Le gel de la colo­ni­sation sert d’excuse pour ne pas déman­teler les avant-​​postes illégaux

Joshua Mitnick, lundi 14 décembre 2009

Israël a fait savoir à la Cour suprême qu’il allait être trop occupé à faire res­pecter le nouveau gel de 10 mois de la colo­ni­sation pour exé­cuter une de ses déci­sions, très ancienne, ordonnant le déman­tè­lement d’avant-postes illégaux de colons motivés par l’idéologie.

Le gel de la colo­ni­sation d’Israël est censé mettre un frein à de nou­velles construc­tions neuves en Cis­jor­danie, mais il sert aussi à pro­téger les avant-​​postes et les maisons de colons construits illégalement. [1]

L’exécution d’un ordre d’évacuation d’avant-postes – une mesure demandée aussi par les USA pour aider à la relance des pour­parlers de paix avec les Pales­ti­niens – est reportée depuis des années. Les orga­ni­sa­tions paci­fistes pales­ti­niennes et israé­liennes ont porté le pro­blème de ces retards devant la Cour suprême d’Israël qui a demandé à Israël un échéancier pour les démolitions.

L’Etat a répondu la semaine der­nière : faire res­pecter le gel de 10 mois des nou­velles construc­tions dans les colonies de Cis­jor­danie allait lui occuper tel­lement de main-d’œuvre qu’il ne pourra pas, dans l’immédiat, déman­teler les avant-​​postes colo­niaux non autorisés.

« La nou­velle situation oblige à reporter les autres exé­cu­tions d’ordre public, » a déclaré le pro­cureur de l’Etat devant la Cour qui était saisie pour ordonner l’exécution d’ordres d’évacuation concernant des avant-​​postes de 250 colons. « L’échelon poli­tique conduit à un réexamen de l’influence du gel sur les ordres de démo­li­tions antérieurs. »

Des critiques doutent de la sincérité du gel

Cette décla­ration nourrit le souci que, en dépit des affron­te­ments publics avec les colons juifs sur le gel partiel, le mora­toire ne se révèle guère plus qu’un coup de rela­tions publiques, un mirage.

« L’Etat ne veut pas vraiment affronter les colons. Il n’est pas sérieux quand il parle d’appliquer la loi, » dit Hagit Ofran qui a saisi la Haute Cour d’Israël contre les six avant-​​postes non auto­risés, au nom de l’organisation paci­fiste la Paix Main­tenant. « Vous voulez en sortir avec les construc­tions illé­gales. Il y a beaucoup de doutes quant à votre sin­cérité sur l’application du gel. »

Le gou­ver­nement de Neta­nyahu s’est exposé, une fois encore, aux feux de la cri­tique en dési­gnant cette semaine les colonies de quelque 100 000 rési­dents comme sec­teurs « pri­vi­légiés » pour l’aide publique. L’initiative a été qua­lifiée par le quo­tidien israélien Maariv de « double langage » concernant l’expansion des colonies.

Cela n’a pas apaisé les colons ni leurs par­tisans dont quelque 15 000 ont mani­festé devant la rési­dence du Premier ministre, Ben­jamin Neta­nyahu, à Jéru­salem, mer­credi soir.

« Quand Neta­nyahu subit une forte pression pour geler les colonies, il faut qu’il trouve un moyen pour réduire la pression, » dit Gideon Doron, pro­fesseur de sciences poli­tiques à l’université de Tel-​​Aviv. « Pour la survie du Likoud en tant que parti, il vient et il dit : ‘Même si je vous donne une gifle, je vous donne aussi des bonbons’. »

Israël réagit aux critiques

Le porte-​​parole du gou­ver­nement, Mark Regev, a déclaré que le gou­ver­nement était sérieux sur le gel et que les colonies concernées par l’aide publique ne tou­cheront les sub­ven­tions que pour leur bien-​​être social et non pour de nou­velles constructions.

Mais les cri­tiques de la poli­tique colo­niale d’Israël sou­lignent que si le gou­ver­nement n’agit pas contre les construc­tions illé­gales, le gel va perdre tout son sens. Depuis des années, les offi­ciels du gou­ver­nement parlent de la nécessité de faire appliquer la loi quant aux avant-​​postes non auto­risés, mais ils n’ont jamais vraiment tenus leurs pro­messes pour ces quelques deux dou­zaines de colonies où vivent environ 2 000 colons idéologiques.

Même si l’Etat a démantelé plu­sieurs avant-​​postes non auto­risés, Mr Regev reconnaît que, « Bien sûr, il reste encore beaucoup à faire. »

L’ultime excuse

Une décision d’agir contre les avant-​​postes illégaux est por­teuse de graves consé­quences. Elle pro­vo­querait pro­ba­blement les pires affron­te­ments avec les colons et rapi­dement une crise poli­tique avec les par­tisans de la droite de Neta­nyahu. L’Etat ris­querait aussi une crise au sein de l’armée vendant de ces soldats motivés par l’idéologie qui ont déjà menacé de ne pas obéir aux ordres.

Mais Ofran dit qu’assez c’est assez.

« Ils vont nous mani­puler pour ces avant-​​postes illégaux jusqu’à Dieu sait quand » dit-​​elle. « Ils ont des excuses à chaque fois. Main­tenant, l’excuse, c’est le gel ».

[1] Rap­pelons que toutes les colonies en Cis­jor­danie sont illé­gales au regard du droit inter­na­tional, Israël considère ces avant-​​​​postes comme illégaux car non auto­risés par son gou­ver­nement, donc par rapport à sa loi nationale d’occupant, et ce sont ces avant-​​​​postes qui sont les seuls à être dénoncés dans cet article - ndt