Le « putois », nouvelle arme israélienne contre les manifestants palestiniens

Joseph Krauss, mardi 19 août 2008

Des Pales­ti­niens se massent devant la bar­rière, lancent des slogans et quelques pierres. Sur le qui-​​vive, ils attendent la riposte des soldats israé­liens. Mais, cette fois, un liquide nau­séabond, le « putois », a rem­placé balles caou­tchoutées et gaz lacrymogène.

Des Pales­ti­niens se massent devant la bar­rière, lancent des slogans et quelques pierres. Sur le qui-​​vive, ils attendent la riposte des soldats israé­liens. Mais, cette fois, un liquide nau­séabond, le « putois », a rem­placé balles caou­tchoutées et gaz lacrymogène.

« Non aux colonies ; non au mur », crient les mani­fes­tants, bran­dissant des dra­peaux pales­ti­niens et des por­traits de Youssef Amira, un ado­lescent tué par des gardes-​​frontières israé­liens en juillet. En face, les gardes-​​frontières sont postés. Après quelques minutes d’attente, l’un d’entre eux se met à hurler en arabe à l’aide d’un haut-​​parleur : « Ceci est une zone mili­taire interdite ! Quittez les lieux ! » Puis un camion prend position. Les mani­fes­tants pensent à pre­mière vue qu’il s’agit d’un canon à eau. Mais lorsqu’il se met à les asperger d’un liquide jaune putride, à l’odeur dégoû­tante, de nom­breuses per­sonnes com­mencent à vomir ou à arracher leurs vêtements.

« C’est la pre­mière fois qu’ils uti­lisent ce liquide. Cela va rendre tout le monde malade. J’ai vu un enfant qui n’arrivait plus à res­pirer et beaucoup d’autres ont vomi », lâche Ahmad Abou Rahma, un habitant de Bilin, qui a été de toutes les mani­fes­ta­tions depuis trois ans et demi.

Selon l’armée israé­lienne, le « putois » est plus efficace que les armes tra­di­tion­nelles anti­émeute comme les gaz lacry­mo­gènes ou les balles caou­tchoutées qui peuvent blesser griè­vement ou tuer même, comme dans le cas de Youssef Amira. La veille de sa mort, un autre enfant pales­tinien avait également été tué par des tirs israéliens.

« Il s’agit d’un chan­gement de tac­tique pour contrôler les foules et dis­perser les mani­fes­ta­tions vio­lentes », indique à l’AFP le porte-​​parole de la police, Micky Rosenfeld. « Cela protège les mani­fes­tants car nous n’avons pas à uti­liser des gaz lacry­mo­gènes et des balles caou­tchoutées », ajoute-​​t-​​il.

Il assure que cette nou­velle arme est com­posée d’un liquide nau­séabond, dont la nature n’est pas révélée, mais qui n’est pas dan­gereux. « Ce n’est pas chi­mique. C’est un liquide qui sent. Cela ne fait pas de mal ni ne pro­voque de dommage phy­sique, même si on le prend dans les yeux », dit le porte-​​parole.

Les mani­fes­ta­tions à Bilin et Nilin, un autre village près de Ramallah, aux­quelles par­ti­cipent des mili­tants pro­pa­les­ti­niens israé­liens et étrangers, sont heb­do­ma­daires, et des mani­fes­tants y sont régu­liè­rement blessés. Dans les deux vil­lages, Israël construit une bar­rière de séparation.

L’État hébreu affirme que cette bar­rière, qui doit à terme courir sur plus de 700 km en Cis­jor­danie, est une mesure légitime et néces­saire qui a permis de limiter les attentats pales­ti­niens en Israël. Les Pales­ti­niens la qua­li­fient de « mur de l’apartheid ».

Le « mur » empiète sur des cen­taines d’hectares de terres pales­ti­niennes et, à cer­tains endroits, empêche des pro­prié­taires de terres d’accéder à leurs champs. « Ils uti­lisent toutes sortes de vio­lences contre nous, mais nous devons récu­pérer nos terres. Nous sommes prêts à nous sacrifier », lance Ahmad Abou Rahma.

Achraf, un autre mani­festant blessé d’une balle caou­tchoutée dans la jambe tirée à bout portant par un soldat, affirme que rien ne l’empêchera de mani­fester à Bilin. « Je n’ai peur de rien, même pas de la mort », lance-​​t-​​il.