Le rapport que l’UE veut cacher

CECP, mardi 20 décembre 2005

Des diplo­mates bri­tan­niques en poste à Jéru­salem ont écrit un rapport très cri­tique sur la poli­tique israé­lienne notamment en ce qui concerne Jéru­salem. Mais l’UE a décidé de ne pas le rendre public…Des dizaines d’organisations de soli­darité, des orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes et juives refusent ce secret. VOIR LE TEXTE DU RAPPORT CI-​​DESSOUS

Stu­pé­faits par le refus de l’UE de publier les conclu­sions que leurs propres res­pon­sables de mission diplo­ma­tique à Ramallah et Jérusalem-​​ est concernant les actions de l’Etat d’Israël à l’encontre des rési­dents non juifs de Jérusalem-​​ est, des orga­ni­sa­tions paci­fistes juives et autres et les cam­pagnes de soli­darité avec la Palestine ont décidé de prendre l’affaire en mains.

Le len­demain du jour où le rapport a été mis au placard par les ministres des Affaires étran­gères à leur réunion du 12 décembre à Bruxelles - de crainte de s’aliéner Iraël et de réduire l’influence de l’Europe - Israël a annoncé, en vio­lation de ses obli­ga­tions dans le cadre de la feuille de route, la construction de 300 nou­veaux loge­ments dans la colonie de Maale Adumim, la plus grande des colonies dans les Ter­ri­toires Ocuupés Palestiniens.

Pierre Galand, Sénateur au Par­lement belge et pré­sident du CECP, Comité européen de coor­di­nation des ONG sur la question de la Palestine, a fait la décla­ration sui­vante : " Les diplo­mates euro­péens à Jérusalem-​​est et à Ramallah ont eu le courage de sou­ligner la situation alar­mante à Jérusalem-​​est. Leur rapport cor­robore l’avis de la CIJ sur le Mur et les colonies illé­gales, qui a amené le CECP a lancer la "cam­pagne euro­péenne pour des sanc­tions contre l’occupation israélienne".

Afin de contraindre les états membres de l’UE à res­pecter leur propre enga­gement en faveur du droit inter­na­tional et des droits humains, nous publierons le rapport sur Jérusalem-​​est sur nos sites Internet malgré le refus de l’UE de le faire."

Dan Judelson, Secré­taire des Juifs Euro­péens pour une Paix Juste a dit : " L’UE se cache la tête dans le sable et est ainsi cores­pon­sable, tandis que les habi­tants d’ Jérusalem-​​est subissent des vio­la­tions répétées du droit inter­na­tional et des simples cri­tères d’humanité, tout ceci par l’état israélien. e moment n’est pas à la pas­sivité ou l’inaction. Si l’UE refuse de publier ce rapport il est de notre devoir de le rendre le plus lar­gement acces­sible possible."

Betty Hunter, Secré­taire générale de la Cam­pagne bri­tan­nique de Soli­darité avec les Pales­ti­niens a ajouté : "Cela fait 17 mois que la CIJ a déclaré que le mur d’apartheid est l’acte illégal d’une puiss­sance occu­pante et quil faut mettre fin à la construction des colonies. Alors qu’Israël défie cette décision, les Pales­ti­niens perdent leurs maisons, leur terre et leurs moyens de sub­sis­tance en Cis­jor­danie et à Jérusalem-​​est. Si les pays euro­péens conti­nuent à en être com­plices ils sont eux aussi cou­pables de l’oppression du peuple palestinien".

Pierre Galand, + 32 2 223 07 56 eccp@​skynet.​be eccp@​skynet.​be

*président du CECP *

Dan Judelson, + 44 (0) 779 339 2820

*Secré­taire des Juifs Euro­péens pour une Paix Juste*

www​.ejjp​.org http://​www​.ejjp​.org

Chaque organisation citée ci-​​dessous va publier le rapport.

Les organisations du CECP (dont certaines précisées plus bas), plus :

- Alternative Information Centre, Bethlehem & Jerusalem.

http://​www​.alter​na​ti​venews​.org

- Arab Media Watch, UK. http://​www​.arab​me​dia​watch​.blogspot​.com

- Asso­ciation Belgo-​​Palestinienne. http://​www​.asso​ciation​-belgo​-pales​ti​nienne​.org

- Association France Palestine Solidarité. http://​www​.france​-palestine​.org

- AIPPP Stras­bourg. http://​www​.pro​tection​-palestine​.org

- BADIL Resource Center for Pales­tinian Resi­dency and Refugee Rights,Bethlehem. http://​www​.badil​.org

- Civimed Ini­tia­tives, Stras­bourg. http://​www​.pro​tection​-palestine​.org

- Col­lectif judéo-​​arabe et citoyen pour la paix, Stras­bourg. http://​www​.pro​tection​-palestine​.org

- Com­mittee for a Just Peace in the Middle East, Luxem­bourg. http://​www​.cercle​.lu/

- Coor­di­nation de l’Appel de Stras­bourg. http://​www​.pro​tection​-palestine​.org/

- Een Ander Joods Geluid, Nether­lands. http://​www​.eajg​.nl/

- Farrah France . http://​www​.pro​tection​-palestine​.org/

- Friends of Sabeel-​​UK http://​www​.sabeel​.org/​o​l​d​/​f​r​i​e​n​d​s​.html

- Huma­nistic Peace Council. Nether­lands mailto:agpolak@freeler.nl

- ISM London . http://​www​.ism​-london​.org​.uk/

- Israeli Com­mittee Against House Demolitions-​​UK. http://​www​.icahduk​.org/

- Jews for Israeli Pales­tinian Peace, Sweden http://​www​.jipf​.nu/

- Jews for Justice for Pales­ti­nians, UK. http://​www​.jfjfp​.org/

- Judische Stimme für gerechten Frieden in Nahost, Berlin. http://​www​.jue​dische​-stimme​.de/

- Just Peace UK. http://​groups​.yahoo​.com/​g​r​o​u​p​/​j​u​s​t​p​e​aceuk

- Nether­lands Palestine Com­mittee. http://www.xs4all.nl/ npk

- Network of Jews against the Occupation,Italy. http://​pacein​me​dio​riente​.iobloggo​.com/

