Le rapt des réserves naturelles de Gaza par Israël (partie 1)

Peter Eyre, mardi 27 octobre 2009

En l’an 2000 on a découvert du gaz près des côtes de Gaza. La grande majorité de cette res­source vitale se trouve dans l’aire marine de Gaza. D’emblée Israël a décidé qu’il voulait le champ tout entier pour ses propres objectifs, ayant décidé de passer au gaz naturel comme com­bus­tible prin­cipal pour ses cen­trales d’énergie et son industrie.

Deux projets furent initialement ébauchés :

* ache­miner le gaz par gazoduc sous-​​marin vers El Arish (Egypte) et ensuite par gazoduc sous-​​marin vers Ash­kelon (en le faisant passer pour du gaz égyptien).

* Acheminer le gaz directement vers Ashkelon.

En décembre 2007, le groupe BG s’est retiré des négo­cia­tions avec le gou­ver­nement israélien pour la vente de gaz de l’aire marine de Gaza à Israël. En janvier 2008, le groupe BG fermait ses bureaux en Israël et pour­suivait l’étude des options pour la com­mer­cia­li­sation du gaz. A mon avis, le rapport des parts entre toutes les parties était très dés­équi­libré, avec la Palestine ne conservant que 10%.

Vers la mi-​​2008, BG avait signé avec l’Egypte pour ache­miner tout l’approvisionnement vers l’Egypte puis le trans­former en gaz naturel liquéfié (GNL), ensuite envoyé aux USA ou en UE par métha­niers. C’était pour Israël un désastre car il avait un gros besoin du gaz pour satis­faire aux exi­gences de four­niture après la décision de passer au gaz naturel.

L’autre pro­blème était que pendant ces dis­cus­sions, la bande de Gaza était passée sous le contrôle du Hamas, ce qui com­pli­quait encore la pos­si­bilité d’un accord. En juin 2008 Israël était sur le pied de guerre avec Gaza avec la ferme intention de chasser le Hamas de la bande afin d’essayer de sauver quelques meubles de l’échec de ce marché. C’est à cette époque que l’ex ministre bri­tan­nique Tony Blair s’impliqua en tentant de faire revenir BG et Israël à la table de négo­cia­tions. BG répondit et retourna en Israël pour des pour­parlers urgents, aban­donnant le marché avec l’Egypte.

Le gou­ver­nement israélien décida alors que l’attaque sur Gaza devait être remise puisque toute activité pouvait menacer les pour­parlers entre BG, Israël et l’AP. Mal­heu­reu­sement, une fois encore les négo­cia­tions échouèrent et BG continua d’examiner d’autres pos­si­bi­lités. A la fin de l’année, Israël avait changé d’avis sur son entrée à Gaza pour chasser le Hamas, moyennant quoi il serait en bonne position pour mettre la main sur ces vastes réserves marines.

La ten­tative de mainmise sur Gaza échoua, résultat direct du courage et de l’esprit du Hamas ainsi que d’une condam­nation inter­na­tionale. Nous avons main­tenant une situation où le peuple de Gaza/​Palestine possède cette incroyable richesse marine mais est inca­pable de l’acheminer à terre.

Nous lisons bien des choses sur l’aide finan­cière promise par tant de gou­ver­ne­ments, mais où reste cette aide et en en a-​​t-​​on vraiment besoin ? La réponse est non, tout sim­plement, car Gaza a toute la richesse du monde dans ses réserves de gaz naturel sous-​​marin.

Gaza a besoin d’aide urgente à court terme en four­ni­tures médi­cales et en infra­struc­tures de base pour se remettre sur pied. Il a besoin d’une aide signi­fi­cative pour son infra­structure sani­taire afin de remédier aux consé­quences directes des bom­bar­de­ments israé­liens et de leur uti­li­sation d’armes recélant des com­po­sants d’uranium. Il va main­tenant se pro­duire une aug­men­tation pro­gressive des cancers, dia­bètes et com­pli­ca­tions péri­na­tales. Gaza a également besoin d’eau de bonne qualité et de ravi­taillement de base ; mais surtout il a besoin d’aide pour rétablir et assurer la main­te­nance de son système d’eaux usées qui s’est tota­lement effondré.

