Le monde ne croit plus aux explications d’Israël

Aluf Benn, lundi 8 février 2010

Le monde ne croit pas aux expli­ca­tions d’Israël et il n’est pas disposé à condamner l’obstination palestinienne.

« Votre situation n’est pas idéale, » déclarait récemment un diplomate européen de premier plan. « Per­sonne ne croit Bibi (le Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu) et nous ne voulons pas avoir de relation avec Lie­berman (ministre des Affaires étran­gères). Seule, une décision diplo­ma­tique impres­sion­nante et inat­tendue, comme le désen­ga­gement d’Ariel Sharon (ancien Premier ministre), pourrait modifier cette impression. »

Quelques heures plus tard, Time Magazine publiait une interview du pré­sident U.S. Barack Obama, dans laquelle celui-​​ci se disait déçu de la réti­cence d’Israël à faire des « gestes auda­cieux » vers les Palestiniens.

Dans un dis­cours pro­noncé à une confé­rence il y a peu, un diplomate israélien en poste dans une capitale euro­péenne faisait l’éloge de la sem­pi­ter­nelle ligne de rela­tions publiques d’Israël, faisant la dis­tinction entre « la seule démo­cratie au Moyen-​​Orient » et ses voisins arabes autocratiques.

« Nous par­ta­geons des valeurs com­munes, » disait l’Israélien aux Euro­péens. A sa grande sur­prise, un membre de l’assistance s’est levé et lui a répliqué : « Quelles valeurs com­munes ? Nous n’avons rien de commun avec vous. »

Dans les conver­sa­tions diplo­ma­tiques, les Euro­péens cri­tiquent Israël pour le blocus de Gaza, la construction des colonies juives, les démo­li­tions de maisons à Jérusalem-​​Est, à cause d’une répu­gnance péné­trante envers le gou­ver­nement de droite et même pour nos insuf­fi­sances dans le domaine social et la façon dont Israël se détourne du modèle de pro­tection sociale européen.

Le gou­ver­nement Netanyahu/​Lieberman est presque tou­jours dépeint comme un gou­ver­nement à la ligne dure dans la presse étrangère. Ce n’est pas tout à fait vrai : le gou­ver­nement d’Ehud Olmert et Tzipi Livni a voulu la guerre au Liban, et à Gaza, et il a construit des mil­liers de loge­ments pour les juifs à Jérusalem-​​Est et dans les blocs de colonies de Cis­jor­danie – bien plus que Neta­nyahu qui, lui, s’est abstenu de l’usage de la force armée et a déclaré un gel de dix mois des construc­tions dans les colonies. Mais les médias ont apprécié le gou­ver­nement Kadima parce qu’Olmert et Livni leur disaient haut et fort ce qu’il convenait quant à leur désir de paix et d’un accord pour un statut défi­nitif, alors que ces mêmes médias ne croient pas un mot quand Neta­nyahu parle de « deux Etats pour deux peuples ». Le fait qu’Olmert et Livni n’aient rien obtenu dans les négo­cia­tions n’y change rien. C’est l’intention qui compte.

Neta­nyahu et son entourage ont des réponses pour les accu­sions portées contre Israël. La res­pon­sa­bilité du blocus de Gaza repose entiè­rement sur les Pales­ti­niens qui ont choisi le Hamas pour les gou­verner et ont enlevé le soldat Gilad Shalit. « Vous vous inquiétez des droits de l’homme pour le million et demi de Pales­ti­niens dans la bande de Gaza. Vous devriez vous soucier de l’Israélien qui est retenu là-​​bas, » disent les gens de Neta­nyahu aux repré­sen­tants des Nations unies.

A Jérusalem-​​Est, le gou­ver­nement se cache der­rière le maire, Nir Barkat, et les ins­ti­tu­tions de l’urbanisme et de la construction qui approuvent les projets de construc­tions pour les juifs et les démo­li­tions de maisons des Pales­ti­niens. Quant à l’immobilisme diplo­ma­tique, on en accuse le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, qui refuse de reprendre les négociations.

Sauf qu’il y a un petit pro­blème : le monde ne croit pas aux expli­ca­tions d’Israël et il n’est pas disposé à condamner l’obstination pales­ti­nienne. Obama a réparti la res­pon­sa­bilité de cet immo­bi­lisme sur les deux côtés, et il en a pris une part à son compte (« Nous avons soulevé des espoirs »).

