Le rôle des Nations Unies dans la guerre et la paix

Denis Halliday, lundi 18 janvier 2010

« L’ONU des mar­chands d’armes – le com­merce le plus répré­hen­sible et pourtant le plus pro­fi­table de la planète »

Le 1er décembre 2009, Denis Hal­liday donnait une confé­rence à Montréal inti­tulée « Le rôle des Nations Unies dans la guerre et la paix ». M. Hal­liday, qui a tra­vaillé une tren­taine d’années pour les Nations Unies, a exposé les grandes lignes des nom­breuses défaillances de l’organisation : l’incongruité du Conseil de sécurité et l’importance de sa réforme, le principe des deux poids deux mesures appliqué par les cinq membres per­ma­nents et qui sert les intérêts d’une minorité, la nécessité de cri­mi­na­liser la guerre etc.

Il arrive que le New York Times fasse ce qu’il faut. Ce matin (1er décembre 2009) l’éditorial a condamné le vote du réfé­rendum suisse pour interdire partout au pays la construction de minarets sur les mos­quées. Sur la page en regard de l’éditorial, Bob Herbert a cité Eisen­hower : « Je déteste la guerre, comme seul le peut un soldat qui l’a vécu, qui a vu sa bru­talité, sa futilité et sa stu­pidité. » Il ajoute, « Chaque canon jamais fabriqué, chaque navire de guerre lancé, chaque roquette mise à feu repré­sente, au bout du compte, un vol au détriment de ceux qui ont faim et ne sont pas nourris, de ceux qui ont froid et ne sont pas vêtus »

Merci par­ti­cu­liè­rement au pro­fesseur Chos­su­dovsky de m’offrir cette oppor­tunité de parler à Montréal, d’écouter les réac­tions et com­men­taires de l’assistance et d’apprendre de ceux-​​ci.

Comme vous l’avez peut-​​être deviné, cette analyse de l’ONU ne se veut pas « réso­lument opti­miste ». Nous sommes ici pour réfléchir et envi­sager quelque chose de mieux, de dif­férent. Quelque chose de repré­sen­tatif, un orga­nisme res­pec­tueux des lois inter­na­tio­nales, qui se consacre à l’égalité des pays et des peuples. Une orga­ni­sation qui croit réel­lement en une seule norme de com­por­tement et de trai­tement pour tous… et non aux deux poids deux mesures, comme c’est le cas actuellement.

L’éditorial du New York Times du 21 novembre suggère que les lec­teurs ne devraient pas être trop cri­tiques envers la récente visite du pré­sident Obama en Chine… alors qu’il tente tou­jours de res­taurer l’autorité morale des États-​​Unis ! Ma pre­mière pensée fut : Res­taurer quelle autorité morale ?

Ma deuxième réflexion fut : le concept de res­tau­ration devrait abso­lument s’appliquer aux Nations Unies ! Et en par­ti­culier au Conseil de sécurité res­pon­sable de la paix et de la sécurité dans le monde. C’est vers ce Conseil que nous devons nous tourner pour une autorité morale laïque, un lea­dership mondial, le respect de la loi inter­na­tionale et l’administration de la coexis­tence paci­fique dans le monde. Mais nous ne le faisons pas non ?

Avant de plonger dans l’entreprise de res­tau­ration, exa­minons comment l’ONU est perçue de nos jours.

Pre­miè­rement, il y a l’ONU des attentes irréa­listes des peuples : la façon dont nous voulons qu’elle soit, qu’elle agisse, qu’elle nous repré­sente nous qui sommes pré­oc­cupés ! Une ONU qui appor­terait de la bonne volonté et du bien-​​être à l’humanité partout où elle se trouve.

Nous voulons qu’elle soit l’ONU du pré­ambule : « Nous, peuples des Nations Unies, résolus à pré­server les géné­ra­tions futures du fléau de la guerre […] à pro­clamer à nouveau notre foi dans les droits fon­da­mentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la per­sonne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites, à créer […] la justice et [le] respect des obli­ga­tions nées des traités et autres sources du droit inter­na­tional, à favo­riser le progrès social et ins­taurer de meilleures condi­tions de vie dans une liberté plus grande, et à ces fins à pra­tiquer la tolé­rance, à vivre en paix l’un avec l’autre dans un esprit de bon voi­sinage, à unir nos forces pour main­tenir la paix et la sécurité internationales […] »

Je crois que la plupart d’entre nous veulent une ONU qui se dis­tingue des affreuses poli­tiques du G-​​8, de l’UE, de l’OTAN des États-​​Unis et du Royaume-​​Uni et des guerres menées illé­ga­lement par des États membres de l’ONU, comme au Congo, en Tchét­chénie, à Gaza, en Géorgie, en Irak, au Pakistan, au Soudan et en Afgha­nistan, au moment où l’on se ren­contre ce soir. Les poli­tiques atroces ont miné le Pré­ambule – en fait, elles ont négligé l’esprit et la lettre de la Charte de l’ONU !

Mal­heu­reu­sement, cette ONU par­faite n’existe pas. Pas plus que son autorité morale.

La deuxième per­ception est la sui­vante : l’ONU des « Maîtres de l’univers » ! Les cinq pou­voirs au droit de veto et membres per­ma­nents du Conseil de sécurité – les soi-​​disant vain­queurs de la Seconde Guerre mon­diale. Le vieux club de 1945. Les cinq États qui ont cor­rompu la Charte de l’ONU et cor­rompu le travail de l’ONU. En appli­quant la règle deux poids deux mesures et en méprisant la loi, ils ont essen­tiel­lement permis à l’organisation de servir leurs intérêts plutôt que de remplir son mandat.

Je fais réfé­rence aux cinq États membres les plus dan­gereux, qui fabriquent et vendent quelque 85% des armes mili­taires, incluant des armes nucléaires et ce que l’on nomme armes de des­truction massive. C’est l’ONU des mar­chands d’armes — le com­merce le plus répré­hen­sible et pourtant le plus pro­fi­table de la planète.

