"Le problème n’est pas la sécurité d’Israël mais celle du monde entier"

entretien avec B. Netanyahou, mercredi 28 octobre 2009

Dans une interview au magazine Newsweek, le Premier ministre israélien Ben­jamin Neta­nyahou livre son point de vue sur le rapport Gold­stone, parle de la pro­li­fé­ration nucléaire et de la solution d’un Etat bina­tional [1].

Ben­jamin Neta­nyahou, selon quelqu’un qui le connaît bien, considère la menace ira­nienne en termes très extrêmes : il se voit investi de la mission de pro­téger le peuple juif d’un deuxième Holo­causte. Comme bien des Israé­liens, il a été scan­dalisé par un rapport des Nations unies supervisé par l’ancien magistrat sud africain Richard Gold­stone et qui accuse Israël de crimes de guerre lors de l’invasion de Gaza au début de cette année. Lally Wey­mouth de Newsweek s’est entre­tenue avec Neta­nyahou à Jéru­salem la semaine der­nière. Extraits :

LALLY WEYMOUTH : Qu’avez-vous pensé du rapport Goldstone ?

BEN­JAMIN NETA­NYAHOU : Je pensais qu’il y avait des limites à l’hypocrisie, mais de toute évidence, je me trompais. La soi-​​disant com­mission des droits de l’Homme accuse Israël — qui se défendait légi­ti­mement contre le Hamas — de crimes de guerre. Ceci alors que le Hamas, je le précise, est cou­pable non d’un seul type de crime de guerre, mais de quatre. D’abord, il appelle à la des­truction d’Israël, ce qui selon la charte des Nations unies est considéré comme un crime de guerre — inci­tation au génocide. Deuxiè­mement, il a déli­bé­rément ouvert le feu sur des civils. Troi­siè­mement, il se sert de civils comme de bou­cliers, et qua­triè­mement, il retient en cap­tivité depuis trois ans notre soldat Gilad Shalit en inter­disant à la Croix Rouge tout accès. Et après ça, qui se retrouve accusé de crimes ? [2]

Les gens d’ici [en Israël] semblent consi­dérer le rapport comme très injuste, mais cer­tains appellent néan­moins à une enquête interne.

Nous l’envisageons, pas à cause du rapport Gold­stone, mais pour nos propres besoins internes. La meilleure façon de désa­morcer le pro­blème est de dire la vérité, qui est qu’Israël se défendait par des moyens justes contre une agression injuste.

Avez-​​vous été surpris que des pays comme la Grande-​​Bretagne ou la France ne sou­tiennent pas Israël ?

Je pense que tous les pays qui sont eux-​​mêmes en guerre contre ce genre de ter­ro­risme violent doivent se dresser. Contre le ter­ro­risme, la clarté morale est l’arme la plus importante.

Que pensez-​​vous de l’accord appa­remment signé à Genève entre l’Iran, l’administration Obama et d’autres pays occidentaux ?

Il est trop tôt pour en parler, car ce qui compte réel­lement, c’est que la com­mu­nauté inter­na­tionale fasse pression sur l’Iran pour inter­rompre l’enrichissement de l’uranium, qui n’a qu’un objectif — la pro­duction d’armes nucléaires.

Cette semaine, on m’a dit que vous consi­dériez que votre mission était d’éviter un deuxième Holo­causte au peuple juif.

C’est un sentiment qu’ont toujours partagé les Premiers ministres d’Israël.

Le pensez-​​vous plus par­ti­cu­liè­rement à la lumière de la menace nucléaire iranienne ?

Pour l’heure, je pense que la question n’est pas uni­quement la sécurité d’Israël, mais celle du monde. Les sociétés libres et ouvertes sont menacées par de sinistres extré­mistes qui cherchent à se doter, avec leurs affidés, d’armes nucléaires.

Vos voisins arabes affirment qu’ils sont eux aussi très préoccupés.

A une exception près — et je n’en suis même pas sûr — il n’existe aucun pays arabe qui ne soit pré­occupé à l’idée de voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Et, bien sûr, les grandes puis­sances en Europe en ont compris le danger. S’il y par­venait, ce serait un tournant historique.

