Le premier ministre canadien embrasse Israël et son hostilité envers l’Iran

François Marginean, jeudi 5 mars 2009

Décidément, le Canada n’a pas fini de se rapprocher idéologiquement d’Israël.

Tout d’abord, le Canada s’est par­ti­cu­liè­rement dis­tingué en étant le seul pays sur 47 à refuser une motion condamnant les attaques d’Israël du mois de janvier, se rendant ainsi com­plice de crimes de guerre. Le Canada a décidé de ne pas recon­naitre le Hamas qui a été démo­cra­ti­quement élu par les Pales­ti­niens au profit de Fatah que les Pales­ti­niens consi­dèrent trop proche d’Israël et cor­rompu. Le Véné­zuela a chassé les diplo­mates israé­liens en réaction aux attaques de la bande de Gaza, mais l’ambassade du Canada va désormais repré­senter Israël dans le pays de Hugo Chavez, effectif depuis le 29 janvier dernier. Donc au Véné­zuela, le Canada est Israël.

Cette semaine, le Wall Street Journal rap­portait que le gou­ver­nement de Stephen Harper donnait un fort appui à l’État d’Israël et qu’il consi­dérait la menace ira­nienne comme étant abso­lument inac­cep­table, allant jusqu’à déclarer que le gou­ver­nement iranien a de mau­vaises inten­tions avec le déve­lop­pement de sa cen­trale nucléaire de pro­duction d’électricité de 1000 mégawatt à Bushehr.

En 1995, la Russie signa un contrat d’un mil­liard de dollars pour fournir un réacteur à eau légère sur le site de la cen­trale. Mais les États-​​Unis soup­çon­nèrent alors l’Iran de vouloir obtenir du plu­tonium, pour fabriquer la bombe ato­mique, grâce à ce réacteur.

Le 5 février 2009, Sergueï Kirienko, le directeur de l’Agence fédérale russe de l’énergie ato­mique (Rosatom), qui gère l’industrie et les sites nucléaires russes, a annoncé le lan­cement tech­nique du réacteur, avant la fin de l’année.

Enfin, le 25 février 2009, Sergueï Kirienko a déclaré offi­ciel­lement que la cen­trale était terminée.

Ce n’est pas que les États-​​Unis qui accusent l’Iran de vouloir déve­lopper des armes nucléaires, mais aussi Israël, le Canada et leurs alliés euro­péens. L’Iran rejette les accu­sa­tions disant qu’ils vont prouver que l’enrichissement de l’uranium est de nature civile dans de futures négo­cia­tions. Israël est par­ti­cu­liè­rement ouverte dans ses décla­ra­tions aux médias et à de nom­breuses reprises s’est dit prête à attaquer mili­tai­rement l’Iran pour l’empêcher de déve­lopper un hypo­thé­tique pro­gramme mili­taire nucléaire. En fait, les attaques sour­noises et cam­pagnes d’assassinats de scien­ti­fiques nucléaires sont déjà en marche.

En réalité, il n’y aucune preuve qui jus­tifie ces accu­sa­tions. Dennis Blair, le nouveau directeur des ser­vices du ren­sei­gnement amé­ricain, affirme que l’Iran ne possède pas d’armes nucléaires ni de pro­gramme mili­taire pour y par­venir. Il se base sur le rapport du National Intel­li­gence Estimate (NIE), remis en novembre 2007 par les 16 agences du ren­sei­gnement amé­ricain, cla­ri­fiant que l’Iran ne poursuit pas de pro­gramme de déve­lop­pement d’armes nucléaires. L’ancien directeur de la CIA, Micheal Hayden, a affirmé le 15 janvier 2009 qu’il n’y avait aucune preuve que l’Iran tente de construire une bombe nucléaire. Même son de cloche de l’Agence inter­na­tionale de l’énergie ato­mique (AIEA) qui sur­veille très étroi­tement le déve­lop­pement nucléaire de l’Iran depuis 2003 avec plu­sieurs ins­pec­tions régu­lières et sur­veillance par caméra des ins­tal­la­tions ira­niennes. Selon le dernier rapport de l’AIEA, ils ont trouvé aucune com­po­sante d’arme nucléaire ou d’études en phy­sique nucléaire reliée à un tel pro­gramme mili­taire en Iran. Le directeur de l’AIEA, Mohamed ElBa­radei, a déclaré aux médias que l’Iran est un signa­taire et se conforme aux lois et au Traité sur la non-​​prolifération des armes nucléaires (TNP) et que sa cen­trale nucléaire est légale sous ces mêmes prin­cipes pour la pro­duction d’électricité. Selon ce Traité (TNP) dont l’Iran et les États-​​Unis sont signa­taires, l’Iran opère de façon com­plè­tement légale et les États-​​Unis sont même obligés de les assister ! C’est donc les États-​​Unis qui sont en vio­lation de ses obli­ga­tions internationales.