Et il est tra­gique et vraiment bizarre que ces mar­chands d’armes soient les mêmes États membres aux­quels la Charte de l’ONU confie le maintien de la paix et de la sécurité dans le monde ! Je suis certain que vous voyez la décon­nexion ? L’incompatibilité ? L’absurde réalité des puis­sances nucléaires et des ven­deurs d’armes res­pon­sables de la coexis­tence paci­fique ?! C’est de la folie !

Troi­sième per­ception : L’ONU du Secré­tariat, du Secré­taire général, est-​​elle la ser­vante des États membres ? Le Secré­taire général est le leader admi­nis­tratif de la famille d’agences, de pro­grammes et d’organisation onu­siennes. C’est le soi-​​disant système de l’ONU qui prend ses ins­truc­tions des États membres – les action­naires – dont cer­tains sont parmi les cinq membres per­ma­nents et d’autres parmi les 191 États membres de l’Assemblée générale qui sub­sistent dans l’ombre des cinq membres per­ma­nents. Les ordres dictés par la poli­tique arrivent direc­tement – selon mon expé­rience per­son­nelle en Irak alors que je diri­geais le Pro­gramme huma­ni­taire de l’ONU – ou par le biais des conseils, des assem­blées, des comités des États membres, etc.

Je peux sou­tenir que cela est conve­nable : les parties pre­nantes ont des droits ! Tou­tefois, cela a pour effet de nous rap­peler que malgré les mots du Pré­ambule de la Charte « Nous, peuples », les Nations Unies sont une orga­ni­sation d’États, NON PAS de peuples. Les vraies per­sonnes par­ti­cipent en réalité d’une façon limitée, parfois par le biais des ONG affi­liées de diverses manières. L’essentiel cependant, c’est l’État, votre État et mon État. Et géné­ra­lement les États ne pensent pas avec le cœur ou l’esprit ni ne sont guidés par des mœurs quel­conques (excepté le Canada bien sûr !), mais sont uni­quement sen­sibles à l’intérêt per­sonnel, au pouvoir et à l’ambition. Cet intérêt per­sonnel atteint une forme artis­tique suprême lorsqu’il est question des cinq puis­sances au droit de veto du Conseil de Sécurité. Et l’intérêt per­sonnel n’est pas cau­tionné par la Charte de l’ONU !

Comme Bill Clinton et Madame Albright se plai­saient à dire, les Nations Unies sont là pour servir les meilleurs intérêts… de la poli­tique étrangère amé­ri­caine. Tou­tefois, pour être juste, il faut admettre que d’autres États voient indu­bi­ta­blement l’organisation d’une manière assez simi­laire, mais sont plus dis­crets ! Et manquent d’ambition et de puis­sance mili­taire pour former un empire mondial .

Main­tenant nous avons le pré­sident Obama, qui veut tra­vailler avec les Nations Unies et être un joueur au lieu de dominer et contrôler. Cela semble bien. Nous attendons de voir ce qu’il en sera en réalité, puisqu’il étend la guerre en Afgha­nistan, conserve la prison de la base aérienne de Bagram pleine de pri­son­niers tor­turés et non accusés, termine la des­truction de l’Irak, refuse de mettre un terme à l’occupation d’Okinawa, est insen­sible au point de cri­tiquer la Chine pour ses abus des droits humains, lorsque les États-​​Unis eux-​​mêmes détiennent une fiche déplo­rable à cet égard, et aussi puisqu’il menace main­tenant l’Iran mili­tai­rement. Ce n’est peut-​​être pas exac­tement le genre de nouveau joueur que l’on espérait ! Cependant, gardons nos doigts croisés…

Dans le contexte de la troi­sième per­ception de l’ONU, permettez-​​moi d’ajouter que les pro­grammes, les agences et les orga­nismes de l’ONU font du bon travail chaque jour partout dans le monde — LORSQUE les Maîtres de l’univers ne leur ordonnent pas de faire le contraire. Par exemples :

Le refus de l’Organisation mon­diale de la Santé (OMS) de faire face hon­nê­tement aux épou­van­tables dangers que com­porte l’usage mili­taire de l’uranium appauvri. Je suis certain que vous avez vu les der­nières données concernant Fal­lujah ? Où la mor­talité infantile a monté en flèche et les mal­for­ma­tions congé­ni­tales – deux têtes, pas de membres – sont de plus en plus fré­quentes. Les femmes craignent désormais de tomber enceinte. Croyez-​​moi, demain nous ferons tous face aux hor­reurs aux­quelles Fal­lujah fait face aujourd’hui si nous ne ban­nissons pas l’usage de l’uranium appauvri. Un mou­vement mondial est en marche, leur site web est le suivant : www.bandepleteduranium.org.

OU la concession d’un faible mandat et d’une habileté insuf­fi­sante au Pro­gramme envi­ron­ne­mental de l’ONU pour anti­ciper et gérer les cala­mités cli­ma­tiques et envi­ron­ne­men­tales dans le monde. Nous connaissons les décep­tions de Kyoto et main­tenant Copen­hague s’annonce très dif­ficile. Même si aujourd’hui nous voyons bouger la Chine et les États-​​Unis, l’ONU doit détenir une autorité de super­vision indé­pen­dante en ce qui a trait aux poli­tiques sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques et leur implan­tation, si le sommet de Copen­hague est pour être dif­férent de celui de Kyoto.

La mise de côté trop fré­quente de l’avis d’experts objectif de l’AIEA – l’Agence inter­na­tionale de l’énergie ato­mique – par le Conseil de Sécurité lorsque l’agression mili­taire est poli­ti­quement plus atti­rante ou sim­plement idéale à la construction d’un empire. Pour ce qui est de cer­tains États détenant l’arme nucléaire, comme le Pakistan, Israël et l’Inde – on ne permet pas à l’AIEA de s’impliquer !

OU l’intimidation des pays pauvres et endettés par le FMI et la Banque mon­diale afin de diminuer davantage leurs dépenses en éducation, en ser­vices sociaux, en logement et en soins de santé : nos droits humains, à nous tous, les plus fon­da­mentaux. Il s’agit des dépenses cru­ciales, si les pays pauvres doivent un jour s’évertuer à regagner du terrain, pour le bien-​​être et l’égalité entre les humains. La Banque mon­diale et le FMI servent qui ? Leurs rares action­naires, pas ceux qui en ont le plus besoin.

