Le nouveau Plan Directeur israélien d’annexion de terre

Stephen Lendman, vendredi 30 juillet 2010

Ce plan est de déve­lopper les quar­tiers juifs de Jéru­salem Est, "en construisant sur des terres qui appar­tiennent prin­ci­pa­lement aux Arabes" ce qui signifie que les Arabes seront expro­priés pour pouvoir les construire.

Le nouveau plan met à jour des plans anté­rieurs. Le premier d’entre eux a été le Plan D (Dalet en Hébreux) de Ben Gourion que l’historien israélien Ilan Pappe a décrit dans son livre de 2006, "Le net­toyage eth­nique de la Palestine". Le plan D est le dernier plan de Ben Gourion et a suivi les plans A,B et C. Ce plan D, les Pales­ti­niens l’appellent la Nakba, la Catas­trophe et ils la com­mé­morent chaque année pour ne jamais oublier.

Ce plan avait pour but, au moyen de bom­bar­de­ments et du siège des vil­lages et des agglo­mé­ra­tions urbaines, de la des­truction des com­mu­nautés et de l’expulsion et du meurtre de cen­taines de mil­liers de Pales­ti­niens, d’instaurer un état exclu­si­vement juif en excluant les Arabes par tous les moyens pos­sibles y compris le meurtre de masse, la dépos­session et la per­sé­cution qui se per­pé­tuent jusqu’à aujourd’hui, en dépit de l’héroïque résis­tance des Palestiniens.

Cela a pris six mois pendant les­quels environ 800 000 citoyens ont été expulsés ou assas­sinés et 531 vil­lages et 11 quar­tiers de Tel Aviv, Haifa, Jéru­salem et d’autres villes ont été détruits. Ca a été un net­toyage eth­nique barbare et sans merci des Pales­ti­niens, femmes et enfants y compris, et pourtant ce n’était que le début, beaucoup d’horreurs étaient encore à venir, y compris de nou­veaux plans de net­toyage ethnique.

Anciens et nouveaux Plans Directeurs

Le Centre des Affaires Publiques de Jéru­salem (JCPA) est un orga­nisme de recherche poli­tique israélien. Son pré­sident, Dore Gold, est un extré­miste de droite notoire, hostile aux prin­cipes démo­cra­tiques et aux droits des Palestiniens.

Dans son récent rapport intitulé "Démo­graphie, géo­po­li­tique et l’avenir de la capitale d’Israël : le projet de Plan Directeur de Jéru­salem", il explique que le 7 octobre 2008, la Com­mission de Pla­ni­fi­cation et de Construction du Dis­trict a proposé un Plan, approuvé par le Maire, Nir Barkat, puis revu dans le but " de créer et pré­server une majorité juive stable dans une capitale unifiée" et de s’assurer que la ville demeure unifiée suivant le projet de Ben Gourion qui était de :

"Faire venir les Juifs à Jéru­salem Est à tous prix. Nous devons ins­taller des mil­liers de colons juifs en un temps record. Les Juifs seront d’accord pour s’installer à Jéru­salem Est même dans des cabanes. Nous ne pouvons pas attendre la construction de beaux quar­tiers. L’essentiel est que les Juifs y soient installés".

En ce moment même, on déporte les Pales­ti­niens en grand nombre, on détruit leurs maisons, et on s’approprie leurs terres, accom­plissant ainsi le rêve de Ben Gourion de faire de Jéru­salem la capitale d’un état exclu­si­vement juif.

Le Plan Directeur de 1968 de la ville recom­mandait d’y accé­lérer l’augmentation de la popu­lation juive ; en 1973, Golda Meir a décidé qu’elle y serait aug­mentée de 3,7% avant 1982. D’autres plans ont suivi.

Le Plan Directeur de 2000 avait pour but de pré­server une majorité juive car ses ins­ti­ga­teurs avaient peur de l’accroissement de la popu­lation arabe. Ils ont donc proposé "les mesures d’interventions" sui­vantes pour empêcher son développement :

Pro­poser suf­fi­samment de maisons (aux Juifs NdT) en construisant de nou­veaux quar­tiers pour ren­forcer et aug­menter la densité d’habitations de Juifs anciens et déve­lopper des emplois et des ser­vices sur une base à la fois qua­li­tative et quantitative.

Le Plan de juillet 2009 de Trans­ports de Jéru­salem révèle que 13 300 nou­velles unités d’habitation ont été approuvées et 15 000 autres sont pla­ni­fiées démon­trant l’urgence avec laquelle on construit et on pro­gramme de nou­velles construc­tions en se basant sur les pré­vi­sions de déve­lop­pement de la population.

