Le passeport pour la vérité à Dubaï reste secret

Robert Fisk, samedi 20 février 2010

C’est une guerre de pro­pa­gande. Quel que soit celui qui a tué l’officiel du Hamas à Dubaï, il fait partie – disons le fran­chement – d’une sale et ancienne guerre entre les Israé­liens et les Pales­ti­niens, dans laquelle chacun a assassiné ses anta­go­nistes poli­ciers pendant des décennies. A qui ces pas­se­ports appartenait-​​ils ? Ou, devrions-​​nous dire « pas­se­ports ». Voici donc un moment pour réfléchir sur les réalités.

De nom­breux Dubaïens pensent que l’effondrement de l’économie de l’émirat, l’année der­nière, était la ven­geance de banques occi­den­tales – encou­ragée, bien sûr, par les Amé­ri­cains – pour les punir d’avoir permis à des sociétés écran ira­niennes d’utiliser Dubaï comme base-​​arrière de contour­nement des sanc­tions, durant la guerre chaude-​​froide entre l’alliance US-​​israélienne et l’Iran. A présent, les Amé­ri­cains (ou les Israé­liens – choi­sissez !) veulent faire de Dubaï le Bey­routh du Golfe [Per­sique]. Cela était vraiment écrit en gros titre la semaine der­nière – dans le Jeru­salem Post, évidemment – décrivant Dubaï comme étant aussi dan­gereux qu’il est écono­mi­quement calamiteux.

Mais, attendez une minute ! Selon une « source » de The Inde­pendent à Dubaï – les lec­teurs devront juger ce que cela signifie – les forces de sécurité de l’émirat men­tionné ci-​​dessus ont informé, il y a six jours, un « diplomate bri­tan­nique » en poste à Dubaï (sans doute le consul, puisque l’ambassade se trouve dans la capitale des Emirats Arabes Unis, Abu-​​Dhabi) des détails d’un pas­seport bri­tan­nique et « ils n’ont pas reçu de réponse appro­priée ». Si cela est vrai – le Foreign Office sera cour­roucé dans ses réfu­ta­tions –, alors pourquoi les Bri­tan­niques n’ont-ils pas immé­dia­tement exprimé, la semaine der­nière, leur indi­gnation que des pas­se­ports bri­tan­niques ont été fal­sifiés et n’ont-ils pas craché les détails de ces fraudes également scan­da­leuses ? Ce mauvais usage [de pas­se­ports] fait courir un risque à tous les citoyens britanniques.

Pourtant, au Foreign Office - si enclin à alerter les citoyens bri­tan­niques sur les dangers qu’ils courent au Moyen-​​Orient –, ils sont restés assis sur leurs gros culs et ils ont fait que dalle ! Je suis désolé. S’ils avaient les détails, ils avaient le devoir envers les citoyens bri­tan­niques d’intervenir. S’ils n’avaient pas détails, ils auraient dû nous le dire. Mais ils sont restés silen­cieux. Pourquoi ? Un vent mauvais avait-​​il soufflé en coulisse ?

Bien trop de forces de police envoient désormais leurs subal­ternes en Israël pour apprendre sur la « terreur ». Les Cana­diens ont réel­lement envoyé une équipe de flics à Tel Aviv, les­quels se sont permis de porter des « maillots-​​suicides » pour des photos de pub. Air France remet à présent aux Etats-​​Unis les détails de tous les profils de ses pas­sagers – les­quels, bien sûr, vont direc­tement aux Israé­liens – malgré le fait que les agents de sécurité israé­liens (comme des cen­taines d’agents de sécurité arabes au Moyen-​​Orient) pour­raient bien être impliqués dans des crimes de guerre.

Main­tenant, un petit addenda. Les auto­rités de Dubaï ont appa­remment donné aux Bri­tan­niques les pas­se­ports irlandais (pré­ten­dument) fal­sifiés, sous le mal­en­tendu que Dublin était tou­jours une ville impor­tante du Royaume-​​Uni. Les choses, inutile de dire, ont changé à Dublin il y a près de cent ans – mais combien de lec­teurs peuvent-​​ils donner la date de l’indépendance de Dubaï qui était sous contrôle bri­tan­nique ? – mais cette erreur élémen­taire suggère que la version de Dubaï des événe­ments (l’échec inex­pli­cable des Bri­tan­niques à expliquer leur silence) pourrait contenir une vérité affli­geante. Ne nous sentons-​​nous pas concernés (les Bri­tan­niques ? Gordon Brown ? etc.) lorsque des assassins uti­lisent soi-​​disant des pas­se­ports Britanniques ?