- NUS Black Students’Campaign, UK. http://​www​.nusonline​.co​.uk/​c​a​m​p​a​i​g​n​s​/​b​l​a​c​k​s​t​u​d​e​n​t​s​c​a​m​paign

- Palestine Forum in Britain. http://​www​.pfb​.org​.uk/

- Palestine Soli­darity Cam­paign, UK. http://​www​.pales​ti​ne​cam​paign​.org/

- Society for Aus­trian Arab Rela­tions, Austria http://​www​.saar​.at/

- Stop the Occu­pation, Nether­lands. http://​www​.stop​de​be​zetting​.nl/

- Union Juive Fran­caise pour la Paix. http://​www​.ujfp​.org/

- Union des Pro­gres­sites Juifs de Bel­gique. http://​www​.upjb​.be/

- War on Want, UK. http://​www​.waronwant​.org/

- Women in Black, The Nether­lands. http://​www​.vrou​we​nin​hetzwart​.nl/

Chefs de postes à Jéru­salem et Ramallah RAPPORT SUR JERU­SALEMEST

SOMMAIRE

1La question de Jérusalem-​​ Est est d’une impor­tance cen­trale pour les Pales­ti­niens à la fois sur les plans poli­tique, écono­mique, social et reli­gieux. Plu­sieurs mesures israé­liennes com­binées dimi­nuent la pos­si­bilité d’atteindre un accord final sur Jéru­salem et démontrent clai­rement qu’Israël entend faire de l’annexion de Jéru­salem un fait accompli.
- L’achèvement en cours de la bar­rière autour de Jérusalem-​​ Est dont le tracé est loin de la ligne verte ;
- La construction et l’expansion de colonies illé­gales, aussi bien par des groupes privés que par le gou­ver­nement israélien, dans et autour de Jérusalem-​​ Est ;
- La démo­lition de maisons pales­ti­niennes construites sans permis (dont l’obtention relève du miracle) ;
- Une appli­cation plus stricte des règle­ments qui visent à séparer les Pales­ti­niens qui résident à Jéru­salem Est de ceux qui résident en Cis­jor­danie, y compris une réduction des permis de travail ;
- Et une dis­cri­mi­nation de la fis­calité, des dépenses, et des permis de construire de la part de la muni­ci­palité de Jérusalem.

2Le plan d’expansion de Ma’aleh Adumim idans la zone appelée “E1” , à l’est de Jéru­salem, menace d’achever l’encerclement complet de la ville par des colonies juives, avec pour consé­quence la division de la Cis­jor­danie en deux zones géo­gra­phiques séparées. L’extension pro­posée du mur à partir de Jéru­salem Est pour former une bulle autour de la colonie de Ma’aleh Adumim aurait le même effet. . En 2004 , le nombre de bâti­ments pales­ti­niens démolis à Jéru­salem Est a triplé. Nous pré­voyons un nombre égal de démo­li­tions en 2005. En juin dernier, 88 maisons du secteur de Silwan dont l’ordre de démo­lition était en cours ont attiré beaucoup d’attention.

3Lorsque la bar­rière sera achevée, Israël contrôlera l’accès pour entrer à Jéru­salem Est et en sortir, l’isolant de ses villes satel­lites de Bethléem et de Ramallah, et au-​​delà du reste de la Cis­jor­danie. Cela aura de sérieuses consé­quences à la fois écono­miques, sociales et huma­ni­taires pour les Pales­ti­niens. En appli­quant de manière stricte les mesures sur la rési­dence et les cartes d’identité, Israël sera en capacité de par­achever l’isolement de Jéru­salem Est - centre poli­tique, social, com­mercial, et infra­struc­turel de la vie palestinienne.

4Les acti­vités israé­liennes à Jéru­salem se font en vio­lation des obli­ga­tions de la feuille de route et du droit inter­na­tional. Nous, et d’autres membres de la com­mu­nauté inter­na­tionale avons exprimé nos pré­oc­cu­pa­tions à de nom­breuses reprises, avec des résultats divers.

Les Pales­ti­niens sont tous sans exception, pro­fon­dément inquiets en ce qui concerne Jérusalem-​​Est. Ils craignent qu’Israël « s’en tire », sous couvert du désen­ga­gement. Les mesures israé­liennes risquent également de radi­ca­liser la popu­lation pales­ti­nienne de Jéru­salem Est jusqu’à présent rela­ti­vement calme. Il serait opportun que l’Union Euro­péenne et le Quartet fassent des décla­ra­tions claires sur le fait que Jéru­salem reste un sujet de négo­ciation entre les deux parties et qu’Israël doit s’abstenir de toutes mesures des­tinées à pré­empter de telles négo­cia­tions. Nous devrions également sou­tenir les acti­vités cultu­relles, poli­tiques et écono­miques pales­ti­niennes à Jéru­salem Est.

RECOMMANDATIONS

Au niveau politique

- Des décla­ra­tions claires de l’Union Euro­péenne et du Quartet sur le fait que Jéru­salem reste un sujet de négo­cia­tions entre les deux parties et qu’Israël doit s’abstenir de toutes mesures des­tinées à pré­empte de telles négociations.

- Nous pour­rions envi­sager une décla­ration centrée sur la question de Jéru­salem à la réunion du GAERC de novembre Nous pour­rions aussi faire pression pour une décla­ration simi­laire de la part du Quartet.

- La phase 1 de la Feuille de route demande la réou­verture des ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes à Jéru­salem Est, et en par­ti­culier la Chambre de Com­merce. La réou­verture de ces ins­ti­tu­tions serait pour les Pales­ti­niens un signe que la com­mu­nauté inter­na­tionale prend au sérieux leurs inquié­tudes et agit. Nous pour­rions inclure un appel à la réou­verture dans les décla­ra­tions pré­cé­demment men­tionnées et étudier avec les deux parties comment et quand ces réou­ver­tures pour­raient intervenir.

