Le syndrome de Gaza

Amine Lotfi, samedi 19 janvier 2008

Alors qu’Israël mul­tiplie les raids meur­triers sur Ghaza, la com­mu­nauté inter­na­tionale reste impas­sible, détournant les yeux d’un mas­sacre systématique.

Chaque jour qui passe apporte son lot de morts pales­ti­niens sans que l’Etat hébreu ne soit rappelé à l’ordre par ceux-​​là même qui affirment vouloir ins­taurer enfin la paix dans la région. Il semble bien que ni l’Europe ni les Etats-​​Unis ne dis­posent de moyens de coer­cition sur Israël ou tout au moins ne désirent pas y recourir puisque de toute évidence Israël mène une action mili­taire de grande envergure contre Hamas avec l’assentiment tacite de diri­geants du monde pressés d’en finir ainsi avec le Hamas palestinien.

Qu’importe si dans le feu nourri de cette action, ce sont d’abord des vic­times sans armes qui tombent. Cela fait figure de détails anec­do­tiques pour un Occident qui juge qu’il y a de bons et de mauvais pales­ti­niens et dont il est permis de se demander s’il n’a pas délégué à Israël l’initiative de faire la part des choses par la voie des armes. Les Pales­ti­niens s’achemineraient ainsi vers une paix des cime­tières qui ne lais­serait face à Israël que les inter­lo­cu­teurs les plus acceptables.

C’est la vieille règle de la division qui est à l’œuvre au relais des conflits inter­pa­les­ti­niens qui ne pou­vaient mieux tomber pour Israël qui se voit ainsi offrir l’occasion ines­pérée de se pré­senter comme favo­rable à un dia­logue avec des Pales­ti­niens jugés modérés pour ne pas dire acquis aux thèses occi­den­tales. Il est clair, dans ce sens, qu’Israël utilise sa force d’intervention mili­taire pour peser aussi sur les rap­ports de force interpalestiniens.

Le seul Etat pales­tinien envi­sa­geable par Israël ne sortira que des décombres de Ghaza et de son cortège de morts. L’escalade actuelle de l’armée israé­lienne inter­vient d’ailleurs en parallèle des négo­cia­tions sur l’avenir d’un pro­cessus de paix qui, comme l’horizon, s’éloigne à chaque fois qu’on s’en approche. L’Etat hébreu, depuis les accords d’Oslo, n’a fait que gagner du temps avec l’arrière-pensée constante de ne faire aucune concession à des Pales­ti­niens qui, dans l’inconscient col­lectif israélien, restent des ter­ro­ristes armés jusqu’aux dents.

L’arrivée du Hamas au pouvoir a été lar­gement ins­tru­men­ta­lisée pour nourrir cette thèse avec l’appui de l’Europe et des Etats-​​Unis qui ont tou­jours fait de la survie d’Israël un credo. Une posture qui jus­tifie que tout ce qu’entreprend l’Etat hébreu, y compris et surtout ses exac­tions contre les popu­la­tions pales­ti­niennes, ne soit réprouvé que du bout des lèvres par l’Europe et les Etats-​​Unis qu’on ne voit pas se porter au secours des popu­la­tions de Ghaza sous les bombes israé­liennes. Au nom d’un devoir d’ingérence huma­ni­taire, si souvent invoqué pour d’autres guerres et conflits mais qui, dans cette partie du monde, atteint ses limites.