Le procès d’Ehoud Olmert, symbole des problèmes de corruption en Israël

Joël David, dimanche 28 février 2010

Pour la pre­mière fois, un ancien premier ministre est sur le banc des accusés en Israël, pays classé 32e sur 180 pays pour le niveau de corruption

L’ancien premier ministre encourt la prison ferme pour fraude, abus de confiance, usage de faux et évasion fiscale dans un procès qui s’ouvre mer­credi 24 février

Etat d’Israël contre Ehoud Olmert. Pour la pre­mière fois, un ancien premier ministre est sur le banc des accusés à compter du mer­credi 24 février. Il est inculpé de fraude, abus de confiance, usage de faux et évasion fiscale, ce qui peut lui valoir une peine de prison ferme. Le rythme des audiences au tri­bunal de dis­trict de Jéru­salem doit passer pro­gres­si­vement d’une ou deux à trois par semaine dans les mois à venir.

Ce qui promet des gros titres dans la presse. Ehoud Olmert clame son inno­cence : « Je suis de nature opti­miste. Tout va s’arranger, avec l’aide de Dieu. » Lui-​​même avocat d’affaires, il est défendu par des ténors du barreau. À 64 ans, il s’est recon­verti dans le « big business » tout en ne perdant pas de vue le terrain politique.

Début février, il prenait encore la parole à l’université de Tel-​​Aviv pour s’expliquer sur ses « conces­sions sans pré­cédent » offertes au pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas en vue d’un règlement per­manent de paix. À l’instar de Benyamin Neta­nyahou et Ehoud Barak, revenus aux affaires après en avoir été écartés, Ehoud Olmert se prépare à une tra­versée du désert avant son futur retour sur la scène poli­tique. Tout cela, à condition bien sûr qu’il soit blanchi.

Israël classé 32e sur 180 pays pour le niveau de cor­ruption En quatre décennies de car­rière poli­tique, l’ancien chef du gou­ver­nement s’est taillé une répu­tation de « suspect en série » qui – faute de preuves – a tou­jours réussi à passer à travers les mailles du filet. Mais les affaires l’ont fina­lement rat­trapé et contraint à renoncer aux com­mandes en juillet 2008. Il devra s’expliquer sur des fonds que l’homme d’affaires juif amé­ricain Morris Talansky lui aurait illé­ga­lement trans­férés à l’époque où il était maire de Jéru­salem (19932003).

Il est aussi accusé, dans le cadre de l’affaire « Rishon Tours » (une agence de voyages) de s’être fait rem­bourser plu­sieurs fois des billets d’avions uti­lisés par lui ou des membres de sa famille pour des mis­sions à l’étranger. Dernier dossier : des dizaines de nomi­na­tions poli­tiques sus­pectes de proches lorsqu’il était ministre du com­merce et de l’industrie (20032006).

Selon Trans­pa­rency Inter­na­tional, Israël était médio­crement classé en 2009, en 32e position parmi 180 pays, pour le niveau de la cor­ruption, la Nouvelle-​​Zélande étant le pays où la per­ception de ce niveau était la plus faible, suivie du Danemark (2e), de la Suisse (5e), l’Allemagne (14e), la France (24e). Écla­boussée par des scan­dales à répé­tition, la classe poli­tique est dis­cré­ditée auprès de l’opinion israélienne.

L’ancien chef de l’Etat jugé pour viol et har­cè­lement sexuel Deux anciens ministres, Shlomo Benizri (santé) et Avraham Hirshson (finances), ont été jugés cou­pables d’escroquerie et écroués res­pec­ti­vement pour quatre ans, et cinq ans et cinq mois de prison. Le procès pour viol et har­cè­lement sexuel de l’ancien chef de l’État, Moshé Katzav, se déroule actuel­lement à huis clos au tri­bunal de Tel-​​Aviv. Il pourrait lui aussi se retrouver der­rière les barreaux.

De même que le pré­sident de la com­mission par­le­men­taire des affaires étran­gères et de la défense, Tzahi Hanegbi, pour­suivi notamment pour pré­va­ri­cation et abus de confiance. Et la liste n’est pas exhaustive : l’actuel chef de la diplo­matie, Avigdor Lie­berman, est sur des charbons ardents, car la police a recom­mandé son incul­pation pour cor­ruption, fraude, blan­chiment d’argent, abus de confiance et subor­nation de témoins.

Signe des temps, Israël demande par ailleurs l’extradition d’un ancien juge, Dan Cohen, qui s’est enfui au Pérou après avoir empoché frau­du­leu­sement des mil­lions de dollars de pots de vin.

Autant dire que Tzipi Livni – qui a succédé à Olmert à la tête du parti cen­triste Kadima – jouait gagnante en tablant sur sa répu­tation d’intégrité aux légis­la­tives de 2009. Avec 28 députés, elle dirige la pre­mière for­mation à la Knesset, mais n’a pas réussi à former une coa­lition gou­ver­ne­mentale. Après une ascension poli­tique ful­gu­rante, elle se fait len­tement oublier dans l’opposition et s’efforce d’empêcher l’implosion du Kadima, miné par des riva­lités de personnes.