Ou encore la faible par­ti­ci­pation à la récente réunion de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome sur la « nour­riture » – dans un monde ou actuel­lement plus d’un mil­liard de per­sonnes font face à la famine et des mil­liards d’autres sont constamment aux prises avec la faim – ce dont nous devrions tous avoir honte. Et cela nous couvre tous de honte.

De nos pays de l’OCDE, les riches et les plus riches, le seul leader présent était M. Ber­lusconi, premier ministre du pays hôte ! Le pape a fait la meilleure décla­ration. Où était le lea­dership du Nord ?

Ou étaient les cinq grands ? La pénurie de nour­riture n’est-elle pas un pro­blème pour l’humanité, la paix et la sécurité ? Dans un envi­ron­nement ou il y a moins d’eau douce, ou la pro­duction ali­men­taire décline dans le Sud, ou les semences géné­ti­quement modi­fiées et le nouvel agro-​​impérialisme repré­sentent un danger, pourquoi n’étions-nous pas repré­sentés aux plus hauts niveaux ? Est-​​ce parce que nous sommes occupés à prendre soin de nous-​​mêmes ?

Tou­tefois, comme je l’ai men­tionné et malgré cette inter­fé­rence poli­tique et cette négli­gence, il se fait du bon travail tous les jours ! Ces orga­ni­sa­tions tech­niques de l’ONU, sont rem­plies de per­sonnel brillant et bien inten­tionné malgré leurs budgets limités. Ils tra­vaillent avec les ONG et la société civile partout sur la planète, par­ti­cu­liè­rement dans les pays en développement.

En ce qui concerne l’aide huma­ni­taire de l’ONU, l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-​​Orient (UNRWA) à Gaza nourrit quelque 80% de la popu­lation entière, alors que les Pales­ti­niens luttent et souvent ne sur­vivent pas aux blocus géno­ci­daire d’Israël. Un blocus que les États-​​Unis appuient et que l’UE et les États arabes per­mettent, tandis qu’ils attendent et regardent les vies et les attentes se ruiner.

Malgré les agences de l’ONU – UNICEF, UNWRA et les autres sur le terrain – la catas­trophe humaine s’amplifie alors que l’Égypte bloque la sortie à Rafah, comme elle l’a fait plus tôt cette année lorsque des mil­liers de réfugiés ten­taient d’échapper aux bom­bar­de­ments de civils avec des bombes au phos­phore blanc et à l’uranium appauvri. Et actuel­lement, ils empêchent la sortie des étudiants pales­ti­niens et l’entrée de la nour­riture et autres appro­vi­sion­ne­ments de base.

Le Conseil de sécurité ? Il s’est tourné les pouces au moment où Gaza et son peuple brûlait lit­té­ra­lement. En outre, il refuse tou­jours d’exiger que Gaza soit ouverte à l’aide mon­diale, à la démo­cratie, à l’espoir et aux oppor­tu­nités. Il a mani­fes­tement échoué à agir. Il a mani­fes­tement per­verti son mandat – c’est un Conseil tenu en otage par une minorité.

Espérons que les navires du Free Gaza Movement pourront bientôt briser l’étau israélien et per­met­tront aux Pales­ti­niens de res­pirer, de tra­vailler, de vivre et grandir.

Aussi, espérons que le Conseil de sécurité de l’ONU lira pro­chai­nement le rapport Gold­stone et aura le courage de s’y conformer et qu’il acceptera ses res­pon­sa­bi­lités de pro­téger les Pales­ti­niens de Gaza, les vic­times de ce qui a été qua­lifié de génocide « parfait ».

Qu’il s’agisse de Gaza ou du travail du Pro­gramme ali­men­taire mondial, lequel nourrit à l’heure actuelle des mil­lions de per­sonnes chaque jour, l’ONU égocen­trique du Conseil de sécurité constitue sans cesse un danger poli­tique. On tente sin­cè­rement de recourir au danger des sanc­tions ou de l’agression mili­taire avant de passer par une réso­lution paci­fique, un dia­logue conve­nable. Lorsque déterminé par la poli­tique, le droit de pro­téger (right to protect, R2P) consiste en une dérision des besoins huma­ni­taire. La poli­tique du Conseil fait de la Charte une parodie.

Comme il était bon récemment de voir la Chine refuser la demande d’Obama d’entrer en guerre avec l’Iran et sug­gérer plutôt une réso­lution non vio­lente, par le dia­logue et la négo­ciation. Mal­heu­reu­sement, ven­dredi dernier, les médias annon­çaient que la Russie et la Chine sem­blaient désormais envi­sager l’imposition de sanc­tions par l’ONU. Je crois qu’ils n’appuieraient pas les « sanc­tions para­ly­santes » que la Secré­taire d’État Clinton désire voir imposées : elle n’a vrai­sem­bla­blement rien appris des sanc­tions onu­siennes contre l’Irak.

Para­ly­santes ou pas, des sanc­tions de l’ONU appli­quées à l’Iran et à son peuple consti­tue­raient une « punition col­lective ». Et la punition col­lective viole le droit inter­na­tional. Les sanc­tions sont une forme de guerre, qui peut tuer des com­mu­nautés, qui tue des enfants, len­tement, comme ceux qui sont fami­liers avec l’Irak le savent. Il n’existe aucune jus­ti­fi­cation, il n’y aura jamais de jus­ti­fi­cation pour mettre à mort le peuple iranien.

Vos per­cep­tions ne sont peut-​​être pas sem­blables aux miennes. Voilà cependant mon expé­rience et ma per­ception de l’ONU à l’œuvre aujourd’hui. Elle est bien, très bien et très mau­vaise ; très dan­ge­reuse et tota­lement inac­cep­table. La Charte est cor­rompue, l’égocentrisme domine. Le plus petit nombre est aux com­mandes. Les échecs de l’ONU en matière de paix et de sécurité sont beaucoup trop fré­quents. Le droit inter­na­tional est au service de quelques-​​uns, pas de tous.