L’appel de l’envoyé des Etats-​​Unis, George Mit­chell, adressé aux membres du Quar­tette afin qu’ils incitent Abbas à revenir dis­cuter, est resté sans réponse. Cette semaine, Mit­chell a terminé une nou­velle visite dans la région, tout aussi frus­trante, sans aucun résultat.

La démarche d’Obama – pour « mettre de côté » le pro­cessus diplo­ma­tique en absence de réa­li­sa­tions concrètes et se concentrer sur les ques­tions inté­rieures – n’a pas surpris Neta­nyahu. Il y a trois mois, un officiel israélien de haut rang déclarait que l’administration Obama repor­terait sans doute le pro­blème israélo-​​palestinien sur son second mandat, expli­quant : « Aujourd’hui, les Amé­ri­cains sont faibles, ils ont le chômage et la crise écono­mique, l’Afghanistan, le Pakistan et l’Iraq, et ils ne s’en sortent pas. Ils n’ont pas la force pour conclure un accord. En attendant, l’immobilisme va perdurer ».

Les offi­ciels U.S. espèrent que les négo­cia­tions vont reprendre dans les six mois. L’essentiel, c’est qu’il y ait des négo­cia­tions. Ils n’espèrent rien de plus.

Un scénario inquiétant

L’Autorité pales­ti­nienne mène cam­pagne pour isoler Israël, en se basant sur le rapport Gold­stone et la haine pour le gou­ver­nement Neta­nyahu. Les poli­to­logues Shaul Mishal et Doron Mazza l’appellent « l’Intifada blanche » ; elle vise à mobi­liser un soutien inter­na­tional pour une décla­ration uni­la­térale d’indépendance en Cis­jor­danie, dans la bande de Gaza et à Jéru­salem. Dans un document diffusé la semaine der­nière, les Pales­ti­niens mettent en garde contre la com­plai­sance israé­lienne et pré­sentent un scé­nario inquiétant : les Pales­ti­niens déclarent l’indépendance, Israël refuse de la recon­naître et se trouve confronté à un boycott. Qu’il cède ou qu’il réagisse avec force, Israël ne peut pas gagner, et il perdra en plus tout contrôle sur le pro­cessus. Par consé­quent, les deux uni­ver­si­taires recom­mandent une action diplo­ma­tique préventive.

L’isolement diplo­ma­tique peut coûter cher. L’ancien directeur général du ministère des Affaires étran­gères, Gideon Rafael, écrit dans ses mémoires que pendant l’été 1973, il avait eu le sen­timent que l’immobilisme diplo­ma­tique, considéré comme allant de soi et peut-​​être même comme sou­hai­table, était sus­cep­tible de devenir « un piège mortel ».

L’ancien pré­sident égyptien, Anouar el-​​Sadate, avait coupé Israël de ses amis du Tiers Monde, et proposé une ini­tiative de paix aux Amé­ri­cains que ceux-​​ci avaient rejetée. Il avait alors déposé une demande pour le retour à l’Egypte de la péninsule du Sinaï au Conseil de sécurité des Nations unies, et il s’était heurté au veto états-​​unien.

Dans son livre « Des­ti­nation la Paix : trois décennies de poli­tique étrangère israé­lienne, sou­venir per­sonnel » (publié en anglais par Lit­tle­hampton Book Ser­vices, en 1981), Rafael écrit qu’Israël s’était alors réjoui du veto et ne s’était pas rendu compte que de fermer la porte à la diplo­matie n’avait laissé à l’Egypte qu’une seule option : la guerre.

Dans les semaines qui viennent, Israël appa­remment va recourir une nou­velle fois au veto amé­ricain, au Conseil de sécurité, pour enterrer le rapport Gold­stone. Neta­nyahu prévoit une qua­trième ren­contre avec Obama, concernant le sommet sur la sécurité nucléaire, à Washington le 12 avril, et peut-​​être même avant. L’ordre du jour se concentre sur l’Iran – ou « la nou­velle Amalek », comme Neta­nyahu a appelé l’Iran à Auschwitz mer­credi. La question est de savoir si à côté de son exi­gence qu’Obama agisse contre l’Iran, Neta­nyahu ne va pas lui dire qu’en échange, Israël prendra quelque ini­tiative vis-​​à-​​vis des Palestiniens.

Ce serait pour Israël une nou­velle ten­tative de convaincre le monde de le croire et de se sortir un peu de son iso­lement diplo­ma­tique croissant.