posant une menace sécu­ri­taire. » Bien que le gou­ver­nement n’ait pas pour intention de détruire les bâti­ments d’al-Bireh-comme il en était ini­tia­lement question-​​​​, il cherche à viser les maisons pales­ti­niennes en général. Jeudi dernier, deux maisons près d’Hébron ont ainsi été démolies.

Yehuda Eliyahou, chef de Regavim avait affirmé qu’« avec l’appui que reçoit l’Etat de la Cour Suprême contre l’application de la loi dans les com­mu­nautés pales­ti­niennes, nous pouvons com­prendre pourquoi le pays perd tant de terrain. »

http://​french​.pnn​.ps/​i​n​d​e​x​.​p​h​p​?opti…