Nous nous sou­venons tous du jour où le Conseil de sécurité, sous la direction des États-​​Unis et du Royaume-​​Uni, a refusé de per­mettre à l’inspecteur en armement Hans Blix de ter­miner son travail en Irak, car Bush et Blair ne pou­vaient pas résister aux oppor­tu­nités de guerre, à la simple odeur des profits. Tel est le lea­dership dans les démo­craties mani­pulées par le capi­ta­lisme, souvent menées, appa­remment, par les chré­tiens régé­nérés qui ont oublié que leur homme était un socia­liste qui parlait d’amour, pas de guerre.

Pour per­mettre l’invasion de l’Irak, la Charte a été abusée et mal inter­prétée. Per­sonne n’a avalé les absur­dités de Bush et Blair à propos de la défense. À 45 minutes de Londres ! Il était évident que l’Article 51, lequel permet la défense légitime contre une menace immi­nente, ne s’appliquait pas.

Et main­tenant, le Conseil de sécurité de l’ONU fait face à l’expansion de la guerre contre le peuple afghan par la Grande-​​Bretagne et les États-​​Unis et peut-​​être par l’OTAN, peu enthou­siaste. Je ne m’attends à aucune action de la part du Conseil, mais l’expansion de la guerre soulève une question : lorsque la majorité des citoyens d’une démo­cratie s’opposent à la guerre ou à une guerre élargie, celle-​​ci est-​​elle légitime ?

Et qui est res­pon­sable ? Comment les citoyens peuvent-​​ils être tenus res­pon­sables – comme ils doivent l’être – lorsque des démo­craties décident d’entreprendre une guerre d’agression ? Nom­breux dirons qu’il n’y a pas de non-​​combattants dans une démo­cratie qui poursuit une guerre agressive. Autrement, à quoi se résume la res­pon­sa­bilité par­tagée de la démocratie ?

Au moment où la guerre prend encore une fois de l’ampleur, on peut se demander comment nous en sommes arrivés à cet état de fai­blesse, d’échec au Conseil de sécurité. Quand la pour­riture a-​​t-​​elle pris nais­sance ? L’on pourrait com­mencer par regarder l’année 1945, mais permettez-​​moi de vous ramener en 1920, lorsque Chur­chill et son homme, Harris, se sont mis à réduire à néant les rêves d’indépendance kurdes. Avec des biplans, ils ont décidé d’employer le « ter­ro­risme » (vous savez, comme la doc­trine « Choc et stupeur » uti­lisée à Bagdad au début 2003). Ils ont décidé de bom­barder des civils dans les villes et vil­lages kurdes du nord de l’Irak. Comme vous le savez bien, Chur­chill et Harris la Bombe (Bomber Harris) ont pour­suivi ces tac­tiques infâmes lorsqu’ils ont tué des cen­taines de mil­liers de civils en lançant des bombes incen­diaires à Ham­bourg, Berlin, Dresde, etc.

Depuis lors, le Conseil de sécurité de l’ONU a observé pas­si­vement les affaires se dété­riorer. Nous voyons à présent des régimes mili­taires tuer des civils en Afgha­nistan, au Pakistan et à Gaza, à l’aide d’aéronefs sophis­tiqués ou de drones Pre­dator, en uti­lisant de lourdes armes anti­blockhaus, des armes à sous-​​munitions, au phos­phore blanc ou à l’uranium appauvri contre des enfants, des femmes et des hommes. Ils bom­bardent les médias, comme ils l’ont fait avec les bureaux d’Al Jazeera à Bagdad et Kaboul. Récemment, le pro­fesseur Chos­su­dovsky et moi avons ren­contré un came­raman d’Al Jazeera, Sami Al Haj, à une Com­mission « popu­laire » des crimes de guerre en Malaisie, où il a décrit 7 ans d’abus et de torture dans les cages de Guantanamo.

À Gaza, des civils et du per­sonnel de l’ONU ont été attaqués et tués. Des entrepôts de nour­riture, des écoles et des cli­niques de santé ont également été attaqués. La semaine der­nière j’ai appris d’un col­lègue de l’ONU à Jéru­salem que l’armée israé­lienne, ayant com­plè­tement détruit du haut des airs l’American Inter­na­tional School , a jugé néces­saire de passer au bull­dozer la cour de récréation, les balan­çoires et glis­soires de l’école pri­maire. N’y a-​​t-​​il pas là une vio­lence incom­pré­hen­sible et une punition des enfants ? C’est incroyable ! Et il est également incroyable que les membres per­ma­nents du Conseil de sécurité de l’ONU se soient assurés que rien ne soit fait, rien, pour empêcher les tueries. La minutie du génocide peut être sidé­rante ! Et ça se poursuit, alors que nous nous ren­con­trons ici au chaud et en sécurité à Montréal, au moment où l’hiver arrive à Gaza et écrase ses enfants.

Pourquoi ai-​​je men­tionné Chur­chill ? Car il a été, avec Staline et Roo­sevelt, l’auteur de la Charte de l’ONU. Ce sont eux qui ont exigé l’emprise, le contrôle qu’assurent les cinq sièges per­ma­nents détenant un droit de veto.

Ai-​​je besoin de vous parler de Staline ? Non, n’allons pas dans son dossier des droits humains, vous êtes tous fami­liers avec ses pra­tiques bru­tales et fatales de net­toyage eth­nique. Après la perte de mil­lions de vies dans la guerre même, des mil­lions d’autres ont été tués en Union Sovié­tique. Une catas­trophe huma­ni­taire dif­ficile à imaginer.

Pour ce qui est de Roo­sevelt, nom­breux sont ceux qui consi­dèrent désormais qu’il désirait tel­lement se joindre à Chur­chill dans la guerre que l’attaque de Pearl Harbour a été « faci­litée », afin de d’entraîner les États-​​Unis dans la guerre.