N’est-il pas étrange qu’à présent les eaux usées doivent être déversées dans la mer en consé­quence directe du blocus israélien ? Qui en Israël pourrait ima­giner que nager le long de ses belles plages constitue à présent un risque sani­taire ? Sont-​​ils même capables d’imaginer le volume d’eaux usées d’un million et demi de per­sonnes … Je pense que pour la seule année der­nière il s’agissait de 16 mil­liards de litres pour la région. Cette année, le système s’est tota­lement effondré et c’est pourquoi la mer est la seule réponse. Les cou­rants de marées empor­teront toute la pol­lution vers le Nord le long du beau lit­toral israélien. Comme on dit, ce qui va partout revient partout.

Main­tenant que nous com­prenons tous plei­nement ce qu’il y a der­rière le conflit Israël-​​Gaza, nous devrions poser la question : où sont les Nations Unies et que font-​​elles à ce sujet ? Elles ont été très rapides à répondre à l’attaque dis­pro­por­tionnée d’Israël contre Gaza. Elles ont été très rapides à constituer une équipe sur les crimes de guerre à Gaza, mais qu’en est-​​il de l’interminable pro­blème de l’exploitation des res­sources natu­relles de Gaza et de la Palestine et de ces fron­tières dites contestées qu’elles connaissent depuis tant d’années ? Rafraîchissons-​​leur quelque peu la mémoire !

L’UE et le Conseil de sécurité de l’ONU ont un rôle éminent à jouer dans l’application et la régu­lation du droit dans la région. Israël devrait être condamné par la com­mu­nauté inter­na­tionale pour ses graves vio­la­tions du droit inter­na­tional concernant l’exploitation des res­sources natu­relles dans les Ter­ri­toires occupés. Le mépris fla­grant de ce pays par rapport aux règle­ments inter­na­tionaux pro­noncés n’a fait qu’accroître la dépen­dance pales­ti­nienne vis-​​à-​​vis des four­ni­tures de pétrole. Israël viole également les Accords d’Oslo qu’il a mani­pulés à son propre avantage.

La Réso­lution 1803 (XVII) du 18 décembre 1962 déclare le droit des peuples/​nations à la sou­ve­raineté est per­ma­nente sur leurs ressources/​richesses naturelles.

La Réso­lution 3005 (XXVII) du 15 décembre 1972 affirme le principe de sou­ve­raineté de la popu­lation de ter­ri­toires occupés sur leurs richesses et res­sources natu­relles et demande à tous les Etats, orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales et ins­ti­tu­tions spé­cia­lisées de n’accorder ni recon­nais­sance, ni concours, ni aucune aide à toutes mesures prises par la puis­sance occu­pante pour exploiter les res­sources des ter­ri­toires occupés ou pour modifier d’une façon quel­conque la com­po­sition démo­gra­phique, le caractère géo­gra­phique ou l’organisation ins­ti­tu­tion­nelle de ces ter­ri­toires ; (JPG) Fron­tières mari­times internationales

Affirme le droit des Etats arabes et des peuples dont les ter­ri­toires sont sous occu­pation étrangère à la sou­ve­raineté per­ma­nente sur toutes leurs res­sources naturelles ;

Réaf­firme que toutes les pra­tiques entre­prises par Israël pour exploiter les res­sources humaines et natu­relles des ter­ri­toires arabes occupés sont illé­gales et demande éner­gi­quement à Israël de mettre immé­dia­tement un terme à ces mesures ;

Affirme le droit des Etats et peuples arabes dont les ter­ri­toires sont sous occu­pation israé­lienne à la res­ti­tution et à une pleine indem­ni­sation pour l’exploitation, la spo­liation et les dom­mages dont ont fait l’objet les res­sources naturelles ;

La Résolution No. 3175 (XXVIII) 17 décembre 1973

Affirme le droit des arabes à la sou­ve­raineté per­ma­nente sur les res­sources natio­nales dans les ter­ri­toires arabes occupés ;

La carte ci-​​dessus montre les fron­tières mari­times inter­na­tio­nales de l’ONU mais ne donne aucune réfé­rence aux eaux pales­ti­niennes de Gaza.

