Le naufrage de Gaza

Le Monde, mercredi 7 janvier 2009

L’armée israélienne est de retour au coeur de Gaza.

Et ces retrou­vailles de feu signent spec­ta­cu­lai­rement l’échec de la poli­tique qui a tou­jours été la plus ten­tante pour les diri­geants israé­liens : l’unilatéralisme. Salué comme un coup de génie du premier ministre d’alors, Ariel Sharon, le retrait de Gaza, opéré en 2005 sans concer­tation aucune avec l’Autorité pales­ti­nienne, qu’incarnait depuis près d’un an le prag­ma­tique Mahmoud Abbas, apparaît aujourd’hui pour ce qu’il était : un coup tac­tique à courte vue. Il eût fallu non point un retrait "uni­la­téral", mais un retrait soi­gneu­sement préparé avec l’Autorité palestinienne.

Cela explique une bonne partie du nau­frage de Gaza. Israël avait décidé que le déman­tè­lement des colonies implantées dans l’étroite bande de terre s’accompagnerait de la fin des permis de travail en Israël pour des mil­liers de Pales­ti­niens. Il a fallu attendre deux mois après le départ des troupes israé­liennes pour que la secré­taire d’Etat amé­ri­caine, Condo­leezza Rice, arrache à Ariel Sharon un accord sur l’indispensable ouverture sur le monde d’un ter­ri­toire soumis à un régime de bou­clage dès 1994. Cet accord fut très vite remis en cause. La mau­vaise volonté israé­lienne usa la déter­mi­nation de l’émissaire spécial du Quartet, James Wol­fensohn, ancien patron de la Banque mon­diale, qui en avait pourtant vu d’autres - et s’en plaignit amèrement.

La dégra­dation s’accentua après la vic­toire du Hamas aux élec­tions légis­la­tives qui sui­virent, en 2006. Mahmoud Abbas mar­gi­nalisé, le mou­vement isla­miste avait pu faci­lement convaincre les élec­teurs que l’Autorité pales­ti­nienne, par ailleurs inef­ficace et cor­rompue, méritait la sanction des urnes. La dis­corde entre les vain­queurs et les vaincus déboucha sur une guerre civile dont le Hamas triompha. L’hyperpuissance de l’armée israé­lienne peut bien aujourd’hui écraser les mili­ciens isla­mistes, il est peu pro­bable que l’Autorité pales­ti­nienne en tire méca­ni­quement le bénéfice. Le Hamas ne dis­pa­raîtra pas comme par magie sous les tirs d’obus : il est, lar­gement, le produit de l’inaction poli­tique et de l’absence de pers­pec­tives pour la popu­lation pales­ti­nienne. S’il était encore pos­sible d’imaginer un avenir pour Gaza en sep­tembre 2005, qu’en est-​​il aujourd’hui ?