- Demander ins­tamment au gou­ver­nement israélien de mettre un terme au trai­tement dis­cri­mi­na­toire des Pales­ti­niens à Jéru­salem Est , en par­ti­culier en ce qui concerne les permis de travail, les permis de construire, les démo­li­tions de maisons, la taxation et les dépenses,

- L’Union Euro­péenne pourrait envi­sager et évaluer les impli­ca­tions et la fai­sa­bilité d’exclure Jéru­salem Est du champ de cer­taines coopé­ra­tions UE/​Israël.

Au niveau opérationnel

- Orga­niser des ren­contres poli­tiques avec l’Autorité pales­ti­nienne à Jéru­salem Est, y compris des ren­contres au niveau ministériel.

- Prendre des ini­tia­tives (telles que lettres de décla­ra­tions, contacts, ren­contres etc.) cen­trées sur des sujets tels que l’accès, les permis de construire, les consé­quences du mur etc.

- En pré­vision des élec­tions légis­la­tives pales­ti­niennes fixées au 25 janvier 2006, encou­rager les deux parties à s’entendre sur les moda­lités de leur coor­di­nation en vue de per­mettre que les élec­tions puissent se tenir de façon satis­fai­sante à Jéru­salem Est en vertu des obli­ga­tions de chaque partie dans le cadre d des accords inté­ri­maires et de la Feuille de route (obli­gation à l’Autorité pales­ti­nienne d’organiser des élec­tions et obli­gation à Israël d’en faci­liter la tenue) en prenant en compte les recom­man­da­tions for­mulées dans le rapport Rocard ( rapport de l’UE sur le suivi des élec­tions pré­si­den­tielles). Offrir l’assistance tech­nique d’une tierce partie et la capacité de suivi, si c’est jugé néces­saire et adapté.

- Le Plan directeur de Jéru­salem qui est actuel­lement en phase d’approbation devrait être soumis à expertise tech­nique suivie par une décision sur la manière d’évaluer le plan en termes d’implications juri­diques, d’information publique etc. Actuel­lement, le plan existe seulement en hébreu (il devrait être traduit en arabe et en anglais).

- Toutes les Mis­sions (MS) et la Com­mission Euro­péenne (EC) doivent accroître les projets entrepris à Jéru­salem Est avec un équi­libre entre four­niture de ser­vices, huma­ni­taire, projets de déve­lop­pement et poli­tiques (en prenant en compte l’Etude mul­ti­sec­to­rielle) Le soutien à la société civile est important. Un inven­taire de l’activité en cours des MS de l’EC serait une pre­mière étape utile.

- En ce qui concerne la démo­lition des maisons pour défaut de permis de construire à Jéru­salem Est, l’UE pourrait suivre dif­fé­rentes options.

- Sou­tenir les projets légaux de soutien aux Pales­ti­niens menacés de démo­lition de maisons et ceux qui en ont été victimes.

- Pro­mouvoir des ini­tia­tives pour léga­liser les maisons “illé­gales” (c’est à dire en intro­duisant de manière rétro­active des projets de pla­ni­fi­cation urbaine alternatifs).

- Aider à la recherche d’une solution pour obtenir des permis de construire.

- Mettre en place des projets de l’UE avec une ONG pales­ti­nienne sur le soutien juri­dique pour tout ce qui concerne les permis de construire et les démo­li­tions de maisons.

- Mettre en place un projet de l’UE sur le déve­lop­pement d’un plan directeur concernant les loca­lités pales­ti­niennes proches de Jéru­salem Est. Aider à trouver une solution sur le pro­blème de l’accès qui inclurait un ensemble de mesures poli­tiques et opé­ra­tion­nelles, à court et à long terme. Sou­tenir les orga­ni­sa­tions locales et inter­na­tio­nales dans leurs efforts d’information sur Jéru­salem Est. Amé­liorer l’aide de l’UE aux ins­ti­tu­tions pales­ti­niennes à Jéru­salem Est, y compris aux acti­vités cultu­relles et au ren­for­cement de l’indépendance de la communauté.

CHEFS DE POSTES DE JERUSALEM ET RAMALLAH RAPPORT SUR JERUSALEM EST

DETAIL  

1 Jéru­salem est déjà un des sujets les plus délicats sur le chemin qui mène à un accord défi­nitif entre Israël et les Pales­ti­niens. Mais plu­sieurs mesures israé­liennes com­binées dimi­nuent la pos­si­bilité d’atteindre un accord final sur Jéru­salem accep­table par quelque Pales­tinien que ce soit. Nous consi­dérons qu’il s’agit là d’une poli­tique israé­lienne déli­bérée - l’achèvement de l’annexion de Jéru­salem Est. Les mesures israé­liennes risquent également de radi­ca­liser la popu­lation pales­ti­nienne de Jéru­salem Est jusqu’à présent rela­ti­vement calme.

POLITIQUE DE L’UE EN CE QUI CONCERNE JERUSALEM EST

2La poli­tique de l’UE est basée sur les prin­cipes définis dans la réso­lution 242 du Conseil de Sécurité de l’ONU , en par­ti­culier l’impossibilité d’acquérir de ter­ri­toires par la force . En consé­quence l’UE n’a jamais reconnu l’annexion de Jéru­salem Est sous la loi fon­da­mentale israé­lienne de 1980 (Loi Jéru­salem, capitale d’Israël) qui a fait de Jéru­salem « la capitale unifiée et indi­vi­sible » d’Israël. Les Etats membres de l’UE ont par consé­quent placé leurs mis­sions diplo­ma­tiques accré­ditées à Tel Aviv. L’UE s’oppose à des dis­po­si­tions qui pré­ju­ge­raient du résultat des négo­cia­tions sur le statut final, qui sont prévues dans la phase 3 de la Feuille de route, ainsi qu’aux actions qui visent à changer les statut de Jéru­salem Est.

3 Dans des confé­rences qui ont eu lieu en 1999 et 2001 les Hautes Parties Contrac­tantes ont réaf­firmé l’applicabilité de la Qua­trième Convention de Genève aux Ter­ri­toires Occupés Pales­ti­niens y compris Jéru­salem Est et ont réitéré la nécessité de res­pecter tota­lement les pro­vi­sions de la dite Convention sur ce territoire.

