Le « non » du Hamas

Chaimaa Abdel-​​Hamid, vendredi 6 août 2010

Non aux négo­cia­tions directes.Le Hamas considère qu’elles sont inutiles et dénonce les menaces qui y sont liées.

On s’y attendait bien. Presque rien de cho­quant ni de sur­prenant dans la réaction du Hamas suite à la décla­ration de la Ligue arabe qui a relancé les négo­cia­tions directes entre Pales­ti­niens et Israé­liens. Les diri­geants du mou­vement ont indiqué qu’ils refu­seront tous les appels à la reprise des négo­cia­tions entre l’Autorité Nationale Pales­ti­nienne (ANP) et Israël.

Les diri­geants du Hamas n’ont pas caché leur mécon­ten­tement et ont annoncé leur prise de position quelques heures avant la réunion du comité de suivi de l’Initiative de paix arabe au Caire qui s’était tenue jus­tement pour dis­cuter de la pro­po­sition amé­ri­caine de relancer les négo­cia­tions directes. « Donner à l’ANP toute auto­ri­sation de reprendre les négo­cia­tions avec Israël serait une trans­gression grave », a déclaré Sami Abou-​​Zurhi, porte-​​parole du Hamas, lors d’une confé­rence de presse.

En effet, pour le Hamas il n’y a rien de logique dans la reprise de négo­cia­tions qui n’ont jamais réalisé la moindre avancée. Les négo­cia­tions directes entre Pales­ti­niens et Israé­liens se sont arrêtées en décembre 2008, au moment où l’armée israé­lienne a lancé son offensive de grande ampleur contre la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas. « Nous demandons au comité arabe de retirer l’autorisation pré­cé­dente donnée à l’ANP pour les négo­cia­tions avec Israël », a d’ailleurs ajouté Abou-​​Zuhri. Pour lui, il n’y a plus lieu pour ces négo­cia­tions et la priorité doit être uni­quement donnée à la recons­truction de la bande de Gaza et le dévoi­lement des crimes de l’occupation israé­lienne, plutôt que de dis­cuter de la manière de négocier avec Israël.

Rejet des pressions

Leur appel est d’ailleurs bien clair à cet égard. Le Hamas demande aux parties à la récon­ci­liation pales­ti­nienne de ne pas répondre aux pres­sions amé­ri­caines. Les Etats-​​Unis et Israël ont demandé au pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbass, de reprendre les négo­cia­tions directes avant même la fin des négo­cia­tions rap­pro­chées indi­rectes de quatre mois entre Pales­ti­niens et Israé­liens qui ont débuté en mai [1]. Khaled Mechaal, leader du Hamas à Damas, a lancé lors d’une réunion avec le chef de la Ligue arabe, Amr Moussa, pour dis­cuter des affaires régio­nales avec les offi­ciels syriens et pales­ti­niens : « Le Hamas est prêt à franchir tous les obs­tacles qui entravent la récon­ci­liation » tout en sou­li­gnant que son orga­ni­sation veut remplir sa mission le plus vite pos­sible mais sans négo­ciation avec Israël.

Cela dit, ce mou­vement isla­miste avait aussi rejeté la lettre du pré­sident amé­ricain Barack Obama envoyée à son homo­logue pales­tinien Mahmoud Abbass, la qua­li­fiant de « lettre de menace ». En effet, en juin, Obama a envoyé une lettre à Abbass pour lui dire que les rela­tions américano-​​palestiniennes seraient affectées s’il refuse les négo­cia­tions directes avec Israël. « Cette lettre est très déce­vante », a déclaré Fawzi Barhoum, porte-​​parole du Hamas, tout en ajoutant : « Elle révèle les poli­tiques pro-​​israéliennes de M. Obama ».

Des accu­sa­tions que l’Autorité pales­ti­nienne a même rejetées, en niant toute intention amé­ri­caine de faire des menaces. C’est ce qu’a tenu à sou­ligner le négo­ciateur pales­tinien Saëb Erakat qui affirme que « la lettre ne com­prend pas de menaces ou d’avertissements. (…) M. Obama a expliqué que son rôle serait moindre si nous ne prenons pas en compte ses recom­man­da­tions de com­mencer des négo­cia­tions directes ».

La position du Hamas n’est peut-​​être pas nou­velle. Ce mou­vement n’a jamais été pour des négo­cia­tions avec les Israé­liens. Mais ce rejet ne dépasse pas le fait d’être une simple prise de position qui n’a jamais été tenue en consi­dé­ration. Ceci en raison des dif­fé­rends qui existent entre les deux camps. En effet, Amr Moussa a tenu à sou­ligner que le Hamas et le Fatah devraient endosser ensemble la res­pon­sa­bilité de l’avortement de la récon­ci­liation, faisant ainsi réfé­rence à la nécessité d’actes pra­tiques néces­saires pour assurer le succès de cette mission de récon­ci­liation inter­pa­les­ti­nienne. Ce qui per­met­trait de donner plus de poids aux Pales­ti­niens dans d’éventuelles négo­cia­tions. Quant au comité arabe, il a approuvé de toute façon ces pour­parlers. Il reste main­tenant à savoir lequel de ces deux camp a raison .

[1] tou­jours selon al-​​​​Ahram, Mahmoud Abbass (Abou-​​​​Mazen), pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, a déclaré : « Je n’entamerai pas de négo­cia­tions directes tant que l’on n’aura pas de pers­pec­tives sérieuses sur les fron­tières de 1967 et la fin de la colo­ni­sation (…) Quand je recevrai des garanties (sur ces sujets), alors, j’engagerai immé­dia­tement des négo­cia­tions (…) je fais face à des pres­sions comme je n’en ai jamais connu avant dans ma vie, de la part de l’administration amé­ri­caine, de l’Union euro­péenne et du secré­taire général de l’Onu ».