Suite à un rapport de l’AIEA, plu­sieurs médias occi­dentaux ont récemment publié que l’Iran pos­sédait assez d’uranium enrichi pour pro­duire une bombe nucléaire. La vague de peur s’est pro­pagées aux pages du LA times, New York Times, FOX news, Daily Tele­graph, Daily Mail et quelques médias au Canada. Les grands médias ont joué sur les mots et l’Agence inter­na­tionale de l’énergie ato­mique a dû cla­rifier ses propos et cor­riger les médias qui ont pré­senté l’information de façon ten­dan­cieuse. Ce qui n’est jamais expliqué clai­rement par les médias, c’est que le niveau d’enrichissement de l’uranium requis pour pro­duire de l’électricité est beaucoup plus bas que celui néces­saire pour pro­duire des armes nucléaires. De plus, cette étape à franchir pour enrichir l’uranium à de hauts niveaux est extrê­mement dif­ficile et labo­rieuse. Elle ne peut pas non plus passer inaperçue par l’AIEA et les cen­taines scien­ti­fiques russes qui tra­vaillent à la cen­trale nucléaire de Bushehr et Natanz.

L’ambassadeur iranien Alireza Moaiyeri, en s’adressant à la Confé­rence sur le désar­mement des Nations Unies à Genève, a pressé la com­mu­nauté inter­na­tionale d’éliminer toutes les armes nucléaires.

Il se trouve qu’Israël joue le même jeu qu’en 1981 alors que les Israé­liens accu­saient l’Irak de vouloir déve­lopper des armes nucléaires sous le couvert de leur pro­gramme civil de pro­duction d’énergie à la cen­trale d’Osiraq, en Irak. La des­truction, en peu de minutes, du réacteur nucléaire irakien par huit F-​​16 n’a tou­jours pas été rem­boursée par Israël, même après que leurs accu­sa­tions furent démon­trées fausses puisque aucune preuve n’a jamais été trouvée dans les décombres de la cen­trale par la suite. L’histoire se répète. On se rap­pelle tous du tapage média­tique avant le début de l’agression de l’Irak par les forces anglo-​​saxonnes alors que nos gou­ver­ne­ments et les médias accu­saient l’Irak de vouloir se pro­curer l’arme nucléaire. Un grand men­songe qui ne perdit pas de temps à tomber à plat. Main­tenant, on espère que la popu­lation sera trop endormie pour se rap­peler ces faits et on se sert de la même tac­tique pour nous vendre cette nou­velle guerre contre l’Iran basée sur aucune preuve tan­gible que l’Iran est une menace pour la sécurité au reste de la com­mu­nauté internationale.

Mohamed ElBa­radei déclare que c’est le statu d’Israël comme seule puis­sance nucléaire au Moyen-​​Orient et de non-​​signataire du Traité sur la non-​​prolifération des armes nucléaires qui est un obs­tacle majeur aux efforts de désar­mement nucléaire. C’est évidemment ce deux poids deux mesures qui est insup­por­table et ridicule. Israël possède un pro­gramme nucléaire clan­destin et refuse de signer le TNP de laisser les ins­pec­teurs de l’AIEA à Dimona. Ce pro­gramme est connu par la CIA depuis 1974 et les docu­ments de la librairie de Nixon montrent que les États-​​Unis savaient depuis les depuis les années soixante. L’Angleterre par­ticipa au déve­lop­pement du pro­gramme nucléaire israélien. Mor­dechai Vanunu fut condamné à des années de prison pour avoir pris des photos de la cen­trale à Dimona. Et fran­chement, on se demande de quelle autorité morale est-​​ce que les États-​​Unis et Israël se pré­valent pour pouvoir jouer aux poli­ciers nucléaires alors que le premier est le seul pays au monde à avoir utilisé des bombes ato­miques sur des popu­la­tions civiles et l’autre à avoir un pro­gramme nucléaire clan­destin depuis 50 ans ayant résulté en la pro­duction estimée d’environ 400 têtes nucléaires.

Alors, en conclusion, allons risquer une autre guerre avec l’Iran, un pays paci­fique qui ne menace pas ses voisins d’attaques mili­taires, qui remplit ses obli­ga­tions et est en droit face à son pro­gramme civil de pro­duction d’énergie nucléaire selon toutes les lois et traités inter­na­tionaux ? Il faut aussi consi­dérer qu’une attaque contre l’Iran sera consi­dérée comme une attaque contre la Russie, selon les dires de Vla­dimir Poutine. La Chine possède aussi d’étroites rela­tions avec l’Iran, tout comme pour d’autres pays comme le Véné­zuela. Donc ceci est un conflit qui pourrait poten­tiel­lement impliquer de gros joueurs et dégé­nérer rapi­dement en un conflit mondial. Est-​​ce bien cela qu’on veut ? Pourquoi éviter le dia­logue direct avec l’Iran, res­pecter ses droits et imposer la loi et les ins­pec­tions à tous les pays nucléaires, comme les États-​​Unis et Israël ?

Si Stephen Harper veut appuyer Israël dans sa folie guer­rière, pourquoi ne pas lui donner fusil, un casque, quelques gre­nades et le para­chuter en Iran pour qu’il puisse mettre en action ses propres paroles ? Car hon­nê­tement, je ne pense pas qu’il repré­sente l’opinion de la majorité des Cana­diens quand vient le temps de sou­tenir Israël dans ses projets de guerres avec l’Iran, surtout pas après avoir vu les hor­reurs qu’Israël a causées Gaza.