Malgré les réserves et fina­lement la démission de l’amiral de la Flotte du Paci­fique, les navires de guerre états-​​uniens demeu­raient vul­né­rables au milieu du Paci­fique. L’amiral a supplié Roo­sevelt de ramener la flotte en Cali­fornie. Les ren­sei­gne­ments étaient dis­po­nibles rela­ti­vement à l’imminente attaque. Chur­chill a célébré lorsque Pearl Harbour a été frappé.

En résumé, nous avions ces trois hommes très durs en 1944-​​1945, aux­quels nous pouvons ajouter Chiang Kai-​​shek et Charles de Gaulle, pour faire cinq. Ils ont dirigé les cinq mêmes pays qui ont créé et détiennent, à ce jour, quelque 65 années plus tard, un droit de veto et des sièges per­ma­nents, et contrôlent le Conseil de sécurité de l’ONU.

Regardons les consé­quences que peut entraîner la pré­sence de sages-​​hommes de ce calibre discutable :

Les dom­mages causés à la cré­di­bilité de l’ONU, par son fonc­tion­nement ou la défaillance de son fonc­tion­nement, sont énormes. L’organisation est souvent perçue néga­ti­vement dans le monde, par­ti­cu­liè­rement par ceux qui ne sont repré­sentés d’aucune façon par les cinq membres magiques. Cette per­ception est aussi fré­quemment embrouillée : Nations Unies ou États-​​Unis ? C’est flou !

Je fais prin­ci­pa­lement réfé­rence au Sud, les pauvres et les plus pauvres. La majorité. Et je fais réfé­rence à cer­tains États sou­ve­rains, qui sont mal­chanceux d’être situés sur des gise­ments de pétrole, des richesses minières et pos­si­blement sur de l’eau et d’autres res­sources néces­saires aux riches et aux puis­sances mili­taires. Cer­tains d’entre nous ont une façon impi­toyable d’engloutir les res­sources natu­relles limitées des autres États sou­ve­rains. Les États « quelque peu » ou théo­ri­quement démo­cra­tiques semblent capables de jus­tifier des guerres d’agression, en plus de l’exploitation, du viol et du pillage. Certes, ils pré­fé­reront pro­ba­blement uti­liser des termes comme déve­lop­pement, inves­tis­sement et commerce !

Le Conseil de sécurité de l’ONU retarde, com­promet les déci­sions et ulti­mement acquiesce aux sou­haits des cinq grand, comme cela s’est passé avant l’invasion tota­lement illégale de l’Irak par les forces états-​​uniennes et bri­tan­niques au début de l’année 2003.

L’interrogatoire du gou­ver­nement qui a débuté récemment à Londres, même si elle est mieux que rien, n’a pas d’autorité.

Et l’ONU ? Elle est com­promise et davantage affaiblie. Ces États qui auraient pu opposer leur veto à cette invasion n’ont pas posé ce geste de rejet tel qu’il est requis par la Charte. Celle-​​ci a été ravagée, mais les États-​​Unis et le Royaume-​​Uni s’en sont sorti indemnes. Pas de condam­na­tions. Pas d’exclusion du Conseil de sécurité. Pas de com­pen­sation à payer, ni d’indemnisations ? Nyet !

Et l’application de deux poids deux mesures ? L’Irak envahit illé­ga­lement le Koweit et c’est la pagaille monstre, bien que Bagdad était prêt à négocier un retrait paci­fique. L’avidité capi­ta­liste pour le pétrole ira­quien, l’opportunité de faire la guerre et le souhait d’une pré­sence stra­té­gique dans la région ont très rapi­dement mis de côté cette pos­si­bilité paci­fiste. Et comme lors de la guerre du Golfe onu­sienne de 1991, une fois de plus le ter­ro­risme d’État, les atro­cités et la terreur de l’occupation et des tueries mili­taires on débuté et se poursuivent.

Entre-​​temps, les répa­ra­tions que l’Irak a versées jusqu’à présent au Koweit ont atteint 60 mil­liards de dollars et les ver­se­ments se pour­suivent. Entre-​​temps, le Vietnam attend son premier sous ! Des indem­ni­sa­tions seront-​​elles payées à l’Irak ? Je ne crois pas ! Ici encore, les deux poids deux mesures sont à l’œuvre.

J’ai tra­vaillé pour l’ONU à Bagdad, alors que les sanc­tions de l’organisation étaient en vigueur en 1997-​​1998, et la ville était sécu­ri­taire. Aujourd’hui, après les bom­bar­de­ments massifs, l’occupation et la mise en place d’un gou­ver­nement fan­toche, les assas­sinats et le net­toyage eth­nique sont des événe­ments quo­ti­diens ! Et quelque 100 000 mer­ce­naires états-​​uniens courent en liberté et tuent en violant et le droit national et le droit inter­na­tional. Le Conseil s’est-il exprimé ? Non.

Donc si le Conseil de sécurité est « truqué », où est la Cour pénale inter­na­tionale de l’ONU (CPI) ? Elle est captive comme les pri­son­niers en route vers Guan­tanamo Bay. Le pro­cureur a peu de pouvoir, autrement il frap­perait à la porte du 10 Downing Street ! Les États-​​Unis n’ont pas ratifié le traité de la CPI et M. Blair attend tou­jours d’être pour­suivi en justice dans son pays. Le club des anciens et les cinq grands sont pro­tégés. La CPI tra­vaille alors sur Taylor et Vla­dovic et d’autres petits cri­minels de guerre. Encore là, deux poids deux mesures, l’habituel talon d’Achille des Nations Unies.

La liste des échecs du Conseil de sécurité est longue et je n’ai pas l’intention de vous la dresser entiè­rement. Depuis le début de la soirée, j’ai déjà, au passage, touché aux consé­quences de l’intérêt per­sonnel et de l’inégalité entre les États membres, aux profits de la guerre et à la consom­mation des res­sources naturelles.

Je suppose que nous nous sou­venons tous comment les casques bleus de l’ONU sont restés là à attendre à Sre­brenica lors du mas­sacre de 7000 hommes et garçons musulmans. Le Conseil n’a pas réussi à pré­venir le net­toyage ethnique.