4 En juillet 2004, l’UE a reconnu l’avis consul­tatif de la Cour Inter­na­tionale de Justice sur les « consé­quences légales de la construction d’un mur dans les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés y compris dans et autour de Jéru­salem Est » et a voté en faveur de la Réso­lution de l’Assemblée Générale qui le recon­naissait. Tandis que l’UE reconnaît les pré­oc­cu­pa­tions d’Israël en matière de sécurité et son droit à agir pour sa propre défense, la position de l’UE sur la légalité du mur de sépa­ration coïncide lar­gement avec l’avis consul­tatif de la Cour Inter­na­tionale de Justice.

COLONIES

5 Israël aug­mente l’activité de colo­ni­sation dans trois zones en forme de fer à cheval, orientées à l’est dans et autour de Jéru­salem Est, reliées par de nou­velles routes :

- Pre­miè­rement par de nou­velles colonies dans la vieille ville elle-​​même et les fau­bourgs pales­ti­niens à proximité immé­diate de la vieille ville (Silwan, Ras al Amud, At Tur, Wadi al Joz, Sheikh Jarrah) ;

- Ensuite dans les prin­cipaux blocs de colonies existant déjà à Jéru­salem Est (dans le sens des aiguilles d’une montre de Ramot, Rekhes Shu’afat, French Hill, à travers les nou­velles colonies dae la pre­mière zone, au-​​dessus, vers Talpiot Est, Har Homa et Gilo) ;

- Et fina­lement dans le “Grand Jéru­salem” - reliant la ville de Jéru­salem aux blocs de colonies de Givat Ze’ev vers le nord, Ma’aleh Adumim vers l’est (y compris la zone E1 , voir ci-​​dessous), et le bloc de Etzion vers le sud.

L’activité de colo­ni­sation se poursuit dans ces trois zones, contrai­rement aux obli­ga­tions d’Israël en vertu du droit inter­na­tional et la Feuille de route.

E1” and Ma’aleh Adumim

6 E1 ( pour ‘Est 1’) est le terme employé par le Ministère israélien du Logement pour un nouveau quartier situé à l’intérieur des limites muni­ci­pales de la grande colonie de Ma’aleh Adumim (plus de 30,000 habi­tants) et qui relie celle ci aux limites muni­ci­pales de Jéru­salem (une ligne israé­lienne uni­la­térale située bien à l’est de la Ligne verte). E1 et un mur XXX autour de Ma’ale Adumim achè­ve­raient l’encerclement de Jéru­salem Est et le découpage en deux parties de la Cis­jor­danie et ulté­rieu­rement la res­triction d’accès à Jéru­salem. Les pers­pec­tives écono­miques de la Cis­jor­danie (où le PNB annuel par tête est infé­rieur à 1 000 $) dépendent étroi­tement de l’accès à Jéru­salem Est (où le PNB annuel par tête est autour de 3 500 $). Les esti­ma­tions de la contri­bution de Jéru­salem Est à l’économie globale pales­ti­nienne varient entre 1/​4 et 1/​3. Du point de vue écono­mique, la via­bilité d’un Etat pales­tinien dépend dans une large mesure de la pré­ser­vation de liens orga­niques entre Jéru­salem Est, Ramallah et Bethléem.

7 E1 est un projet ancien qui a été conçu par le gou­ver­nement Rabin en 1994 mais n’a jamais été réalisé. Le plan a été remis à l’ordre du jour par le Ministère du Logement en 2003, et la construction de E1 a été lancée en 2004. Depuis sa démission du cabinet, Neta­nyahu a essayé de faire de E1 un sujet de campagne.

Les plans de développement de E1 comprennent

- La construction d’au moins 3 500 logements (environ 15 000 résidents) ;

- une zone de développement économique

- la construction du quartier général de la police pour la Cis­jor­danie qui serait déplacé de Raz el-​​Amud

- des zones com­mer­ciales, des hôtels et des « loge­ments spé­ciaux », des uni­ver­sités et des « projets spé­ciaux », un cime­tière, et un site de mise en décharge

- A peu près 75% de la zone totale est affectée à un parc qui entourera tous ces projets.

- Jusqu’ici seuls les plans de la zone de déve­lop­pement écono­mique ont reçu les auto­ri­sa­tions néces­saires pour démarrer les travaux. Les plans des zones rési­den­tielles et du quartier général de la police ont été approuvés par la muni­ci­palité de Ma’aleh Adumim mais pas encore par le Conseil de pla­ni­fi­cation de l’administration civile.

8 La zone actuel­lement construite de Ma’aleh Adumim couvre seulement 15% de la zone pla­nifiée. Le plan total de Ma’aleh Adumim, E1 compris, couvre au moins 53 km2 (plus que Tel Aviv) et s’étend de Jéru­salem à Jéricho (com­men­taire : la jus­ti­fi­cation par Israël de l’expansion des colonies « à l’intérieur des limites des colonies exis­tantes » couvre par consé­quent une zone poten­tiel­lement très large). En août 2005, Israël a émis les ordres de réqui­sition de terres pour la construction du mur autour de la limite sud du bloc de Ma’aleh Adumim, suivant le par­cours approuvé par le cabinet israélien le 20 février 2005 (incluant la plus grande partie de la zone muni­cipale de Ma’aleh Adumim).

9 Le projet E1 cou­perait la route prin­cipale qu’empruntent les Pales­ti­niens entre Bethléem et Ramallah. Cette route est une alter­native à la route 60 qui était la route prin­cipale jusqu’en 2001, route qui reliait les prin­ci­pales villes pales­ti­niennes (Jénine, Naplouse, Ramallah, Jéru­salem, Bethléem et Hébron)sur la crête des mon­tagnes de Cis­jor­danie. Les Pales­ti­niens ont actuel­lement un accès réduit à la route 60 (soit des permis sont exigés sur cer­tains tronçons ou les routes sont blo­quées), tout par­ti­cu­liè­rement dans le secteur de Jérusalem.