Les fron­tières contestées : l’ironie est que l’ONU reconnaît qu’il existe une fron­tière inter­na­tionale contestée (comme le montre la carte), mais alors pourquoi ne fait-​​elle rien à propos de toutes les vio­la­tions ci-​​dessus ou ne s’intéresse-t-elle pas à ces fron­tières inter­na­tio­nales réputées contestées ?

Il est évident que malgré la condam­nation de ces cas par l’ONU, celle-​​ci ne met aucune force réelle dans sa capacité à accomplir son devoir. On peut espérer que l’ONU ne marche pas dans les traces de son pré­dé­cesseur, la Ligue des Nations, qui a lamen­ta­blement échoué.

La carte ci-​​dessous montre plu­sieurs champs de gaz naturel dans ou sur la fron­tière contestée entre Gaza et Israël que j’ai redes­sinée en blanc, qui est la limite 12+12 (qui devrait s’appliquer à Gaza) et la zone rouge étendue qui devrait être leur ZEE. La zone est riche en gaz et je crois aussi qu’il y a du pétrole brut en pro­fondeur sous ces champs. La carte n’est pas à l’échelle mais donne une idée de la proximité des res­sources. Comme on le voit, il y a beaucoup plus de ter­ri­toire dis­po­nible en off­shore s’il pouvait légi­ti­mement reven­diquer sa propre ZEE (qui est appli­cable à n’importe quel autre pays).

On voit bien sur quoi porte tout ce dif­férend. Comment pouvons-​​nous, com­mu­nauté inter­na­tionale, ou comment l’ONU peut-​​elle se contenter de per­mettre à Israël de violer les res­sources natu­relles de Gaza/​Palestine. Il est évident que l’un des champs ci-​​dessus appar­tient à Gaza et se trouve en plein milieu de sa zone (Gaza Marine 1&2). Celui au nord (à cheval sur la fron­tière) appar­tient conjoin­tement aux deux, même si Israël le reven­dique pour lui seul (Noa & Noa sud) et puis nous avons la pla­te­forme de pro­duction Mari B qui serait aussi pro­priété conjointe, se trouvant juste sur la fron­tière. Nous dis­cu­terons plus en détail de ces champs dans la seconde partie de cette série. (JPG) Réserves en offshore

Il est évident que si Gaza/​Palestine étaient auto­risés à reven­diquer ce qui leur appar­tient léga­lement et si les Nations Unies les sou­te­naient fer­mement, nous ver­rions à Gaza et en Cis­jor­danie une trans­for­mation défiant l’imagination.

Pourquoi ce pro­blème simple devient-​​il pour tout le monde un casse-​​tête ? Pourquoi les Casques bleus de l’ONU n’entrent-ils pas dans Gaza pour prendre le contrôle des fron­tières et une fois en place lever tout le bou­clage de la Palestine par terre, mer et air ?

Je pense connaître la réponse, qui a causé le même pro­blème que dans les Balkans et au Liban. Tous les lieux ont été bom­bardés avec des armes de nou­velle tech­no­logie contenant des com­po­sants d’uranium appauvri (UA) ou enrichi ( UE). Tous les lieux ont servi de bancs d’essai pour des armes fabri­quées aux Etats-​​Unis. Quel Casque bleu sensé se sou­met­trait à de telles contaminations ?