Les pré­vi­sions d’expropriation de terre n’étaient pas men­tionnées. Cependant, dans le Plan Directeur de Jéru­salem de 2000 il était écrit :

"Le pro­blème le plus sérieux à Jéru­salem Est est l’absence d’un système qui per­mette de gérer la pro­priété du sol. Ce pro­blème, qui s’ajoute aux actions déli­bérées d’éléments natio­na­listes et cri­minels, a engendré une énorme quantité de construc­tions illé­gales (sans les permis requis) sur des ter­rains qui étaient des­tinés à des construc­tions publiques, ou des vols de ter­rains privés… Afin de résoudre ce pro­blème, une juri­diction spé­ciale devrait être établie dans la muni­ci­palité pour per­mettre l’enregistrement de la pro­priété des terres" et s’assurer que les Juifs reçoivent un trai­tement préférentiel.

Le Plan Directeur de Jérusalem de 2010

Le 28 juin, les jour­na­listes de Haaretz, Akiva Eldar et Nir Hasson, ont publié un article intitulé : "Le Plan Directeur de Jéru­salem : Expansion des enclaves juives de la ville" qui explique que le but de ce plan est de déve­lopper les quar­tiers juifs de Jéru­salem Est, "en construisant sur des terres qui appar­tiennent prin­ci­pa­lement aux Arabes" ce qui signifie que les Arabes seront expro­priés pour pouvoir les construire.

Le 10 juin, le jour­na­liste de Haaretz, Don Fut­terman, a publié un article intitulé "Le Plan Directeur de Jéru­salem : des­truction" dans lequel il dit que ce plan pro­jette de "déplacer le plus d’Arabes pos­sible aux fron­tières de la muni­ci­palité ; de pro­voquer le sur­peu­plement (dans leurs sec­teurs) dans l’espoir (qu’ils) quit­teront la ville de leur propre chef" sous l’incitation de "l’accélération des expul­sions et des démo­li­tions de maisons".

Le plan répond à la fois à la cam­pagne des colons pour ("désa­ra­biser") la Vieille Ville, et aux efforts du gou­ver­nement pour faire en sorte que Jéru­salem ne devienne jamais la capitale des Palestiniens…

Cela marchera-​​t-​​il ? Avant de mourir, Edward Said a dit : "les Israé­liens n’arriveront jamais à se débar­rasser des Pales­ti­niens. (Ils) par­tagent la terre qui (les) a réunis et (ils doivent la par­tager ensemble) sur des bases vraiment démo­cra­tiques avec des droits égaux pour tous les citoyens", Juifs, Arabes, Chré­tiens et autres. Aucun Plan Directeur ne l’empêchera.

Et cependant le nouveau Plan d’Israël com­porte le projet d’accélérer la démo­lition des maisons et l’appropriation des terres. L’Attorney Général Yehuda Wein­stein a dit à la Haute Cour que le gou­ver­nement pro­jette d’appliquer la Loi des Absents de leur Pro­priété (ABL) qui permet à l’état de saisir les pro­priétés aban­données. Des mil­liers d’hectares appar­tenant à des Arabes et qui valent des mil­lions de dollars de terres sont en danger.

Le journaliste d’Haaretz, Akiva Eldar a écrit :

"L’état a l’intention de prendre le contrôle des pro­priétés de tous ceux qui sont partis vivre dans un "état ennemi" pendant la Guerre d’Indépendance (et qui sont à l’heure actuelle des réfugiés interdits de séjour) ainsi que d’installations de Jéru­salem Est" qui appar­tiennent à des rési­dents de Cis­jor­danie et de Gaza.

Ces terres et pro­priétés (saisies NdT) seront uti­lisées pour déve­lopper les quar­tiers juifs en plus de ceux qui sont en cours de réa­li­sation ou déjà pla­nifiés, pro­vo­quant une pro­tes­tation qui sera réprimée au moyen d’attaques et d’arrestations, comme récemment à Silwan où des pro­tes­ta­taires ont été attaqués (par les forces publiques NdT) avec des balles réelles, des gaz lacry­mo­gènes et des gre­nades à per­cussion. Un Pales­tinien a perdu un oeil. Une femme a fait une fausse couche à cause des gaz lacry­mo­gènes et une autre après que sa maison ait été prise d’assaut.

Cinq Pales­ti­niens ont été arrêtés y compris un enfant de 12 ans. Le Docteur Mustafa Bar­ghouti, secré­taire général d’Initiative Nationale Pales­ti­nienne, a accusé Israël de vouloir judaïser Jéru­salem Est à l’aide de "bull­dozers, de l’expansion des colonies, (et) en chan­geant la com­po­sition démo­gra­phique de la ville pour favo­riser" les Juifs au détriment des Arabes, le but final étant de rendre Jéru­salem exclu­si­vement juive par n’importe quel moyen.