10 Depuis 2003, des travaux pré­pa­ra­toires ont com­mencé. Dans le secteur nord de E1, où des loge­ments rési­den­tiels sont prévus, le sommet d’une colline a été arasé pour per­mettre la construction. Dans le secteur sud, là où le poste de police et des hôtels sont prévus une route non pavée a été construite. Mais rien d’autre depuis environ un an, Le 25 août 2005, le gou­ver­nement israélien a annoncé des plans pour construire le nouveau quartier général pour la Cis­jor­danie à E1, et le transfert depuis son empla­cement actuel à Jéru­salem Est., Dans le passé, beaucoup de colonies ont démarré par la construction d’un poste de police. Nous savons par des ONG israé­liennes qu’Israël a en projet la recon­version de l’actuel poste de police pour la Cis­jor­danie, situé à Ras Al-​​Amud en unités de logement pour une colonie.

Colonisation à l’intérieur de Jérusalem Est

11 La colo­ni­sation à l’intérieur de Jéru­salem Est continue à un rythme rapide.. Il y a actuel­lement environ 190,000 colons israé­liens à Jéru­salem Est. La majorité vit dans les blocs de colonies tels que Pisgat Ze’ev. La vision majo­ri­taire en Israël est que ce qu’ils appellent les « quar­tiers » de Jéru­salem Est ne sont pas des colonies car elles se trouvent à l’intérieur de la Muni­ci­palité de Jéru­salem. L’UE, ainsi que l’immense majorité de la com­mu­nauté inter­na­tionale ne reconnaît pas l’annexion uni­la­térale de Jéru­salem Est et considère les « quar­tiers » de Jéru­salem Est comme des colonies illé­gales comme toutes les autres colonies, mais cela ne dis­suade pas Israël de les agrandir. Cer­taines de ces colonies s’étendent aujourd’hui au-​​delà des limites définies par Israël comme celles de la muni­ci­palité de Jéru­salem, plus loin en Cis­jor­danie. La muni­ci­palité de Jéru­salem est également active autour du Tombeau de Rachel, en dehors des limites municipales.

12 Moins nom­breuses, mais tout aussi pré­oc­cu­pantes, sont les colonies implantées au cœur de quar­tiers pales­ti­niens, avec l’assistance mani­feste ou déguisée du gou­ver­nement. Des groupes de colons juifs extré­mistes, souvent avec des fonds étrangers, uti­lisent de nom­breux expé­dients pour s’approprier les terres pales­ti­niennes. Soit ils s’appuient sur les dif­fi­cultés finan­cières des Pales­ti­niens, soit ils occupent tout sim­plement les biens par la force et comptent sur les délais voire les conni­vences au sein des cours de justice israé­liennes. De tels groupes nous ont dit faire pression sur les auto­rités israé­liennes pour qu’elles démo­lissent les maisons pales­ti­niennes construites sans permis. Israël a par le passé utilisé la « loi sur la pro­priété des Absents » Loi sur les Pro­prié­taires absents - 1950. [1](géné­ra­lement appliquée à l’intérieur de la ligne Verte, ôté israélien) pour saisir pro­priétés et ter­rains. Cette année, Le Pro­cureur général a déclaré cette année que cette loi était « léga­lement indé­fen­dable » dans la région de Bethléem et la pra­tique a cessé, mais la loi reste appli­cable à Jéru­salem Est et peut être res­sus­citée à tout moment si Israël le juge opportun.

13 Cer­taines des colonies israé­liennes n’ont pas de permis de construire mais aucune n’a été détruite - un contraste mar­quant avec la situation faite aux Palestiniens-​​ Il y a aussi en projet de construire une grande nou­velle colonie juive dans le quartier musulman de la vieille ville, un pas en avant qui pourrait se révéler par­ti­cu­liè­rement explosif et pourrait conduire ulté­rieu­rement à une « Hébro­ni­sation » de Jéru­salem. Le but de ces colons et des colonies est d’étendre la pré­sence israé­lienne à de nou­velles zones. Au final, la formule du Pré­sident Clinton pour Jéru­salem (« ce qui est juif devient Israël et ce qui est Pales­tinien devient la Palestine « ) soit ne peut être appliqué - soit Israël prend davantage.

MUR/​BARRIÈRE DE SÉPARATION

14 Israël a lar­gement ignoré l’avis consul­tatif de la Cour inter­na­tionale de Justice du 9 juillet 2004 concernant la bar­rière. Le 25 février 2005 le gou­ver­nement israélien a approuvé le tracé révisé de la « bar­rière de séparation ».

Ce tracé [2]isole Jéru­salem Est et ses 230,000 rési­dents pales­ti­niens de la Cis­jor­danie (il sépare davantage les Pales­ti­niens entre eux que les Pales­ti­niens d’avec les Israé­liens) . Le mur n’est pas seulement motivé par des consi­dé­ra­tions de sécurité. Le 21 juin 2005, La Cour suprême israé­lienne a statué qu’il était légal de prendre en compte des consi­dé­ra­tions poli­tiques en plus des consi­dé­ra­tions sécu­ri­taires pour le tracé de la bar­rière dans Jéru­salem Est parce que Jéru­salem Est est ter­ri­toire israélien depuis son annexion en 1967 (cad, les consi­dé­ra­tions poli­tiques ne sont pas légales en Cis­jor­danie qui n’a pas été annexée à Israël). Le 10 juillet, le cabinet israélien a décidé de tracer la bar­rière de Jéru­salem de façon à exclure de son tracé 55 000 Pales­ti­niens, prin­ci­pa­lement dans le camp de réfugiés de Shua’fat. Le fait que la décision du cabinet n’impliquait pas des mesures à court terme mais également à long terme des­tinées à intégrer la situation nou­vel­lement créée par la construction de la bar­rière (cad construire de nou­velles ins­ti­tu­tions éduca­tives et inciter les hôpitaux à ouvrir des centres de santé « au-​​delà du mur »)- apparaît en contra­diction avec la notion d’une « bar­rière » pro­vi­soire plutôt qu’une structure per­ma­nente. Et si Israël pro­curait les ser­vices muni­cipaux adé­quats aux zones exclues (comme il le promet) cela serait en contra­diction avec les ser­vices com­munaux res­treints pro­curés au reste de Jéru­salem Est. Les ONG israé­liennes qui tra­vaillent sur la question de Jéru­salem ont examiné les pro­po­si­tions israé­liennes pour assurer que les rési­dents exclus de la bar­rière ne le soient pas des ser­vices de la ville, et ils les ont jugés insuffisants.