Il est trop tôt pour donner une réponse. Mais je devrais ajouter que les auto­rités de Dubaï ont d’autres infor­ma­tions qu’elles n’ont pas encore révélées. Le monde attend [1].

[1] voir aussi Les carac­té­ris­tiques d’une opé­ration israélienne classique

Le Mossad, l’agence de ren­sei­gne­ments d’Israël, était-​​​​il der­rière l’assassinat de Dubaï ? Israël avait les meilleures raisons de tuer M. Mabbouh et une série de décla­ra­tions faites hier par d’anciens employés du Mossad, admirant le « pro­fes­sion­na­lisme » de ce coup, pointent cer­tai­nement dans cette direction.

Le Mossad, qui veut dire en hébreu Ins­titut des Opé­ra­tions Spé­ciales et des Ren­sei­gne­ments, est res­pon­sable de l’espionnage à l’étranger et des opé­ra­tions secrètes. Dans le passé, le mode opé­ra­toire de cette agence a inclus d’audacieuses opé­ra­tions d’arnaques à l’étranger, comme le complot pour enlever Mor­dechaï Vanunu, l’homme qui a révélé les secrets nucléaires d’Israêl à la presse bri­tan­nique. Une agente israé­lienne dénommée Cindy fut le « piège amoureux » qui trompa Vanunu, lors d’une mission roman­tique à Rome, d’où il fut enlevé et exfiltré vers Israël pour être jugé.

Mais le Mossad a eu son lot d’échecs, dont une ten­tative d’assassinat ratée contre le diri­geant du Hamas, Khaled Meshaal, en 1997, à la suite de quoi deux agents munis de pas­se­ports cana­diens fal­sifiés furent arrêtés à Amman.

Des vidéos de sur­veillance, mon­trées par la police de Dubaï, indiquent que 11 sus­pects ont réalisé une infil­tration remar­quable. Ils sont entrés et sortis de Dubaï en moins de 19 heures. Un ancien agent a dit que cette opé­ration paraissait avoir été méti­cu­leu­sement pré­parée et exé­cutée. « C’était super-​​​​, super-​​​​professionnel », a-​​​​t-​​​​il dit.

« Il semble logique que ce soit une opé­ration du Mossad », a-​​​​t-​​​​il déclaré. Il ne serait pas surpris, a-​​​​t-​​​​il ajouté, si d’autres pays « ayant un pen­chant positif » avaient aidé Israël. L’Egypte, qui partage l’animosité d’Israël envers le Hamas, pourrait également avoir été impliquée, a-​​​​t-​​​​il dit.

Cet ancien agent du Mossad a dit que l’étranglement pouvait avoir été utilisé pour éviter le risque de devoir intro­duire une arme à feu dans le pays. Selon lui, il n’est pas inha­bituel d’avoir un tel nombre de per­sonnes impli­quées dans un assas­sinat. « Si l’on prend en compte la sur­veillance, la sécurité et une force de secours, c’est un nombre raisonnable. »

Yossi Melman, l’auteur d’une his­toire sur les ser­vices secrets israé­liens, a dit : « Le MI6 ou la CIA feraient la même chose. Dégui­se­ments, noms fictifs, arrivées de dif­fé­rentes direc­tions, prendre des vols indi­rects, changer de vête­ments  –  ce sont toutes les carac­té­ris­tiques d’une orga­ni­sation de ser­vices de ren­sei­gne­ments pro­fes­sionnels ». Mais un autre agent du Mossad, Rami Yigal, a dit que « cela ne res­semble pas à une opé­ration israé­lienne », à cause de bâclages impru­dents, comme laisser les membres de l’équipe être enre­gistrés par la télé­sur­veillance de l’hôtel ou de l’aéroport de Dubaï.

Néan­moins, Israël consi­dérait M. Mabbouh comme la per­sonne clé de la contre­bande d’armes depuis l’Iran vers le Hamas dans la Bande de Gaza. Il y avait également un pré­texte de longue date, puisque celui-​​​​ci se vantait d’avoir tué deux soldats israé­liens, Ilan Saadon et Avi Sasportas, en 1989. Traduit de l’anglais par [JFG-​​​​QuestionsCritiques

par Ben Lyn­field à Jéru­salem The Inde­pendent mercredi 17 février 2010 article ori­ginal : "Hall­marks of a classic Israeli ope­ration" http://​ques​tions​cri​tiques​.free​.fr/e…