Le mépris affiché de Sarkozy pour Salah Hamouri

Pierre Barbancey, samedi 14 mars 2009

Le Franco-​​Palestinien est empri­sonné depuis quatre ans. Il a été jugé par un tri­bunal d’occupation donc illégal. Les auto­rités fran­çaises ne font rien pour lui.

Il y aura quatre ans demain, jour pour jour, que Salah Hamouri croupit dans les geôles israé­liennes. Jeune franco-​​palestinien qui aura vingt-​​quatre ans en avril, il a été condamné l’année der­nière par la justice d’occupation israé­lienne, c’est-à-dire un tri­bunal mili­taire réuni dans la colonie d’Ofer, en Cis­jor­danie, à sept ans de prison. En fait, il s’agit surtout d’un délit d’intention puisque le Franco-​​Palestinien est accusé d’être passé devant le domicile du rabin Yossef Ovadia, chef spi­rituel du parti reli­gieux Shass, ce qui suf­firait à prouver sa par­ti­ci­pation à une ten­tative d’assassinat ! De même, l’appartenance au Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP) n’a jamais été prouvée malgré la convo­cation d’une ving­taine d’audiences, toutes annulées par faute de témoins ! Faut-​​il également rap­peler qu’un tri­bunal mili­taire d’occupation n’a aucune validité légale ?

la presse française est bien silencieuse

Selon une pro­cédure habi­tuelle en Israël, le pro­cureur et le juge se mettent d’accord sur une peine et pro­posent à la défense de plaider cou­pable dans le cadre d’une telle peine, sinon la sen­tence pourrait être beaucoup plus grave ! « Cela faisait trois ans que nous étions là-​​dedans, nous n’avions pas le choix », expli­quait Denise Hamouri, la mère fran­çaise de Salah, à l’Humanité. Léa Tsemel, l’avocate de Salah, qui a défendu des cen­taines de pri­son­niers comme lui, précise que les Pales­ti­niens pos­sédant une carte d’identité de Jéru­salem sont punis beaucoup plus sévè­rement. Par expé­rience, Tsemel a encouragé son client à plaider cou­pable, sinon le tri­bunal mili­taire aurait pu aggraver la peine, même si les preuves sont absentes du dossier.

L’Humanité s’enorgueillit d’avoir été le premier média à alerter l’opinion publique sur l’emprisonnement de notre com­pa­triote. Mal­heu­reu­sement, hormis un article dans le Monde, un autre dans Libé­ration et une interview de la mère de Salah sur Radio France Inter­na­tionale (RFI), la presse fran­çaise est bien silen­cieuse. Un silence d’autant plus assour­dissant que journaux et chaînes de télé­vision ne manquent jamais l’occasion de reparler du soldat franco-​​israélien Gilad Shalit, capturé en 2006 par la résis­tance pales­ti­nienne. Silence encore plus assour­dissant lorsqu’on pense à la façon dont ces mêmes médias viennent de s’emparer de l’affaire Flo­rence Cassez du nom de cette Fran­çaise, condamnée au Mexique, accusée de com­plicité d’enlèvements.

Les auto­rités fran­çaises, Nicolas Sarkozy en tête, ont le même com­por­tement, malgré l’intervention de plu­sieurs députés, dont Jean-​​Jacques Can­delier et Patrick Braouezec.

Le chef de l’État a reçu la famille Shalit. Avant de s’envoler pour le Mexique, il a également ren­contré le père de Flo­rence Cassez. En revanche, il est resté sourd à toute demande d’entrevue for­mulée par Denise Hamouri, mère fran­çaise de Salah. Celle-​​ci était venue à la Fête de l’Humanité, au mois de sep­tembre dernier, et avait ainsi pu s’adresser à plus de 50 000 per­sonnes venues témoigner de leur soli­darité. Ce « deux poids deux mesures » du gou­ver­nement français est par­ti­cu­liè­rement insup­por­table. D’autant plus lorsque les auto­rités parlent de « strict respect de l’indépendance de la justice israé­lienne » (sic), ainsi que l’a écrit le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy suite à une inter­pel­lation écrite de Jean-​​Claude Lefort, député hono­raire. Rama Yade, secré­taire d’État aux Droits de l’homme, si prolixe en d’autres cas, est tout aussi muette. Quant à Bernard Kouchner, il fait savoir qu’il vaut mieux une diplo­matie silen­cieuse ! Du côté de la Mairie de Paris, Ber­trand Delanoë est lui aussi à géo­métrie variable. Pour Gilad Shalit, mobi­li­sation tous azimuts avec accro­chage de por­trait. Pour Salah Hamouri, refus de le faire citoyen d’honneur de la Ville de Paris. Déplaire à Israël leur fait donc si peur ?

Un comité de soutien pour la libé­ration de Salah a été créé (www​.salah​-hamouri​.fr), que vous pouvez rejoindre. La bataille continue pour que notre com­pa­triote, ce com­battant de la liberté, retrouve la sienne. Qu’il puisse reprendre ses études et vienne nous voir dès la pro­chaine Fête de l’Humanité [1].

[1] J.-C. Lefort : « deux poids deux mesures »

Deux éléments majeurs appa­raissent au bout de ces quatre ans d’emprisonnement, fait d’un tri­bunal mili­taire, bras de la force d’occupation. D’abord, une réelle mobi­li­sation s’est opérée autour du cas de ce jeune Franco-​​​​Palestinien qui, en réalité, n’a de fait que la natio­nalité fran­çaise. Il y a donc une mobi­li­sation impor­tante com­prenant des gens de sen­si­bi­lités poli­tiques les plus diverses. Le comité national de soutien regroupe des membres de tous les partis. Des comités locaux se sont créés un peu partout en France. À la tête de celui de Bourg-​​​​en-​​​​Bresse, lieu de nais­sance de la mère de Salah, il y a près de 500 per­sonnes. Cette mobi­li­sation se heurte à un mur du silence. Le pré­sident de la Répu­blique, Nicolas Sarkozy, avait déclaré pendant la cam­pagne élec­torale qu’il se por­terait au secours des Français en danger à l’étranger « quoi qu’ils aient fait ». De facto, il l’a fait pour tous nos com­pa­triotes, sauf pour Salah Hamouri.

Nous avons affaire à une modi­fi­cation très sen­sible de la poli­tique fran­çaise tra­di­tion­nelle au Proche-​​​​Orient, cer­tai­nement en lien avec son virage atlan­tiste. Comme s’il voulait prendre la place de Bush dans cette région. Cette situation doit alerter les Français de façon générale. Plus direc­tement, s’agissant de Salah Hamouri, il faut se mobi­liser davantage encore. Les droits de l’homme, soit on les défend de manière uni­ver­selle, soit on ne les défend pas. La poli­tique du deux poids deux mesures a fait suf­fi­samment de dégâts et doit s’arrêter, notamment au Proche-​​​​Orient. C’est cette poli­tique dont est victime Salah Hamouri.

Propos recueillis par P. B.