15 La bar­rière s’étend en forme de trèfle vers le nord-​​ouest, sud-​​ouest-​​ et est au-​​delà même des limites muni­ci­pales de Jéru­salem, laissant 164 km2 des terres de Cis­jor­danie du côté occi­dental « israélien ». Com­binée avec l’activité de colo­ni­sation de ces zones, cette annexion de fait de la terre pales­ti­nienne sera irré­ver­sible sans une évacuation forcée et à grande échelle des colons et un nouveau tracé de la bar­rière - qui coûte 800 000 euros du kilo­mètre. Cette bar­rière blo­quera aussi la route qu’empruntent actuel­lement les Pales­ti­niens entre Bethléem et Ramallah, les contrai­gnant à emprunter les tunnels de Jéricho.

16 Nous devrions nous assurer que le soutien que nous apportons à Jéru­salem Est 15n’est pas sim­plement une ten­tative de réduire les consé­quences néga­tives de la construction de la bar­rière de sépa­ration. L’avis consul­tatif de la Cour inter­na­tionale de justice, accepté par l’UE avec peu de réserves, établit que « tous les Etats ont l’obligation de ne pas recon­naître la situation illégale résultant de la construction du mur dans les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés y compris à l’intérieur et autour de Jéru­salem Est. Ils ont aussi obli­gation de ne pas apporter d’aide sus­cep­tible de main­tenir la situation créée par cette construction. »

RESTRICTIONS SUR et DEMOLITIONS DE L’HABITAT PALESTINIEN

17 Les auto­rités israé­liennes ont mis en place de sérieuses res­tric­tions sur la construction de loge­ments pour les Pales­ti­niens à Jéru­salem Est. Les auto­rités israé­liennes déli­vreront des permis de construire seulement pour des endroits qui ont un plan directeur déli­mitant des zones. La muni­ci­palité produit ces plans pour des zones de colo­ni­sation prévues mais pas pour les zones pales­ti­niennes - seuls les Pales­ti­niens doivent des­siner eux-​​mêmes ces plans, en général à leurs frais (les dépenses sont inabor­dables). Aussi, chaque année, les Pales­ti­niens reçoivent-​​ils moins de 100 permis de construire, pour les­quels ils ont du attendre plu­sieurs années. Simul­ta­nément, des règle­ments exi­geant des Pales­ti­niens qui ont le statut de résident à Jéru­salem soit d’y résider, soit de risquer de perdre leur statut , ont forcé des mil­liers de Pales­ti­niens à revenir de Cis­jor­danie à Jéru­salem ce qui a aggravé le manque de loge­ments. Le résultat en est que la plupart des nou­veaux loge­ments pales­ti­niens se font sans permis et sont par consé­quent illégaux aux yeux des auto­rités israé­liennes (bien que selon la 4ème Convention de Genève la puis­sance occu­pante ne soit pas auto­risée à étendre sa juri­diction au ter­ri­toire occupé). Res­tric­tions et démo­li­tions ont pour consé­quence que des ter­rains à l’abandon (mais de pro­priété pales­ti­nienne) soient dis­po­nibles pour de nou­velles colonies ou l’extension de colonies existantes.

18 En 2004, au moins 152 bâti­ments, la plupart rési­den­tiels, ont été démolis à Jéru­salem Est, une aug­men­tation impor­tante par rapport aux années pré­cé­dentes (66 en 2003, 36 en 2002, 32 en 2001 et 9 en 2000). En mai 2005, la muni­ci­palité de Jéru­salem a fait connaître son intention de faire démolir 88 maisons dans le « quartier » de Silwan. Suite aux réac­tions des médias et aux pres­sions inter­na­tio­nales, ces démo­li­tions ont été sus­pendues, mais l’avenir de Silwan reste incertain, et les ordres de démo­lition sont tou­jours en suspens. Entre temps, ailleurs dans les quar­tiers pales­ti­niens, des maisons sont démolies régu­liè­rement. D’après le Comité israélien contre les Démo­li­tions de Maisons, 52 bâti­ments (y compris un immeuble de 7 étages et 8 sta­tions service) ont été démolis à Jéru­salem Est cette année. Le budget de la muni­ci­palité pour les démo­li­tions (approuvé fin mars) est de 4 M NIS (environ 800 000 euros), un chiffre en légère aug­men­tation par rapport à l’an dernier. Nos contacts estiment que cela va per­mettre à la muni­ci­palité de détruire 150-​​170 bâti­ments cette année. Dans les cas où il est jugé que la muni­ci­palité n’a pas rempli son devoir de démo­lition des bâti­ments illégaux, (soit par manque de fonds, soit par contraintes bud­gé­taires), le Ministère de l’Intérieur peut et fait effec­ti­vement pro­céder aux démo­li­tions (14 en 2004, 6 jusqu’ici pour 2005). Les démo­li­tions de maisons sont illé­gales selon la loi inter­na­tionale (voir ci-​​dessus), ne servent aucun objectif apparent de sécurité (mais sont clai­rement reliées à l’expansion des colonies), elles ont des consé­quences huma­ni­taires catas­tro­phiques et ali­mentent amertume et extré­misme. Des Pales­ti­niens conti­nuent de bâtir illé­ga­lement parce qu’ils n’ont pas d’autre choix et parce que la Muni­ci­palité et le Ministère de l’Intérieur peuvent seulement détruire une fraction des (approxi­ma­ti­vement) 12 000 maisons « illé­gales » exis­tantes. Les Pales­ti­niens appellent cela une « loterie ».

