Le rêve brisé du nationalisme arabe

Jacques Coubard, samedi 9 juin 2007

La guerre des Six-​​Jours a ouvert la porte à la haine et au fana­tisme, brouillant les issues pos­sibles dans les opi­nions arabe et israélienne.

Un rêve brisé. Ainsi apparaît pour le monde arabe, la catas­trophe de 1967, nou­velle étape de la contre-​​évolution du monde arabe. Évolution sym­bo­lisée par les rêves de Nasser, d’émancipation nationale, de sou­ve­raineté, de nais­sance d’un nouveau monde arabe débar­rassé des tutelles écono­miques, sociales, poli­tiques, mili­taires qui l’entravaient. Des réformes qui ron­geaient peu à peu l’ordre établi par les puis­sances colo­niales au len­demain de l’effondrement de l’Empire ottoman.

En se lançant dans l’aventure d’une agression sans risque, les diri­geants israé­liens cher­chaient une revanche sur l’échec, onze ans plus tôt, de la guerre menée avec la France et la Grande-​​Bretagne contre l’Égypte qui venait de natio­na­liser le canal de Suez.

Les deux puis­sances colo­niales éliminées au profit des États-​​Unis lais­saient intacts, alors, et plus pres­sants que jamais les rêves d’émancipation portés par les mou­ve­ments de libé­ration nationale au Proche-​​Orient.

Cette guerre des Six-​​Jours fut un coup mortel pour ces hommes et ces femmes qui lut­taient pour un déve­lop­pement indé­pendant, des formes de libé­ration nationale et sociale : natio­na­li­sa­tions, réformes agraires, statut des femmes, laï­ci­sation des ins­ti­tu­tions… Les régimes qui allaient suc­céder dans les pays voisins d’Israël à la déroute de leurs armées allaient recourir à un des­po­tisme ren­forcé. Le champ d’intervention de l’autre allié amé­ricain, l’Arabie saoudite, s’en trouvera étendu, apportant son appui aux cou­rants fon­da­men­ta­listes qui vont se répandre dans tout le monde arabe.

La force l’a emporté sur le droit. Les guerres vont s’enchaîner, vont peser sur les men­ta­lités, enflammer la haine, le fana­tisme des deux côtés de la ligne verte et brouiller les issues pos­sibles dans les opi­nions arabe et israélienne.

Au len­demain de juin 1967, les Pales­ti­niens se retrouvent seuls, sans la tutelle jor­da­nienne du roi Hussein, lui aussi défait, et l’appui égyptien. L’OLP apparaît comme un nouvel obs­tacle aux ini­tia­teurs de l’agression de juin 1967, qui n’ont pas atteint tous leurs objectifs de colo­ni­sation, et comme une menace pos­sible aux régimes en place. Der­nière héri­tière de l’élan nas­sérien, elle passera de l’illusion de la lutte armée libé­ra­trice pour le retour de la dia­spora dans une patrie perdue à la recon­nais­sance du peuple israélien et à la lutte poli­tique aux côtés des paci­fistes israé­liens, et à l’existence de deux peuples sur un même ter­ri­toire. Une décou­verte réciproque.

Mais le vide poli­tique créé par la dis­pa­rition des mou­ve­ments de libé­ration nationale laïque a ouvert la voie à un isla­misme radical vers lequel se tournent les nou­velles géné­ra­tions pour les­quelles tous les autres mou­ve­ments ont échoué. Le rejet de toute solution poli­tique par Washington et Tel-​​Aviv va envoyer les volon­taires aux bureaux de recru­te­ments du Hamas en Palestine, du Hez­bollah au Liban (dont le sud connaîtra vingt ans d’occupation et deux guerres), et de l’extrémisme ailleurs. La croisade contre l’Irak de 2003, au nom de la construction d’un grand Moyen Orient et la pour­suite de la colo­ni­sation illégale en Cis­jor­danie ajoutent encore au poids écrasant de l’humiliation et du désespoir, qui ont mené à « la guerre sainte », au refus de l’existence d’Israël, au paroxysme des attentats suicide, aux combats fra­tri­cides entre Pales­ti­niens se dis­putant la légi­timité de la résis­tance à l’occupation.

Israël ne sera pas indemne. Un extré­misme fana­tique va se déployer dans l’euphorie de la vic­toire et dans la peur non éradiquée, reven­di­quant l’expulsion de tous les Pales­ti­niens au-​​delà du Jourdain, une thèse qui, aujourd’hui, a ses repré­sen­tants au gou­ver­nement Olmert.