Israël se com­porte sau­va­gement, fait ce qui lui plaît sans aucun respect de la loi, ni des pres­sions internes ou inter­na­tio­nales, ni des droits ou des besoins des Pales­ti­niens autoch­tones qui sont sys­té­ma­ti­quement expulsés de Jéru­salem pour per­mettre l’expansion juive. Comme dit un officiel pales­tinien il s’agit "d’éradiquer" l’identité arabe de Jéru­salem Est en construisant des mil­liers de maisons et d’appartements réservés aux Juifs sur de la terre appar­tenant aux Arabes.

Ces der­niers sont entassés dans des espaces tou­jours plus petits sur les 13% de la ville qui leur reste aujourd’hui, les 97 autres pour cents ayant été saisis en 1967 quand Jéru­salem Est a été occupée. Ghassan Al-​​Khatib, un repré­sentant de l’Autorité Pales­ti­nienne (PA) dit que c’est "plus que de la pro­vo­cation. C’est en fait la déca­pi­tation du pro­cessus de paix. Il ne résistera pas au Plan en question pour déve­lopper la colo­ni­sation de Jéru­salem. D’autres disent que c’est de l’incitation à la résis­tance et à la vio­lence. Un plan détaillé récemment diffusé de l’expansion des quar­tiers juifs sur des terres appar­tenant à des Pales­ti­niens le fait craindre surtout s’il s’avère que le pro­gramme de judaï­sation de la ville se réalise dans sa totalité.

Le 20 juillet, Brian Ennis du Centre des Médias du Moyen Orient a écrit : "Les Pales­ti­niens de Jéru­salem Est se sentent aban­donnés" devant "le spectre de l’augmentation des démo­li­tions de maisons et de ’la judaï­sation’ de Jéru­salem Est" ; la com­mu­nauté inter­na­tionale ne fait rien pour empêcher cela ni pour aider les Arabes Israé­liens* - qui sont les noirs et les Latinos (per­sonnes ori­gi­naires d’Amérique du Sud qui vivent aux USA, NdT) d’Israël et qui sont per­sé­cutés et privés de leur droits d’une manière aussi hon­teuse qu’illégale.

Les Arabes Israéliens dans le collimateur

Le 20 juillet, Harriet Sherwood a écrit dans le London Observer un article intitulé : "Le paradis de coexis­tence Arabe de Jaffa résiste à l’afflux des par­tisans israé­liens de la manière forte" dans lequel elle dit :

"Chaque pierre et chaque brin d’herbe" du quartier d’Ajami (de Jaffa NdT) au sud de Tel Aviv a fait l’objet d’amères contes­ta­tions et a été "au centre d’une lutte qui touche aux ques­tions sociales, écono­miques, natio­na­listes et légales et qui - quelle qu’en soit l’issue - conduira inévi­ta­blement à d’autres conflits".

Jusqu’à récemment c’était encore un des rares endroits d’Israël où les Juifs et les Arabes coexis­taient depuis des dizaines d’années, même si ce n’était pas sans dif­fi­cultés. Cependant la désta­bi­li­sation et les conflits menacent d’éclater si un projet de déve­lop­pement de 20 appar­te­ments est approuvé. La Haute Cour de Justice doit rendre inces­samment son verdict sur un procès fait par l’Association pour les Droits Civils en Israël (ACRI) au motif que ce projet est dis­cri­mi­na­toire à l’encontre des Arabes et des Juifs non reli­gieux au profit des extré­mistes sio­nistes qui veulent y créer "une com­mu­nauté reli­gieuse sans influences laïques ou non juives", une com­mu­nauté fermée et exclusive.

L’historien Sami Abu She­hadeh dit que s’ils gagnent "le (quartier) sera coupé en deux (Juifs d’un côté Arabes de l’autre NdT). (Les gens qui) disent que Jaffa est un modèle de coexis­tence seront réduits au silence". La judaï­sation détruira la coexis­tence et ce projet encou­ragera le déve­lop­pement de projets simi­laires en Cis­jor­danie et à Jéru­salem Est.

Il dit que le quartier entier est "un site de construction. Nous autres Arabes, nous sommes forcés de partir mais nous n’avons nulle part où aller". On ne nous accorde pas de permis de construire et les gens de Jaffa disent que 500 familles ont reçu des ordres d’éviction ou de démo­li­tions. D’autres ont eu d’énormes amendes. L’avenir de toute la popu­lation arabe (de Jaffa NdT) est incertain comme celui d’autres Arabes israé­liens qui sont rejetés, privés de droits et qui subissent de constantes pres­sions pour laisser la place aux Juifs.

