Le film « Bil’in mon amour » à Paris le 6 fév 2007

dimanche 11 février 2007

La tournée en France de nos amis Wagee et Rani de Bil’in avec Shai Pollak, réa­li­sateur du film, est un succès. Les pro­jec­tions du film en région pari­sienne (Fontenay-​​sous-​​Bois, La Cour­neuve, Paris), à Rouen, à Concarneau et à Quimper ont suscité émotion et un intérêt certain pour cette lutte exemplaire.

A l’invitation du groupe AFPS Paris-​​Centre, environ 170 per­sonnes sont venues ce mardi soir 6 février au FIAP (Paris) pour assister à la pro­jection du film de Shai Pollak, « Bil’in mon amour ».

La soirée com­mence bien. De fait, il y a dans la salle, hormis des mili­tants de la cause pales­ti­nienne, beaucoup de visages nou­veaux, beaucoup de gens venus découvrir à travers ce film une partie de la réalité palestinienne.

Shai Pollak, le réa­li­sateur israélien, Wagee et Rani, père et fils, membres du comité du village sont là. Wagee est armé de sa flûte de berger et Rani sourit dans son fau­teuil de para­ly­tique qu’il ne quittera plus, comme ne le quittera sans doute pas le sou­venir de la balle israé­lienne qui l’a assis pour toujours.

Pourquoi flotte-​​t-​​il comme un air de fête dans cette salle ? Peut-​​être grâce à l’image de Shai et Wagee, allant bras dessus bras dessous d’un groupe à l’autre, plus pro­ba­blement grâce au sourire timide mais têtu de Rani, un jeune homme debout en dépit des apparences.

Le film com­mence. Bien sûr, il y a la litanie des méfaits de la sol­da­tesque israé­lienne qui charge des mani­fes­tants paci­fiques, les asperge de bombes lacry­mo­gènes, de balles en plas­tique. Il y a ces poli­ciers israé­liens déguisés en mani­fes­tants pales­ti­niens qui lancent des pierres vers les soldats, ce qui donne le signal de l’assaut. Ces mêmes poli­ciers se détachent alors de la foule, emportant bru­ta­lement, tels des tro­phées, des hommes qu’on internera, qu’on main­tiendra en détention admi­nis­trative, après leur avoir volé leurs terres.

Mais il y aussi la pré­sence de ces inter­na­tionaux, ces israé­liens dont la pré­sence endigue quelque peu la bru­talité des soldats. Il y a l’humour. Mohamed El Khatib raconte ainsi comment il a été intrigué de voir débouler ces jeunes Israé­liens, dépe­naillés, sales. Il a appris à tra­vailler avec eux et il s’est mis à leur res­sembler au point d’avoir « oublié » de se laver durant une semaine. Il y a Wagee haran­guant ses chèvres et leur demandant de mani­fester sur ses mots d’ordre : « Sharon, tu vaux moins que mes chaussures ».

Il y a l’émotion. Le fils de Mohamed demande à Shai la dif­fé­rence entre « je t’aime » et « je t’aime bien ». « je t’aime » est plus fort que « je t’aime bien », lui dit Shai. Alors, je t’aime, Shai, lui dit l’enfant. Je t’aime aussi, répond Shai, comme j’aime Bil’in, la Palestine et les Palestiniens.

Après la pro­jection, un débat s’est ins­tauré avec la salle. Ce débat a montré l’immense élan de sym­pathie des spec­ta­teurs qui ne connais­saient pas l’histoire de ce village. « Que peut-​​on faire ? » a été la question la plus fré­quente. Une pro­po­sition a été faite par S. Hessel. « Pourrait-​​on envi­sager que des Pales­ti­niens vendent des terres à des Euro­péens amis ? Ces Euro­péens rétro­cé­de­raient ensuite leurs droits à des Pales­ti­niens. Ils pour­raient construire des habi­ta­tions sans que la justice israé­lienne puisse s’y opposer… » « Impos­sible, répond Wagee. Vendre la terre, même pour de bons motifs, est exclu aujourd’hui. D’ailleurs, les auto­rités pales­ti­niennes l’interdisent parce que des gens ont utilisé ce biais pour vendre leurs pro­priétés à des Israéliens. »

La soirée s’est close sur le rappel de la tenue de la deuxième confé­rence inter­na­tionale à Bil’in, du 18 au 20 avril pro­chain et une invi­tation à y assister en nombre. Beaucoup de par­ti­ci­pants ont mani­festé leur intérêt.

Brahim SENOUCI