Le rapport du Quartet au Proche-Orient dénonce la colonisation israélienne et les violences palestiniennes

Piotr Smolar, Le Monde, lundi 4 juillet 2016

Des colons israéliens protégés par des soldats et policiers reviennent de leur prière du vendredi sur la tombe du patriarche dans les rues de Hébron le 1er juilet 2016. HAZEM BADER / AFP

Le Quartet pour le Proche-Orient, qui regroupe les Etats-Unis, l’Union européenne, l’ONU et la Russie, présente un bilan famélique en matière de promotion de la paix entre Israéliens et Palestiniens. Restent ses écrits, toujours très commentés, à l’instar de son nouveau rapport, enfin publié vendredi 1er juillet après des semaines de spéculations. Il se concentre sur les « menaces principales » pesant sur la solution à deux Etats et adresse des critiques, parfois sévères, aux deux parties concernées. Les Israéliens, pour la politique de colonisation en Cisjordanie ; les Palestiniens, pour les actes de violence et les incitations à en commettre, ainsi que leurs divisions internes.

Le document note que la fin du conflit ne peut être atteinte autrement que par des « négociations bilatérales directes » entre les parties. Concernant la situation sur le terrain, il s’inquiète du risque d’un « enracinement de la réalité à un Etat ». Benyamin Nétanyahou a répliqué en mettant en cause la « banqueroute morale » de la direction palestinienne, qui n’a pas condamné les trois dernières attaques contre des civils israéliens en vingt-quatre heures.

La première partie du texte est consacrée à la violence et aux incitations. Il rappelle que « plus de 250 attaques » palestiniennes menées surtout par « de jeunes individus non affiliés » ont eu lieu depuis octobre 2015, tuant plus de 30 Israéliens. « Au moins 140 Palestiniens ont été tués en commettant ces attaques », dit le rapport. Hommage est rendu aux forces de sécurité palestiniennes, pour la prévention d’autres attaques, et à la police israélienne, qui a mis en place une unité spéciale chargée de lutter contre les colons juifs violents, malgré un faible nombre d’inculpations.

Propagande de haine

En revanche, le texte met en cause la propagande de haine sur les réseaux sociaux palestiniens. Le Hamas et d’autres factions radicales en sont les premiers auteurs, mais « certains membres du Fatah », la formation du président Mahmoud Abbas, sont critiqués : « Les leaders palestiniens n’ont pas condamné de façon claire et consistante les attaques terroristes spécifiques. Et des rues, des places et des écoles ont reçu le nom de Palestiniens qui ont commis des actes de terrorisme. » La partie consacrée à l’expansion des colonies est la plus sévère pour Israël, mettant en cause « ses intentions à long terme ». Le nombre de colons en Cisjordanie a augmenté de 80 000 entre 2009 et 2014. Près de 70 % des terres en zone C (60 % de la Cisjordanie) ont été confisquées au profit de l’occupant. Sur les 30 % restants, les Palestiniens sont privés de permis de construire : 34 accordés sur 2 000 dossiers. A cela s’ajoute la légalisation en dix ans de 19 avant-postes, sur une centaine, même si ces campements violent la loi israélienne. Enfin, le Quartet note l’accélération des démolitions de structures palestiniennes en zone C : 500 sur les quatre premiers mois de 2016, soit autant que pour toute l’année précédente. Dans ses recommandations finales, le document appelle à la fin de la colonisation et des violences, ou encore à celle du blocus sur la bande de Gaza.

Patronage stérile

Pour comprendre l’équilibre savant du texte, il faut se pencher sur le feuilleton de cette publication maintes fois repoussée. Le 12 février à Munich, le Quartet a lancé une nouvelle évaluation de la dégradation constante sur le terrain. Or, une initiative diplomatique française a bousculé la routine de cet exercice convenu. Faisant le constat de l’impasse du processus de paix, Paris a mis en cause le patronage américain, exclusif et stérile, sous lequel les négociations bilatérales ont été conduites depuis vingt-cinq ans. Son idée : créer un consensus plus large dans la région et à l’ONU, pour relancer une dynamique éteinte depuis l’échec du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, début 2014.

La première étape a été la conférence de Paris, le 3 juin, rassemblant une vingtaine d’Etats au niveau ministériel, avant celle des chefs d’Etat prévue en fin d’année. M. Kerry est venu. Mais un élément manquait sur la table : le rapport du Quartet. Nikolaï Mladenov, coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix, avait espéré que ce texte servirait de base à la conférence. Déconvenue. Elles vont se multiplier. La version 1 du texte était prête dès la fin mars, selon une source diplomatique. Une dizaine d’autres vont suivre.

La raison : les Etats-Unis. Washington s’est senti dépossédé de son rôle pivot. « Les Américains ont gagné du temps et changé d’avis 30 fois, reconnaît un diplomate français. Ils considèrent que l’alpha et l’oméga, ce sont les négociations bilatérales avec eux comme médiateur. » Le format étroit du Quartet, qu’ils dominent, leur convient. Malgré la relation personnelle catastrophique entre Barack Obama et Benyamin Nétanyahou, les Etats-Unis ont joué leur rôle historique de protecteur d’Israël, en pesant sur la rédaction. « Le rapport est plutôt bon, l’essentiel y est », se rassure-t-on au Quai d’Orsay, où l’on relève avec soulagement la référence furtive à la conférence de Paris.