Aucun d’entre nous ne peut oublier les mas­sacres per­pétrés au Rwanda, alors que quelques mil­liers de troupes de l’ONU s’y trou­vaient et à qui le Conseil avait interdit de lever le petit doigt. Cer­tains ont tou­tefois prêté assis­tance sous le com­man­dement d’un cou­rageux général canadien qui a décrit la situation en détails. Qui a déclenché le génocide ? La question demeure sans réponse. Pendant ce temps, j’ai cru com­prendre que le Rwanda est devenu anglo­phone ! Étran­gement, la guerre au Cam­bodge et au Vietnam a eu le même résultat !

En Afgha­nistan nous avons été témoins d’une invasion et de l’occupation, avec d’interminables pertes civiles, tout cela en raison de l’hystérie qui a pris nais­sance dans les jours qui ont suivi le 11 sep­tembre. Le Conseil de sécurité de l’ONU a cau­tionné une ven­geance contre le peuple afghan. Mais était-​​il impliqué ? Je ne le crois pas. Je ne me rap­pelle pas que l’argent, les pilotes, les cer­veaux der­rière cet acte de défense ter­rible pro­ve­naient d’Afghanistan. Bush a-​​t-​​il aidé des Afghans à quitter les États-​​Unis par avion quelques heures après les attaques du 11 sep­tembre ? Pas que je me sou­vienne. Pauvre Afgha­nistan, n’était-il qu’une autre oppor­tunité de guerre ?

L’Irak a été détruit — rappelons-​​nous de Fal­lujah, men­tionné plus tôt — sur les plans culturel, social, écono­mique et au niveau de l’intégrité des infra­struc­tures et du bien-​​être. Que puis-​​je dire de plus ? Le Conseil a gardé le silence.

Cette année à Gaza, nous avons assisté à une des­truction totale ana­logue. Encore une fois, le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi à mettre fin à la violence.

On ne peut pas aborder ce sujet sans exprimer d’inquiétudes concernant la montée de l’OTAN en tant que nou­velle force dan­ge­reuse et agressive en dehors de sa région. Nous devons par ailleurs regretter le rôle de l’ONU dans l’accroissement de la puis­sance et de la portée de l’OTAN.

En outre, nous ne pouvons pas négliger les menaces d’attaques adressées à l’Iran. Sans preuves solides démon­trant que l’énergie nucléaire servira à des fins mili­taires, l’Iran est menacé d’une attaque mili­taire d’Israël et des États-​​Unis. Le Conseil de sécurité se voit à nouveau contraint d’acquiescer. Cela res­semble ter­ri­blement à ce qui a mené à l’invasion de l’Irak.

Le concept de guerre pré­ventive est une fois de plus en jeu et il n’y a pas de dis­po­sition dans le droit inter­na­tional concernant ce « jeu ».

L’Iran, en dépit de ses luttes internes, est un État sou­verain ayant le droit de se défendre. Il est actuel­lement entouré d’ogives nucléaires états-​​uniennes et israé­liennes. Si l’Iran cher­chait à acquérir des armes nucléaires défen­sives, on pourrait défendre cette approche en disant qu’il s’agit d’un moyen de dis­suasion. Mais je ne le ferai pas.

Il est certes incroyable de s’attendre à ce qu’un État sou­verain d’une telle vul­né­ra­bilité et d’une telle dignité accepte les demandes de l’ONU et de l’UE, qui sou­haitent que son com­bus­tible nucléaire soit traité à l’étranger par les pays mêmes qui menacent sa sécurité et sa souveraineté.

Le Conseil de sécurité doit recon­naître que l’Iran a par­fai­tement le droit de pos­séder de l’énergie nucléaire et doit s’assurer, par le biais de l’AIEA, que cette énergie est uti­lisée uni­quement à des fins paci­fiques. Vous pourriez bien sûr demander pourquoi l’Iran devrait être ins­pecté alors que les États-​​Unis refusent de l’être ? Et Israël nie son arsenal nucléaire ! Y-​​aurait-​​il là encore deux poids deux mesures ?

Afin que l’Iran se conforme à l’inspection, le Conseil doit exiger comme condition que les États-​​Unis et Israël se désistent et que l’État hébreux renonce à ses armes nucléaires. Il doit par ailleurs exiger de toutes les puis­sances nucléaires qu’elles désarment, incluant les cinq membres per­ma­nents : un autre crime par omission de la part des grands garçons. Bien sûr, ils ne font qu’un ! On pourrait dire qu’il y a là un petit conflit d’intérêt !

D’accord. Comment pouvons-​​nous changer l’ONU et par­ti­cu­liè­rement le Conseil de sécurité ?

Depuis de nom­breuses années je propose de réformer le CS lors de ren­contres publiques et dans les uni­ver­sités. L’Assemblée générale poursuit conti­nuel­lement des dis­cus­sions dans ce sens depuis environ 15 ans. Les chan­ge­ments apportés ont été minus­cules et l’élargissement du vrai pouvoir a été limité à la pro­po­sition de pro­mouvoir l’Allemagne, l’Italie et le Japon au statut des grands. C’est ridicule. Pourquoi ? Parce que le Conseil est déjà dominé par le Nord, et j’y inclus la Chine. Ce dont le Conseil a besoin, c’est d’un équi­libre, c’est-à-dire un équi­libre entre le Nord et le Sud. La majorité des peuples du monde doit être repré­sentée. Est-​​ce sorcier ? Je ne crois pas, mais quelle horreur* ! Je peux entendre Chur­chill, ce vieux colo­nia­liste, se retourner dans sa tombe à cette simple idée !

Par ailleurs, est-​​il approprié que les cinq membres per­ma­nents sélec­tionnent les États qui leur plaisent ? Je ne crois pas. À mon avis, la repré­sen­tation du Conseil devrait être régionale, non pas nationale, et chaque région devrait choisir son État repré­sentant cinq ans avant la rotation. Cet État par­lerait au nom de la région entière. Cela néces­si­terait pro­ba­blement des consul­ta­tions au sein des régions avant la prise de déci­sions impor­tantes. Pourquoi pas ? Ces consul­ta­tions pour­raient pré­venir des erreurs dues à l’empressement, comme l’approbation du Conseil cau­tionnant l’invasion de l’Afghanistan trois jours après le 11 septembre.