CARTES D’IDENTITÉ ET STATUT DE RÉSIDENT(E)

19 Cer­tains Pales­ti­niens ont des cartes d’identité israé­liennes bleues, qui leur donnent le « droit » de vivre en Israël (en pra­tique à Jéru­salem Est), mais pas de voter aux élec­tions natio­nales israé­liennes ni d’avoir un pas­seport israélien. Le renou­vel­lement annuel de ces cartes d’identité bleues est long, pesant parfois humi­liant et se fait au Bureau du Ministère de l’Intérieur à Jéru­salem Est. Les autres ont des cartes d’identité vertes (Cis­jor­danie) ou orange (Gaza) et doivent demander un permis pour se rendre à Jéru­salem Est. Même les Pales­ti­niens de Cis­jor­danie ou de Gaza qui ont un emploi régulier à Jéru­salem Est doivent faire renou­veler ces permis tous les trois mois. Entre 1996 et 1999 Israël a mis en place une pro­cédure inti­tulée « centre de vie » ce qui signifie que ceux qui détiennent une carte d’identité bleue et dont le domicile ou le travail se trouve en dehors de Jéru­salem Est, par exemple à Ramallah, perdent leur carte d’identité. Une vague de déten­teurs de ces cartes s’est pour cette raison repliée sur Jéru­salem Est. La rési­dence de cen­taines de Pales­ti­niens qui ont vécu pour une période pro­longée en dehors d’Israël et des Ter­ri­toires Occupés a été révoquée, et cette poli­tique dure. L’application renou­velée de cette règle et la construction de la bar­rière autour de Jéru­salem ont conduit à une seconde vague « d’immigration » des déten­teurs de cartes d’identité bleue vers la ville. Israël a également fait savoir son intention d’instaurer une carte d’identité bio­mé­trique lisible par des machines. Les Pales­ti­niens en sont très inquiets car cela per­met­trait aux Israé­liens de savoir si des déten­teurs de cartes bleues vivent et tra­vaillent vraiment à Jéru­salem et sinon à en expulser davantage.

20 La moti­vation prin­cipale d’Israël est très cer­tai­nement d’ordre démo­gra­phique -réduire la popu­lation pales­ti­nienne de Jéru­salem, conjoin­tement aux efforts réa­lisés pour aug­menter la popu­lation de juifs israé­liens vivant dans la ville - à l’est comme à l’ouest. Le plan directeur de Jéru­salem a pour but explicite de garder la pro­portion de Jéru­sa­lé­mites pales­ti­niens à 30% maximum du total. Mais cette poli­tique a de sévères consé­quences huma­ni­taires - les couples dans les­quels un des époux a une carte d’identité bleue et l’autre une verte seront forcés de quitter Jéru­salem (Israël autorise en théorie le transfert de cartes d’identité bleues au conjoint et aux enfants, mais très rarement en pra­tique). Les Pales­ti­niens qui ont une carte d’identité israé­lienne vivent déjà dans une identité fantôme - ni Arabes israé­liens, ni liés à l’Autorité pales­ti­nienne - avec ces mesures leur situation ne peut qu’empirer. La sépa­ration de Jéru­salem Est avec le reste de la Palestine han­dicape écono­mi­quement les deux zones , et le retour des déten­teurs de cartes d’identité bleues exa­cerbe la crise du logement - les prix d’achat et de location montent en flèche.

POLI­TIQUES MUNI­CI­PALES 21 La muni­ci­palité de Jéru­salem est res­pon­sable de la majorité des démo­li­tions de maisons entre­prises à Jéru­salem Est (voir ci-​​dessus). Elle contribue aussi à la stag­nation écono­mique et sociale de Jéru­salem Est à travers d’autres poli­tiques. Le Comité israélien contre les Démo­li­tions de Maisons affirme que les Pales­ti­niens contri­buent pour 33% des taxes muni­ci­pales mais ne reçoivent en retour que 8% du budget muni­cipal. Les chiffres exacts sont dif­fi­ciles à estimer néan­moins la dis­cri­mi­nation dans les dépenses est évidente. Les zones pales­ti­niennes de la ville se carac­té­risent par des routes en mauvais état, peu ou pas de net­toyage des rues, et une absence d’espaces publics bien entre­tenus, en contraste mani­feste avec les endroits où vivent les Israé­liens (à Jéru­salem Ouest ou dans les colonies de Jéru­salem Est ). Même les quar­tiers ultra ortho­doxes (qui contri­buent très fai­blement aux impôts, pour diverses raisons) sont bien mieux entre­tenus par la muni­ci­palité. La four­niture de ser­vices publics dans ce qui est selon Israël une seule muni­ci­palité est par consé­quent soumise à des pra­tiques dis­cri­mi­na­toires. Les Pales­ti­niens consi­dèrent les taxes muni­ci­pales comme une taxe sur leur droit de rési­dence plutôt que comme un rendu pour les ser­vices municipaux.

Le haut niveau de fis­calité (étant donné que les revenus des Pales­ti­niens sont notoi­rement plus faibles) et l’application dis­cri­mi­na­toire de la loi qui semble cibler les Pales­ti­niens pour leur infliger des amendes pour toute une série de délits (cir­cu­lation, sta­tion­nement, défaut de licence TV) aggravent encore la situation écono­mique des Pales­ti­niens. Cela rend plus dif­ficile qu’ils conti­nuent à résider dans la ville et cela les rend plus vul­né­rables aux offres des groupes de colons ou de Pales­ti­niens qui col­la­borent, qui leur pro­posent un bon prix pour leurs pro­priétés ou leurs terres.

CONSÉQUENCES HUMANITAIRES ET POLITIQUES

22 Rupture du lien entre Jéru­salem Est et la Cis­jor­danie : Jéru­salem Est, pales­ti­nienne, est tra­di­tion­nel­lement le centre des acti­vités poli­tiques, com­mer­ciales, reli­gieuses et cultu­relles pour la Cis­jor­danie, les Pales­ti­niens fonc­tionnant comme un tout social et écono­mique. La sépa­ration d’avec le reste de la Cis­jor­danie affecte l’économie et affaiblit le tissu social. Depuis l’occupation israé­lienne de Jéru­salem Est en 1967, l’accès des Pales­ti­niens à Jéru­salem depuis la Cis­jor­danie a été pro­gres­si­vement res­treint. Durant le pro­cessus de Oslo, en 1993, le gou­ver­nement israélien a interdit aux Pales­ti­niens de Cis­jor­danie et de Gaza d’entrer sans permis. Les colonies et les routes de contour­nement ont encore res­treint l’accès à Jéru­salem. Et la bar­rière a aggravé la situation.

