Le maire veut pousser les arabes de Jérusalem hors de la ville

Il n’y a pas beaucoup de maires dans le monde qui prennent des décisions sur la sectorisation et la planification urbaine qui soient basées sur des considérations sectaires et raciales.

Par Khalid Amayreh , lundi 27 septembre 2004

Mais, à Jérusalem, le maire juif fondamentaliste de la ville, Uri Lupolianski, semble faire exactement cela.

La semaine dernière, Lupolianski a demandé au ministre de l’intérieur de lui permettre de convertir tout le quartier arabe de Wadi al-Juz en un quartier totalement juif.

Il a justifié sa décision en disant que « la re-sectorisation de la zone mettrait en valeur l’unité de Jérusalem et renforcerait le lien entre les différents quartiers juifs. »

Le rabbin ultra orthodoxe a aussi soutenu que la confiscation de Wadi al-Juz stimulerait la « démographie juive » de Jérusalem et assurerait la sécurité de la circulation juive entre Jérusalem et la colonie voisine de Maale Adumim.

Une coercition systématique

Wadi al-Juz est probablement le seul espace restant pour les palestiniens de Jérusalem Est qui luttent pour se sortir de la crise accablante qui résulte principalement de dizaines d’années d’efforts de la part des israéliens pour les faire quitter la ville qu’Israël considère être « une capitale unie ».

« Je peux dire qu’Israël essaye tranquillement de faire partir autant de non-juifs que possible de la ville » dit My Sub-Laban, un habitant de Wadi al-Juz qui craint que les autorités municipales ne confisquent éventuellement sa maison ancestrale pour la donner à une famille d’immigrants juifs.

« Je peux comparer sans hésiter ce qui se passe dans cette ville aux efforts de l’Allemagne nazie pour vider les villes allemandes de tous les juifs dans la période des années 30 et début 40. »

« Ils (les israéliens) l’ont fait dans toute la Palestine. Je ne vois pas de raisons pour qu’ils ne le fassent pas aussi ici »

Loin de réprimander Lupolianski pour son projet raciste qui, dans d’autres pays aurait provoqué un tollé, le ministre de l’intérieur israélien a fait l’éloge du plan dans son principe en disant « qu’il parait intéressant et de bon sens ».

La réaction du ministre, dit Khalil Tufakji, directeur du département de cartographie au Centre d’Etudes Arabes à Jérusalem, prouve « qu’il y a une politique coordonnée sur Jérusalem Est basée sur un nettoyage ethnique et une discrimination raciale ».

« Ils ne veulent pas de non juifs ici et ils le font pierre par pierre, maison par maison, quartier par quartier, rue par rue - et en plus de cela, ils diront au monde qu’ils sont la seule démocratie au Moyen Orient » dit-il.

Problèmes démographiques

La campagne israélienne pour expulser autant de non-juifs que possible de Jérusalem et de faire venir des juifs est poussée par des considérations démographiques.

Les habitants de la ville (Est et Ouest Jérusalem) forment aujourd’hui presque 37% de la population totale de près de 700.000 habitants et cette part est en augmentation constante malgré les efforts méticuleux des différents gouvernements israéliens de judaïser la ville.

La politique de discrimination, dit Tufakji, n’est pas en relation avec la planification des services journaliers municipaux tels que l’éducation, le logement, les taxes et la sectorisation.

Le ministère du logement a, par exemple, construit 54.000 unités de logements pour les juifs à Jérusalem Est et dans les colonies avoisinantes depuis qu’Israël a occupé la ville arabe en 1967.

Quand on demande à Tufakji combien d’unités Israël a construit pour les non-juifs (arabes) ces 37 dernières années, il répond : « seulement 22 ».

Vieille Ville

Début septembre, le journal israélien, Maariv, a rapporté que le conseil municipal de Jérusalem étudiait un plan secret qui visait à faire partir autant de non-juifs que possible de la Vieille Ville de Jérusalem afin d’en augmenter la population juive.

Il y a aujourd’hui 4.600 colons juifs vivant à l’intérieur des murs, entourant le complexe d’Haram al-Sharif, qui comprend la mosquée al-Masjid al-Aqsa, un des sites les plus sacrés de l’Islam, en comparaison avec les 27.400 palestiniens dont 24.700 musulmans et 2.600 arabes chrétiens et arméniens.

Selon le plan, les autorités israéliennes feraient pression sur les citoyens arabes de la Vieille ville afin qu’ils abandonnent leurs maisons qui seraient alors expropriées (c’est-à-dire confisquées) afin d’y installer des juifs.

Différentes mesures seraient employées pour mettre ce plan en route, y compris celui d’empêcher les arabes de rénover leurs maisons ou d’ajouter des pièces et des annexes, de refuser d’enregistrer leurs maisons et d’autres propriétés dans les registres de propriété de la ville sous prétexte que les propriétés sont contestées. La méthode finale sera l’expulsion de force.

Une incitation serait aussi proposée aux arabes sous la forme de logement alternatif « à l’extérieur des frontières municipales de Jérusalem ».

Peuple élu

Tout le plan serait désigné et assigné sous le titre trompeur de « faciliter la crise de logement à Jérusalem ».

« Ils (les israéliens) essayent tout simplement d’entourer Haram al-Sharif d’une ceinture démographique juive. » dit Tufakji. « Cela serait le pas ultime qui précède la prise ou la destruction de la Mosquée al-Aqsa ».

« C’est leur plan ultime. Je serais aveugle ou stupide si je pensais autrement. Ce serait une affirmation qui reste bien en-dessous de la vérité que d’appeler cela un simple danger- c’est une vraie catastrophe ».

Adnan al-Hussaini, directeur du Conseil Musulman Suprême de Jérusalem Est, est du même avis.

Il accuse Israël d’adopter une politique de nettoyage ethnique.

« Ils nous disent qu’on veut pas de nous ici parce que nous ne sommes pas juifs - parce que nous ne faisons pas partie du peuple élu ».

Al-Jazeera.net a soumis une lettre aux officiels municipaux de Jérusalem demandant des renseignements sur la politique du conseil concernant les habitants non-juifs de la ville. Malgré plusieurs appels téléphoniques, le conseil municipal n’a pas répondu.