On dit qu’Israël pourrait se pré­parer à une frappe contre l’Iran. Je ne suis pas res­pon­sable des rumeurs. Nous pensons qu’il s’agit d’un pro­blème inter­na­tional. La com­mu­nauté inter­na­tionale étant concernée, l’effort inter­na­tional emmené par les Etats-​​Unis est le meilleur moyen de mettre fin à cette menace.

Selon vous, que faut-​​il faire vis-​​à-​​vis des Palestiniens ?

Pour résumer, je dirais que les négo­cia­tions de paix doivent s’ouvrir sans condi­tions préa­lables, et que le résultat des négo­cia­tions devrait être un Etat pales­tinien démi­li­tarisé qui reconnaît l’Etat juif. Une courte phrase qui reprend l’essentiel du pro­blème et l’essentiel de la solution. L’essentiel du pro­blème est que depuis 62 ans, les Pales­ti­niens refusent de recon­naître Israël comme l’Etat-nation du peuple juif.

Ils déclarent avoir reconnu Israël, mais qu’on leur demande aujourd’hui de le recon­naître en tant qu’Etat juif.

C’est exact. Israël n’est pas un état bina­tional. Y vivent des non-​​juifs, qui dis­posent des mêmes droits inté­graux, mais deux éléments garan­tissent son caractère spé­ci­fique. C’est le pays natal de tout Juif. Et un large consensus en Israël convient que le pro­blème des réfugiés pales­ti­niens doit être réglé hors des fron­tières d’Israël. Les Juifs vien­dront ici et les Pales­ti­niens iront là. À vous de choisir. C’est le socle d’une solution [3].

Que pensez-​​vous du président Obama ?

Entre l’administration Obama et mon gou­ver­nement, il y a bien plus de coopé­ration et de trans­pa­rence qu’on le sait. Nous parlons ouver­tement, et j’apprécie beaucoup ce qu’a entrepris l’administration Obama pour lutter contre la pré­sen­tation faussée des faits du rapport Gold­stone, les pres­sions exercées sur l’Iran afin d’obtenir qu’il mette fin à son pro­gramme nucléaire mili­taire, et les efforts continus que nous menons pour relancer les négo­cia­tions de paix entre Israël et les Palestiniens.

[1] ce "point de vue" est une leçon de choses sur l’art de la dés­in­for­mation, sur la per­ma­nence de la fal­si­fi­cation his­to­rique et sur le déni arrogant et cynique de res­pon­sa­bilité des auto­rités israé­liennes. C’est ce qui fait l’intérêt de cet entretien. Note : CL

[2] Les 21 jours de l’offensive ter­restre et aérienne menée par l’armée israé­lienne sous les ordres alors du trio cri­minel Livni-​​​​Barak-​​​​Olmert, ont fait plus de 1400 morts et 5000 blessés parmi la popu­lation de Gaza -dans l’immense majorité des civils-​​​​ et causé des des­truc­tions immenses de biens, maisons, infrastructures…

[3] Le cynisme into­lé­rable de cette affir­mation est dans le droit fil de la position sio­niste dès le départ, en 47-​​48, avec la terreur imposée par les milices juives puis l’armée israé­lienne qui ont chassé près de 900 000 Pales­ti­niens de chez eux pour s’approprier leur terre et leurs biens. Cette volonté de l’oppresseur de main­tenir les réfugiés pales­ti­niens dans l’inexistence et la misère, de faire per­durer la dépos­session 61 ans après la terreur de l’exode contraint et de l’exil, affiche le mépris du droit inter­na­tional qui est la constante de la poli­tique israé­lienne. Poli­tique d’oppression et de des­truction réitérée par le cri­minel Sharon en 2001-​​2 ("finir ce qui ne l’a pas été en 48" ) lors de la réoc­cu­pation de la Cis­jor­danie et qui se per­pétue aujourd’hui par le siège mor­tifère de Gaza, la colo­ni­sation illégale galo­pante de la Cis­jor­danie dont Jérusalem-​​​​Est et la situation dis­cri­mi­na­toire imposée aux Pales­ti­niens d’Israël, ceux qui ont pu rester au moment de la Nakba.