Par consé­quent, on peut visua­liser le Costa Rica, un petit pays sans puis­sance mili­taire, comme repré­sentant choisi par l’Amérique cen­trale et l’Amérique latine. Lorsque le petit Costa Rica par­lerait au Conseil de sécurité, le monde saurait que c’est l’Amérique latine et les Caraïbes qui parlent. Là ils auraient de l’influence. Cela signi­fierait quelque chose. Il s’agirait de la voix du Sud.

Ou plus près de chez-​​nous, consi­dérons l’Amérique du Nord — le Canada, les États-​​Unis et le Mexique : un siège per­manent, la rotation des membres. Le Canada pourrait-​​il repré­senter les États-​​Unis et le Mexique ? Pourquoi pas ? Nous aurions un avantage, à moins que le Canada ait désormais des plans pour conquérir le monde ! Ce siège ne serait peut-​​être pas confor­table pour le Canada, mais cela for­cerait Washington DC à parler à Ottawa avant toute hyperventilation.

Le même modèle fonc­tion­nerait pour l’Afrique Sub­sa­ha­rienne, l’Afrique du Nord et le Moyen-​​Orient, l’Asie du Sud-​​est et l’Australie/Nouvelle-Zélande, l’Asie du Sud etc. L’Europe, l’UE, qui détient à l’heure actuelle deux anciens sièges, tom­berait à un seul siège per­manent et une repré­sen­tation tournante.

Grâce à ce système repré­sen­tatif mondial, et à la dis­pa­rition ou au moins à la réduction des puis­sances nucléaires et à l’inclusion de la majorité, les pays du Sud, je crois que nous ver­rions des déci­sions dif­fé­rentes. Croyez-​​vous que les membres per­ma­nents de l’Asie du Sud, de l’Afrique du Nord et du Moyen-​​Orient auraient cau­tionné l’invasion de l’Afghanistan ? Ou la des­truction de l’Irak ? Je ne crois pas !

Avec cette réforme, convenez-​​vous qu’il y pourrait y avoir davantage de pression en faveur du désar­mement et de la des­truction des armes nucléaires ? Convenez-​​vous qu’il y aurait davantage d’intérêt accordé aux chan­ge­ments cli­ma­tiques et à la montée des eaux ? Si la pau­vreté était repré­sentée à la table, ne pourriez-​​vous pas espérer que l’on s’intéresse conve­na­blement aux droits des pauvres et des plus pauvres pour la pre­mière fois ?

Croyez-​​vous que l’on se pré­oc­cu­perait mieux de la nour­riture, de la sécurité ali­men­taire et de la sécurité humaine et que l’on trou­verait des solu­tions ? Ne croyez-​​vous pas que l’influence sur la Banque mon­diale et le FMI serait davantage favo­rable aux per­sonnes ? Plus déve­lop­pe­mentale et moins punitive ?

Les pos­si­bi­lités d’améliorer la prise de décision sont infinies. Il y aurait une nou­velle appro­priation des Nations Unies, de l’espoir et peut-​​être un nouveau départ. Il y aurait moins de contrôle égocen­trique, les puis­sances mili­taires seraient moins pré­sentes et le droit inter­na­tional et la Charte de l’ONU seraient moins corrompus.

Je sais, vous croyez que je suis une sorte d’optimiste vieillissant ! Suis-​​je sin­cè­rement plein d’espoir ? Oui, car nous avons récemment vu un chan­gement. Et notre ami et joueur potentiel, le pré­sident Obama, a admis que le G-​​20 doit demeurer en place. Cela signifie que le Sud est conve­na­blement reconnu pour la pre­mière fois. Le fait que l’Argentine, le Brésil, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Inde, l’Indonésie et d’autres – tous d’anciens sujets colo­niaux — soient repré­sentés, est un phé­nomène révolutionnaire.

Main­tenant, cer­tains d’entre vous sont mécon­tents, car le G-​​20 est, une fois encore le riche G-​​8, tout sim­plement élargi. Oui… les riches pays du Sud y sont intégrés. Je considère tou­tefois que les ajouts au G-​​8 intègrent plus de 4 mil­liards d’êtres humains au groupe. Voilà un chan­gement positif !

Mon intention est d’utiliser la percée du G-​​20 dans le but de réformer le Conseil de sécurité de l’ONU. Et pourquoi les cinq grands anciens accepteraient-​​ils ce genre de dilution de pouvoir au Conseil de sécurité de l’ONU ? Parce que c’est dans leur intérêt. Ils com­mencent à recon­naître le pouvoir du Sud et ils savent que l’ONU devient incongrue et que pour main­tenir le Conseil de sécurité, ce même Sud doit avoir un siège.

Grâce à de nou­veaux sièges au Conseil, je crois que l’usage de la poli­tique actuelle de deux poids deux mesures serait bien moins envi­sa­geable. Je crois que les dis­po­si­tions de la Charte et du droit inter­na­tional seraient res­pectées, puisque les pays et les peuples de seconde zone n’existeraient plus. La repré­sen­tation serait com­plète dans les affaires de paix et de sécurité, pour la toute pre­mière fois !

Les petits pays que le club des grands aime menacer, voire envahir, et à qui ils aiment vendre leurs résidus d’armes, seront doré­navant autour de la table. Cela pourrait contraindre les mar­chands d’armes, les bâtis­seurs d’empire et ceux qui se sentent capables de violer les droits sou­ve­rains et de voler les res­sources naturels des pays non mili­ta­risés. C’est une bonne chose.