Comme nous le savons bien, les Casques bleus onu­siens dans les Balkans ont été vic­times de conta­mi­nation à l’UA et beaucoup d’entre eux sont décédés depuis. Au Liban nous avons vu une situation simi­laire mais cette fois les FDI n’ont pas révélé qu’elles avaient utilisé de telles armes même si des échan­tillons récu­pérés après l’attaque de 2006 ont été testés positifs quant à l’usage d’armes UA/​UE. Les Libanais et l’ONU ont sup­primé cette infor­mation afin de mettre en place les forces de maintien de la paix. Il est évident que si ce per­sonnel avait découvert la vérité, aucun soldat ne serait allé dans un tel envi­ron­nement contaminé.

Il est très peu pro­bable que nous voyions un jour des Casques bleus à Gaza ou en Cis­jor­danie. L’ONU, ajoutant l’insulte à l’injure via ses agences PNUE et PNUD, a main­tenant com­mencé l’examen de toutes les struc­tures bom­bardées et pendant l’année qui vient elle enlèvera et broiera les décombres. Les résidus hau­tement toxiques seront alors dis­sé­minés dans la bande de Gaza pour de nou­velles routes.

Comme je l’ai sou­ligné, ceci contre­vient à la poli­tique normale du PNUE et du PNUD s’agissant de sites poten­tiel­lement conta­minés : dans ce cas, comment a-​​t-​​on pu l’autoriser ? Pourquoi ces deux auto­rités sont-​​elles auto­risées à créer une vaste conta­mi­nation secon­daire d’aérosols se dis­persant une fois encore dans toute la bande côtière et se dif­fusant donc dans les pays voisins comme Israël, l’Egypte, la Jor­danie et le Liban ? Il est extrê­mement dif­ficile d’établir quel sera le bilan final des morts à partir de l’action ini­tiale commise par Israël (Plomb Durci) et comment cette conta­mi­nation secon­daire (par le PNUE/​PNUD) affectera la région toute entière voire davantage.

Gaza n’a pas besoin d’un don ni d’une aide médiocre alors qu’il possède de si vastes réserves. Il peut avoir tout ce qu’il veut si on lui laisse la même chance qu’à n’importe quel autre pays de puiser dans ses propres res­sources … plutôt que laisser Israël lui voler son avenir. Quand nous voyons toute l’aide envoyée par bateau ou par convoi on com­prend faci­lement que dans la plupart des cas elle ne passe pas … pourquoi ? Parce qu’Israël ne l’autorise pas à passer ? Il contrôle toutes les fron­tières (même la fron­tière pré­ten­dument contrôlée par l’Egypte) et a reçu du Pré­sident Abbas le contrôle des eaux offshore.

Nous devrions cesser de gas­piller ces impor­tantes sommes d’argent en aide qui du reste finit fré­quemment en vastes stocks dans le désert, soit parce qu’elle est périmée ou que les auto­rités ne per­mettent pas de la main­tenir dans de bons entre­po­sages et qu’elle se périme. Est-​​ce là une juste manière de traiter des dons cha­ri­tables venus du monde entier ?

Alors quelle est la solution simple … per­mettre à Gaza d’acheminer son propre gaz naturel dans la bande de Gaza. Per­mettre à la richesse issue de ces res­sources de financer de grands projets comme une grande usine de gaz domes­tique, une grande usine de gaz naturel liquéfié (GNL), la construction de nou­velles cen­trales ther­miques à tur­bines à gaz (au gaz naturel), la pro­motion de nou­velles entités indus­trielles de coen­tre­prises fonc­tionnant au gaz naturel et ensuite la création d’un système de trans­ports publics fonc­tionnant également au gaz.

Comme on voit, Gaza pourrait avoir un avenir très prospère mais le permettrons-​​nous, com­mu­nauté inter­na­tionale, et quel prix le peuple pales­tinien devra-​​t-​​il payer ? Une chose est sûre : les Nations Unies doivent admettre qu’elles ont lamen­ta­blement échoué en Palestine. Quant aux accords d’Oslo nous nous pen­cherons sur ces accords extrê­mement impar­faits dans la pro­chaine partie et nous mon­trerons comment Israël a manipulé cet accord et ensuite ne l’a abso­lument pas respecté.