23 Menaces sur le statut de résident : les déten­teurs de cartes d’identité bleues qui se trouvent en dehors de la bar­rière sont de plus en plus dans l’incapacité d’accéder à Jéru­salem Est, ce qui les oblige à dépendre des ser­vices médicaux, reli­gieux et d’éducation du reste de la Cis­jor­danie. Cela menace leur droit à rési­dence à Jéru­salem, selon la règle israé­lienne du « centre de vie »..

24 Impact sur le secteur de l’éducation et des soins : Les habi­tants de Cis­jor­danie connaissent des dif­fi­cultés gran­dis­santes à accéder aux prin­cipaux centres de santé et d’éducation de Jéru­salem Est. Les écoles de Jéru­salem Est qui dépendent de per­sonnel vivant en Cis­jor­danie courent le risque de devoir fermer. La même chose s’applique aux hôpitaux : s’ajoutant à la dimi­nution du nombre des patients de Cis­jor­danie à cause des pro­blèmes d’accès, cer­taines com­pa­gnies d’assurance israé­liennes exigent que le per­sonnel dispose des qua­li­fi­ca­tions pro­fes­sion­nelles et de l’immatriculation israé­liennes. Selon le ministre des Affaires de Jéru­salem de l’Autorité pales­ti­nienne, environ 68% du per­sonnel médical des hôpitaux de Jéru­salem Est résident en dehors des limites muni­ci­pales. Le manque de malades et de per­sonnel aura pour consé­quence une dimi­nution en quantité et en spé­cia­lités des soins offerts, soins qui souvent ne sont pas dis­po­nibles en Cisjordanie.

25 Res­triction de la liberté reli­gieuse : Les chré­tiens et les musulmans qui vivent à l’est de la bar­rière ont déjà un accès réduit à leurs lieux saints. Les habi­tants de Cis­jor­danie sont confrontés à des dif­fi­cultés crois­santes pour accéder à l’esplanade du Haram al Sharif/​Mont du Temple à cause du système de permis pour entrer à Jéru­salem et à cause de la bar­rière. Aucun homme de moins de 45 ans n’est autorisé sur l’esplanade. Le directeur du Awqaf, qui contrôle les mos­quées s’est plaint tout par­ti­cu­liè­rement de l’augmentation des mesures israé­liennes pour dominer et contrôler l’esplanade. La police patrouille régu­liè­rement sur l’esplanade depuis un an. Les Israé­liens disent que c’est pour assurer la bonne conduite des colons , mais l’effet en est que cela intimide les fidèles. Les Israé­liens ont aussi introduit de nou­velles mesures ces semaines passées - des caméras ont été placées à chaque porte, en dehors de l’esplanade mais pointées vers elle. Ainsi chaque porte est étroi­tement sur­veillée. Les Israé­liens ont aussi com­mencé à dresser des clô­tures sur les bâti­ments qui entourent l’esplanade. Les inquié­tudes des Pales­ti­niens en ce qui concerne l’accès (et les menaces) aux mos­quées de l’esplanade ont des impli­ca­tions à la fois poli­tiques et de sécurité. Ce qui est perçu comme des « menaces » sur les mos­quées par les groupes juifs et le refus d’accès aux musulmans sert régu­liè­rement d’étincelle aux confron­ta­tions et motive les extré­mistes palestiniens.

26 Les consé­quences poli­tiques plus larges, des mesures détaillées ci-​​dessus sont encore plus inquié­tantes. Comme sou­ligné ci-​​dessus, les pers­pec­tives d’une solution avec deux états et Jéru­salem comme capitale de la Palestine s’éloignent. Plus l’activité de colo­ni­sation s’intensifie dans et autour de Jéru­salem Est plus dif­ficile il sera de dire ce qui est pales­tinien et de le relier avec le reste de la Cis­jor­danie. L ‘activité israé­lienne à E1 et la clôture d’une large zone autour de Ma’ale Adumim sont par­ti­cu­liè­rement pré­oc­cu­pantes à cet égard. Les règle­ments israé­liens à Jéru­salem Est rendent plus dif­fi­ciles à réa­liser les pro­po­si­tions de réso­lution du conflit comme celle déve­loppée par l’initiative de Genève en 2003, une ini­tiative de la société civile accueillie favo­ra­blement par l’UE.

27 Les dis­po­si­tions prises pour faci­liter l’élection pré­si­den­tielle pales­ti­nienne à Jéru­salem Est en janvier 2005 n’étaient pas satis­fai­santes - Israël a fermé les centres d’inscriptions sur les listes élec­to­rales, les can­didats n’ont pas pu mener cam­pagne librement, et des res­tric­tions sur le nombre des bureaux de vote ont conduit au chaos le jour de l’élection. Le rapport de la com­mission euro­péenne d’observation de l’élection conduite par l’ancien Premier ministre Rocard pose clai­rement les pro­blèmes ainsi que les recom­man­da­tions pour les amé­lio­ra­tions préa­lables aux élec­tions au Conseil Légis­latif pales­tinien prévues le 25 janvier 2006.

Documents joints

[1] Tout (e) pro­prié­taire qui aura quitté sa rési­dence per­ma­nente après le 29 novembre 1947 pour un pays arabe, ou pour toute autre zone de la terre d’Israël qui ne fait pas partie de l’Etat d’Israël (cad Cis­jor­danie ou Gaza) ) sera auto­ma­ti­quement déchu de son droit de pro­priété et de tout droit de pro­priété en Israël au profit du Fonds des biens des Absents - un orga­nisme public qui transfère les titres de pro­priété de ces biens à l’Etat. La plupart de ces terres - surtout dans le Negev et en Galilée - ont été uti­lisées pour construire des kib­boutz, des moshav et des villes pour la popu­lation juive .

[2] Carte dis­po­nible à : http://​www​.btselem​.org/​D​o​w​n​l​o​a​d​/​J​e​r​u​s​a​l​e​m​_​S​e​p​a​r​a​t​i​o​n​_​B​a​r​r​i​e​r​_​E​n​g.PDF