Mais encore, laissez-​​moi vous demander pourquoi les cinq puis­sances au droit de veto accepteraient-​​elles de se réformer ? Parce qu’ils com­prennent que le pouvoir géo­po­li­tique s’est déjà déplacé du Conseil au G-​​8. Ils ont vu le G-​​20 aug­menter ce pouvoir géo­po­li­tique et diminuer de plus belle le rôle du Conseil. Ils craignent que dans les années à venir les ini­tia­tives mon­diales cru­ciales ne pro­vien­dront pas de l’ONU, mais du G-​​20, où le monde est repré­senté à la fois géo­gra­phi­quement et sur le plan de l’équilibre Nord/​Sud.

Entre-​​temps, le Conseil devient gran­dement répressif, en s’occupant de pro­blèmes nationaux spé­ci­fique plutôt que des pré­oc­cu­pa­tions mon­diales inti­mement liées à la paix et à la sécurité. Leur mandat même est en danger !

Crai­gnant la super­fluité et l’incongruité, la vieille Europe est devenue la nou­velle UE, laquelle s’est trans­formée en bloc écono­mique le plus grand de la planète. Fait encore plus important, malgré les dangers que constitue l’OTAN, l’Europe, avec son his­toire guer­rière, est devenue une Europe en paix. Pendant ce temps, le CS a stagné et risque de d’être mis de côté, à moins de devenir repré­sen­tatif et, puis-​​je oser le sug­gérer, démo­cra­tique. Il n’y aurait plus de droit de veto, mais un nouveau sens des res­pon­sa­bi­lités, soutenu par les objectifs, mais à l’intérieur des contraintes de la Charte et du droit inter­na­tional. Il n’y aurait plus d’approche deux poids deux mesures.

Pour être com­plète, cette révo­lution néces­si­terait la repré­sen­tation accrue des vraies per­sonnes au cœur du dia­logue onusien et dans les cou­loirs de réflexion et de par­ti­ci­pation. La repré­sen­tation com­plète des ONG et de la société civile doit être intégrée. Il serait néces­saire de voir davantage de respect pour le droit inter­na­tional, les droits humains et les droits des enfants parmi d’autres dis­po­si­tions légales.

En ce qui concerne les crimes de guerre comme ceux aux­quels nous avons assisté dans les der­nières années – je fais réfé­rence aux inva­sions de l’Afghanistan, de l’Irak et de Gaza – et les crimes inté­rieurs commis au Soudan et au Congo, l’ONU doit faire fonc­tionner la CPI. Les pour­suites en justice des diri­geants pour crimes de guerre nationaux et crimes contre l’humanité devraient être intentées par le biais des sys­tèmes de justice nationaux. Bien que défaillant, le méca­nisme de la Cour pénale inter­na­tionale doit être utilisé.

Les Com­mis­sions et Tri­bunaux des crimes de guerre aux­quels Michel et moi avons par­ticipé seraient superflus si le principe des deux poids deux mesures pro­té­geant les États-​​uniens et les Bri­tan­niques était perçu comme inac­cep­table et si la CPI était efficace. Dic­ta­teurs ou démo­crates, les diri­geants doivent com­prendre et accepter qu’ils sont tenus de gou­verner dans les limites de la légis­lation nationale et inter­na­tionale. Les « Cours popu­laires » — les Tri­bunaux Russel, Brussels, de Dublin et de Kuala Lumpur – sont les seuls sub­stituts que nous détenons pour révéler la cri­mi­no­logie du lea­dership. D’ici à ce que la CPI fonc­tionne cor­rec­tement, le lea­dership se sentira au-​​dessus de la loi et c’est inacceptable.

Je sais que je joue avec le feu et que je teste votre patience, mais en ter­minant je vou­drais men­tionner Perdana, la cri­mi­na­li­sation de la guerre et tout ce qui se rat­tache à la guerre.

Sans sup­primer le droit à la défense, que Gandhi et Perdana res­pectent, la cri­mi­na­li­sation de la guerre est une phi­lo­sophie qui appelle à la réa­li­sation de la paix par la pro­motion de la paix, non par la glo­ri­fi­cation de la guerre.

Comment ?

- en déclarant que la tuerie en temps de guerre est égale à celle commise en temps de paix et mérite la pour­suite judi­ciaire, incluant celle des diri­geants qui mènent les pays à la guerre ;

- en consi­dérant comme cri­mi­nelles toutes les acti­vités com­mer­ciales, finan­cières, indus­trielles et scien­ti­fiques qui appuient la guerre ;

- en acceptant entiè­rement les prin­cipes de la Charte de l’ONU prônant une fin paci­fique aux disputes ;

- en s’assurant que les ser­vi­teurs publics et ceux qui œuvrent dans les champs médical, légal, scien­ti­fique et péda­go­gique pro­meuvent la paix et font cam­pagne contre la guerre ;

- en exi­geant que les médias s’opposent à la guerre et à sa glo­ri­fi­cation et pro­meuvent l’éthos de la non violence ;

- en enjoi­gnant tous les chefs reli­gieux à condamner la guerre et à pro­mouvoir des solu­tions pacifiques.

Voilà ce qu’est Perdana

Le Conseil de sécurité réformé et recons­titué, doit être tenu par la même phi­lo­sophie. Toute décision en faveur de sanc­tions ou d’autres formes de force mili­taire com­pa­tibles avec la Charte devrait être reconnue avant tout comme un échec de l’application des Articles 1 et 2. Ensuite, la décision devrait être trans­férée du Conseil de sécurité à l’Assemblée générale, où elle devrait être approuvée par les deux-​​tiers de l’Assemblée avant d’être mise en appli­cation. Même le nouveau Conseil élargi serait soumis à la contrainte de l’approbation de la majorité d’une Assemblée générale revi­ta­lisée, bien garnie en repré­sen­tants de la société civile.

Si nous pouvons réformer le Conseil de sécurité tel que décrit ci-​​dessus, il y aura du progrès et du chan­gement. Tou­tefois, si les États membres de l’ONU ne peuvent pas accepter la phi­lo­sophie de Perdana afin de pro­mouvoir la coexis­tence paci­fique, les Nations Unies sont condamnées. Si l’ONU existe seulement pour le bénéfice de quelques uns, il ne s’agit pas d’une entité valable. Les Nations Unies doivent changer rapi­dement pour servir les meilleurs intérêts de chacun.