Le retour des rivalités régionales

Ghassan Khatib, mercredi 27 décembre 2006

L’un des traits les plus mar­quants de la poli­tique pales­ti­nienne après la vic­toire élec­torale du Hamas est le retour de l’influence des forces régio­nales sur la scène pales­ti­nienne interne.

Cette influence était l’un des prin­cipaux pro­blèmes de la poli­tique pales­ti­nienne jusqu’au départ de l’OLP de Bey­routh et son retour plus tard dans les ter­ri­toires pales­ti­niens. Depuis lors l’influence régionale avait faibli au profit de l’influence gran­dis­sante de l’opinion publique pales­ti­nienne sur la poli­tique des dif­fé­rents groupes.

L’ élection du Hamas avec son agenda régional et isla­mique a ouvert la porte à l’influence de pays comme la Syrie et l’ Iran. Ce déve­lop­pement va à son tour amener pro­ba­blement d’autres groupes, surtout le Fatah, à se rap­procher de pays rivaux comme l’ Egypte, l’Arabie saoudite et leur allié, les Etats-​​Unis. En d’autres termes, des forces concur­rentes, arabes, régio­nales et inter­na­tio­nales ont fait leur rentrée dans la poli­tique palestinienne.

La forte aug­men­tation de l’implication rhé­to­rique de l’Iran dans la cause pales­ti­nienne mais aussi son soutien financier au Hamas et à son gou­ver­nement, est la preuve de ce nouveau déve­lop­pement dan­gereux. La Syrie, qui subit de plus en plus la pression amé­ri­caine, a trouvé dans sa relation avec le Hamas et son influence sur lui une nou­velle carte à jouer, en plus de l’Irak et du Liban, pour arriver à se sous­traire à cette pression.

L’influence gran­dis­sante de la direction du Hamas en exil, basée en Syrie et finan­ciè­rement sou­tenue par l’Iran, a également rendu la scène poli­tique pales­ti­nienne plus com­pliquée et a contribué à l’impasse dans le dia­logue interne. Il est à la fois iro­nique et inté­ressant que la seule réponse à l’initiative du pré­sident Mahmoud Abbas d’appeler à des élec­tions anti­cipées soit venue de Damas, où les groupes d’opposition se sont ren­contrés sous l’égide du Hamas. C’est seulement après que le Premier ministre Ismail Haniyeh a rejeté l’initiative d’Abbas. Il est aussi inté­ressant de noter que le vice-​​Premier ministre a réagi plus modé­rément à cette initiative.

De façon générale, l’agenda régional, qui a une influence par­tielle sur les posi­tions poli­tiques du Hamas, a contribué à l’intensification des ten­sions et des confron­ta­tions entre le Hamas et le Fateh.

La conclusion déso­lante c’est que la cause et la poli­tique pales­ti­niennes se sont trouvé piégées dans la pola­ri­sation régionale et inter­na­tionale. Cela s’est fait aux dépens d’un agenda authen­ti­quement pales­tinien et en contra­diction avec le désir et l’intérêt des Palestiniens.

L’idée d’élections anti­cipées, quels qu’en soient les motifs, pourrait aider à rap­peler les prio­rités du public à l’attention des poli­tiques pales­ti­niens et des partis poli­tiques -reli­gieux ou nationaux-​​ et à réduire par consé­quence l’ influence de forces étran­gères, régio­nales et inter­na­tio­nales, en faveur des prio­rités du peuple.

Mais les puis­sances inter­na­tio­nales ont aussi des leçons à tirer. Cette nou­velle situation poli­tique com­pliquée est un autre exemple de l’interaction des dif­fé­rents conflits de la région. Les centres du pouvoir à Washington com­mencent fina­lement à le com­prendre et cela a été exprimé par des res­pon­sables amé­ri­cains dans le rapport Baker-​​Hamilton, qui encourage l’ admi­nis­tration amé­ri­caine à traiter plus sérieu­sement le conflit israélo-​​palestinien afin de neu­tra­liser le pro­cessus de radi­ca­li­sation en cours dans le monde arabe.