Une autre méthode est cette pro­po­sition de loi exi­geant qu’ils jurent loyauté à "un état juif et démo­cra­tique" surtout les Pales­ti­niens** (25000 environ) qui épousent des citoyens israé­liens (arabes NdT) puis demandent la natio­na­li­sation sur la base de la réuni­fi­cation des familles, cette der­nière néces­sitant déjà l’approbation du Ministère de l’Intérieur ce qui la rend impos­sible à obtenir pour la majorité.

Le 19 juillet, le jour­na­liste Herb Keinon du Jéru­salem Post a écrit que cette pro­po­sition de loi n’était pas encore passée, contrai­rement à ce qui avait été annoncé. Il a dit que c’était un moyen "de dis­suader les Pales­ti­niens de demander la natio­nalité". Le gou­ver­nement a affirmé que cette mesure concernait seulement les "rési­dents illégaux" pas les Arabes Israé­liens mais si les offi­ciels du parti extré­miste "Yisrael Beteinu y compris David Rotem, Pré­sident de la Knesset et Avigdor Lii­berman, Ministres des Affaires Etran­gères et Vice Premier Ministre, ont gain de cause, tous les Arabes Israé­liens devront jurer fidélité à un "état juif, sio­niste et démo­cra­tique", à ses sym­boles et ses valeurs et faire le service mili­taire ou un service équi­valent pour obtenir la carte d’identité qui les fait citoyens et leur donne le droit de demeurer léga­lement dans le pays.

Conclusion

Les Pales­ti­niens et les Arabes Israé­liens ont raison de s’inquiéter. La jour­na­liste d’Haaretz, Amira Hass en a encore apporté la preuve dans son article de 21 juillet intitulé "l’IDF (l’armée NdT) détruit un village de Cis­jor­danie après l’avoir déclaré zone mili­taire". Elle écrit que l’armée a démoli un village entier de la vallée du Jourdain après l’avoir déclaré zone mili­taire fermée, soit 55 ins­tal­la­tions, et 120 fer­miers, ouvriers et leurs familles se sont retrouvés sans logement à Farasiya. Aupa­ravant l’Administration Civile leur avait coupé l’eau et encore avant les mili­taires avaient détruit une cana­li­sation que les rési­dents avaient construite pour l’irrigation et qui amenait l’eau d’un cours d’eau voisin.

L’année der­nière ils ont reçu l’interdiction de se rat­tacher à des puits appar­tenant à Mekorot, la Com­pagnie Nationale des Eaux, les a forcés à uti­liser de l’eau salée pour les besoins quo­ti­diens et à acheter de l’eau minérale très chère pour boire, alors que la plupart n’en ont pas les moyens.

Atef Abu, le pho­to­graphe de B’Tselem est arrivé sur place après la démo­lition et a dit : "Il y avait au milieu des ruines des matelas, des tuyaux et des meubles cassés".

Le 18 juillet, dix familles de Bardala (au nord de Farasiya) ont aussi reçu des ordres de démo­lition, un fermier qui a 300 moutons a été averti que "s’il ne quittait pas sa ferme dans les 24 heures son troupeau serait confisqué".

En Israël et dans tous les Ter­ri­toires*** des mil­lions de Pales­ti­niens sont en danger, leur vie et leurs moyens de sub­sis­tance sont menacés par le projet israélien de longue date de judaïser tout "Eretz Israël" (la terre d’Israël en Hébreu NdT), sans aucune consi­dé­ration pour les Arabes autoch­tones qui y vivent depuis des cen­taines d’années et qui ont des droits légaux sur leur maisons et leurs terres.

Il n’est pas étonnant que le jour­na­liste d’Haaretz voit Israël "sombrer dans une atmo­sphère de natio­na­lisme véhément, les ténèbres menaçant de tout recouvrir (comme le prouve) le défer­lement actuel (et extré­miste) de bru­talité et de ven­geance". Selon Levy, les Pales­ti­niens souffrent de ces émotions néga­tives et sont col­lec­ti­vement punis parce qu’ils sont musulmans sous domi­nation juive - un impi­toyable pouvoir raciste, sans foi ni loi. Pour Lévy cela montre "que nous avons perdu notre humanité et notre raison" et pour les his­to­riens c’est un symptôme d’autodestruction. [1]

[1] Notes du traducteur :

* ce mot désigne en Israël les Pales­ti­niens qui ont la natio­nalité israé­lienne. Eux pré­fè­re­raient géné­ra­lement être appelés Palestiniens Israéliens

** Ce mot en Israël fait tou­jours réfé­rence aux Pales­ti­niens des territoires occupés.

*** Ce mot est utilisé en Israël pour désigner les territoires occupés